financement publicBruxelles rappelle à l'ordre l'Etat français, actionnaire de BullBull, Nixdorf, Olivetti: une soif de milliardsLes constructeurs européens cherchent tous des subsides.Mais l'Allemand et l'Italien ne bénéficient pas des mêmes largesses.

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Bruxelles rappelle à l'ordre l'Etat français, actionnaire de Bull

Bull, Nixdorf, Olivetti: une soif de milliards

Les constructeurs européens cherchent tous des subsides.Mais l'Allemand et l'Italien ne bénéficient pas des mêmes largesses.



Imaginons un instant que l'Etat italien se substitue aux actionnaires privés et souscrive à la nouvelle augmentation de capital de 3,6milliards de francs qu'Olivetti prévoit de lancer. Gérard Longuet, le ministre de l'Industrie, ne monterait-il pas au créneau au nom du respect de la concurrence, comme il l'a fait pour obtenir le remboursement des aides versées à Grundig par l'Etat autrichien? C'est le même souci qui a conduit la Commission de Bruxelles à bloquer le nouvel apport de 2,5milliards de francs que l'Etat prévoit de verser à Bull cette année. Faute d'un plan de redressement détaillé et crédible, les aides massives, l, 7milliards de francs déjà versés en 1993, s'apparentent, aux yeux de ses concurrents, à des subventions illégales.

Gâcher des ressources déjà limitées

Siemens Nixdorf l'a déjà signifié à mots couverts en novembre dernier, dans une déclaration tout à fait inhabituelle: "La course aux subventions gouvernementales en Europe revient à gâcher des ressources déjà limitées. A long terme, ceci ne contribue en rien au renforcement de la compétitivité de l'industrie européenne." Car Olivetti et Siemens Nixdorf subissent comme Bull la crise de l'informatique. Mais sans bénéficier des mêmes largesses. C'est en faisant appel au marché qu'Olivetti s'est déjà renfloué de 3,2milliards de francs l'an dernier. Et l'allemand, filiale à 100% de Siemens AG, ne peut, lui, compter que sur le confortable trésor de guerre de sa maison mère, quelque 120milliards de francs de liquidités. Laquelle garde un strict secret sur les sommes qu'elle injecte dans sa division malade. Pourtant, ces deux constructeurs résistent mieux que Bull. Ils perdent moins d'argent. Le groupe français poursuit sa descente aux enfers (voir fiche). "Si 1994 ne se traduit pas par des progrès majeurs, les deux tiers des activités devront être mises en cause: arrêtées ou vendues", a expliqué son président, Jean-Marie Descarpentries, le 21janvier, au comité central d'entreprise. La seule justification aux perfusions massives de l'Etat dans Bull, sa viabilité à long terme, volerait alors en éclats. Pour éviter d'en arriver là, la compagnie ambitionne de revenir à l'équilibre dès cette année avec un "plan de redressement accéléré". Priorité des priorités, une augmentation du chiffre d'affaires d'au moins 2 milliards de francs. L'absence de reprise du marché de l'informatique en France, la démobilisation des réseaux commerciaux, la mise en place très cafouilleuse de la nouvelle organisation et les inquiétudes des clients sur l'avenir du groupe rendent la tâche particulièrement difficile. Bull cherche aussi à réaliser 600millions de francs d'économies sur ses coûts non salariaux, en plus des 550millions déjà inscrits au budget 1994. Quitter le siège de la Défense couperait dans les frais immobiliers (730millions en 1993). A condition de trouver un repreneur pour son bail, qui court jusqu'en 1999. Même s'ils sont atteints, ces objectifs ne suffiront pas. De nouvelles réductions d'effectifs s'imposeront pour que Bull atteigne l'équilibre cette année.

DOMINIQUE COMMIOT



LES RENDEZ-VOUS MANQUÉS DE BULL EN 1993

Multiplication par cinq de la perte d'exploitation.

Baisse de 6,3% du chiffre d'affaires.

Pas de baisse du ratio frais financiers-chiffre d'affaires (4,3%).

Trop d'embauches mal contrôlées (1200 dans le monde).

Trop faible chiffre d'affaires par personne (890000 francs). Les meilleurs concurrents dépassent 1,2 million de francs par salarié.

Coûts non salariaux, hors achats de production, trop élevés: 5,6 milliards de francs.



Un précédent: les six milliards de Renault

Les règles communautaires ont coûté cher, en 1990, à Renault: 6milliards de francs! L'affaire commence fin 1987. Les Pouvoirs publics français demandent alors à Bruxelles l'autorisation d'apporter 12milliards à Renault, en plein redressement. En mars 1988, la Commission donne son aval sous trois conditions: changement de statut de la Régie avant la fin de l'année en cours; un plan de restructuration draconien et la promesse que ce versement de l'Etat français serait le dernier. En novembre 1989, patatras! La Commission s'estime flouée, jugeant que les conditions n'ont pas été remplies. Et elle donne trois mois au gouvernement français pour lui soumettre un nouveau dossier. Paris obtempère au mois de février suivant. Mais la Commission ne s'estime pas convaincue. Le 22mai 1990, elle oblige la Régie à rembourser 3,5milliards de francs d'aides à l'Etat français et à incorporer 2,5 autres milliards dans sa dette. Epilogue en juillet 1990: Renault change enfin de statut. Entre-temps, la firme au losange a scellé un accord avec Volvo.









USINE NOUVELLE - N°2442 -

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