Finance : Nouveau recul de la compétivité française

Le franc restera fragile face au deutsche Mark et au yen, mais ferme vis-à-vis du dollar, de la livre et des monnaies de l'Europe du Sud.

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Par rapport à un panier constitué des monnaies de nos principaux partenaires commerciaux, le franc s'est apprécié de 6% depuis un an. Son recul face au yen, au deutsche Mark et au franc suisse est loin de compenser sa forte hausse vis-à-vis du dollar, de la livre, de la peseta et surtout de la lire. Ainsi, sur les douze derniers mois, la compétitivité prix de la France s'est détériorée de presque 6% vis-à-vis de l'ensemble de la zone OCDE, et de plus de 4% à l'égard de l'Union européenne. La perte atteint 22% face à l'Italie, 18% face aux Etats-Unis, 10% face au Royaume-uni, 5% face à la peseta.Les industriels français ont beau rogner sur leurs marges, leurs carnets de commandes étrangers sont aujourd'hui moins garnis qu'en début d'année. Si l'aéronautique souffre essentiellement de la chute du billet vert,la chimie, le textile, l'agro-alimentaire, la chaussure, l'emballage pâtissent surtout de la glissade des monnaies de l'Europe du Sud. Les biens d'équipement doivent en plus supporter la dépréciation des monnaies scandinaves. Le poids de la concurrence a peu de chances de s'alléger bientôt. Le dollar sera durablement plombé par la difficulté des Etats-Unis à financer leurs déficits extérieurs, malgré les interventions des Banques centrales, ce qui entretiendra les pressions à la baisse sur les monnaies faibles du SME. Les firmes américaines, armées de leur dollar de combat, se montreront plus agressives à l'étranger pour compenser l'affaiblissement de la demande intérieure outre-Atlantique. Les Italiens, contrairement aux Britanniques, continueront sans doute de privilégier la hausse des ventes plutôt que celle des marges. Ainsi les industriels français perdront-ils des parts de marché au cours des trimestres à venir, à l'extérieur, mais aussi dans l'Hexagone même. Si les parités restaient en l'état, le freinage des exportations et le coup de pouce aux importations pourraient faire perdre à la France, d'ici à 1998, un demi-point de croissance par an, ce qui coûterait un point de PIB de déficit public supplémentaire et 450000emplois. Une note salée, en attendant la mise en oeuvre de la monnaie unique européenne. E. L.





CHIFFRES CLÉS dans SIX MOIS

Taux de change

Deutsche Mark en francs. 3,50

Livre en francs 7,80

Franc en lires 350

Franc en pesetas 28

Dollar en yens 80

Dollar en deutsche Mark 1,30

Le dollar n'a sans doute pas atteint

son plancher. A court terme, il pâtira du ralentissement de l'activité aux Etats-Unis, qui éloigne la perspective d'un nouveau resserrement monétaire. A plus longue échéance, il faiblira, compte tenu de la difficulté des Etats-Unis à financer leurs déficits. La faiblesse du billet vert entretiendra les pressions à la hausse sur le deutsche Mark et le yen, à la baisse sur la livre, la lire et la peseta.

Taux d'intérêt à court terme (au jour le jour)

Etats-Unis 6,00%

Allemagne 4,40%

Une nouvelle détente des taux d'intérêt à court terme n'est pas à exclure dans les prochains mois en Allemagne afin de compenser les effets dépressifs de l'envolée du deutsche Mark, d'autant que la désinflation se poursuit outre-Rhin. La stabilité devrait prévaloir aux Etats-Unis, où l'activité baisse de régime. Mais pas suffisamment pour autoriser une diminution rapide du loyer de l'argent, à laquelle le dollar ne résisterait pas.

Taux d'intérêt à long terme (obligations publiques à dix ans)

Etats-Unis 7,70%

Allemagne 7,40%

La baisse des taux d'intérêt à long terme s'accentue aux Etats-Unis, grâce au freinage de l'expansion, qui atténue les craintes inflationnistes et à la perspective d'une réduction des déficits publics. Les rendements allemands se détendent comme leurs homologues américains, d'autant plus aisément que les prévisions de croissance, d'inflation et de taux courts sont revues en baisse outre-Rhin. L'embellie générale reste menacée par la faiblesse du dollar.



Les taux courts diminueront à petits pas

Les taux d'intérêt à court terme français ne baisseront que lentement. Ils resteront nettement supérieurs à leurs homologues allemands pour soutenir le franc,qui restera vulnérable face au deutsche Mark.

Les taux longs demeureront élevés

Les taux d'intérêt à long terme français profitent de la détente des rendements dans l'ensemble des grands pays. Mais leur potentiel de baisse est limité par la persistance des incertitudes budgétaires dans l'Hexagone.

Les crédits progresseront lentement

L'encours des prêts aux sociétés n'augmentera que modérément. Les entreprises recourront davantage aux crédits de trésorerie, mais continueront à autofinancer largement le redémarrage de l'investissement.

Le franc continuera de s'apprécier

Le franc pourrait encore reculer face au yen, au franc suisse et dans une moindre mesure vis-à-vis du deutsche Mark. Mais cette baisse ne compensera pas sa hausse face au dollar, à la livre, à la lire et à la peseta.

USINE NOUVELLE N°2506

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