Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Figeac : la Mecanic Vallée joue les réseaux

Cécile Maillard , ,

Publié le

Figeac : la Mecanic Vallée joue les réseaux
Aérofonctions, spécialisé dans la fabrication de composites, est passé de 17 à 62 salariés en dix ans.

Sur les hauteurs de Figeac, de colossaux travaux de terrassement mettent à nu la terre du Lot. Figeac Aéro n’en finit plus de s’agrandir et les collectivités territoriales ont mis la main à la poche pour aménager son nouveau site. « On n’avait pas le choix ! C’était primordial pour l’emploi », soutient Martin Malvy, le président du Grand Figeac et ancien président (PS) de la région Midi-Pyrénées. C’est chez Figeac Aéro que François Hollande a lancé, en avril?2015, son plan Industrie du futur. Ce sous-traitant de l’aéronautique spécialisé dans les pièces métalliques de structure et de moteur emploie ici 1 050 salariés, contre 450 en 2010. À flanc de colline, son usine du futur, très robotisée, a déjà commencé à fonctionner alors que sa construction n’est pas achevée. Elle produira des pièces du Leap, le moteur de Snecma. À la clé, 40 recrutements. « Gagner un marché reste le principal point d’entrée de la création d’emplois », remarque son DRH, Sébastien Wattebled.

Et des contrats, les industriels de l’aéronautique en signent. Figeac est le berceau de Ratier Figeac, fabricant d’hélices devenu équipementier de premier rang des avionneurs, repris par le groupe américain UTC, et du fabricant de machines-outils Forest Liné, entré dans le groupe Fives. Ces deux sociétés ont essaimé, et la petite ville du Lot constitue désormais le cœur de la Mecanic Vallée qui, de Tulle (Corrèze) à Rodez (Aveyron), regroupe 180 entreprises et 12 500 emplois.

Des emplois, le bassin de Figeac en crée beaucoup. L’effectif de l’industrie ont progressé de 23 % entre?2010 et?2014 et représentent 40 % de l’emploi salarié. Mais les entreprises n’arrivent pas toujours à trouver les bonnes compétences, ce qui freine leurs recrutements. Ratier Figeac (1 150 salariés) a embauché 213 personnes l’an passé. « Surtout en production, dans le composite, le montage mécanique, le traitement de surface, précise la responsable RH, Élisabeth Cerqueira. Mais ces embauches sont compliquées : le taux de chômage est faible, d’autres entreprises recrutent et les écoles ne forment pas suffisamment de jeunes. Avec des recrutements plus faciles, Ratier pourrait travailler plus vite, donc prendre plus de commandes et créer plus d’emplois. » Chez Forest Liné, à Capdenac-Gare (Aveyron), à deux pas de Figeac, Damien Poyard, le directeur du site (145 salariés), dresse un bilan encore plus amer : « Faute de personnel pour faire tourner nos équipements d’usinage, sous-utilisés, nous sommes obligés de refuser des contrats. »

Les entreprises ont décidé de s’attaquer au problème collectivement. Tête de pont du réseau : la Mecanic Vallée, qui se consacre de plus en plus aux difficultés des ressources humaines. Hervé Danton, son délégué, a identifié trois points susceptibles de répondre aux besoins des entreprises : « La formation initiale, la reconversion des demandeurs d’emploi et l’arrivée de personnes venues d’ailleurs, solution la plus compliquée. » En formation initiale, les lycées professionnels de Figeac et de Decazeville (Aveyron), à quelques kilomètres, se sont partagé les spécialités. « Depuis quatre ans, ils sont remplis à 120 %, grâce à un long travail de terrain pour attirer les jeunes sur nos métiers industriels », se réjouit Hervé Danton. Figeac, 9 000 habitants, possède même son IUT, dont l’effectif progresse. Et Figeac Aéro forme ses apprentis dans son propre CFA. Pour accompagner le mouvement, les collectivités territoriales ont construit une résidence destinée aux étudiants, apprentis et stagiaires, aujourd’hui saturée.

Grâce aux partenariats avec Pôle emploi, entre 70 et 100 chômeurs sont formés chaque année aux métiers d’usineurs, d’opérateurs sur machines à commandes numériques ou d’opérateurs de matériaux composites. 82 % d’entre eux sont en emploi six mois plus tard. Aérofonctions, fabricant de pièces composites pour l’aéronautique situé à Cambes près de Figeac, recrute deux chômeurs par an depuis quatre ans et forme des drapeurs. Des coiffeuses et couturières ont ainsi pu se reconvertir dans ses ateliers, agrandis en 2015. « On ne peut pas faire de miracle, prévient cependant Sandrine Cavoleau, la directrice de l’agence Pôle emploi de Figeac. Si certains demandeurs d’emploi peuvent être qualifiés, d’autres sont trop éloignés des attentes des industriels. » On comprend qu’il sera difficile de multiplier par trois les formations de demandeurs d’emploi, comme l’a demandé le président de la République.

Manque d’attractivité et isolement

Reste le principal point faible : l’attractivité du territoire. Lavayssière, un bureau d’études spécialisé en tôlerie industrielle (3?millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015), travaille avec Airbus et Michelin. Six de ses 30 salariés sont arrivés en 2015. « Les techniciens et ingénieurs, indispensables pour apporter de la valeur ajoutée, sont peu intéressés par une petite ville éloignée des centres urbains », confie sa directrice, Nathalie Humilière.

Même constat chez Nutergia (200 salariés, 30?millions d’euros de chiffre d’affaires et 15 % de croissance en 2015). Ce fabricant de compléments alimentaires, qui a vu son effectif augmenter de moitié en cinq ans, compte créer 50 emplois d’ici à 2018 et s’étend sur un nouveau site. Toutefois, « le manque d’attractivité du territoire, son isolement, la difficulté pour les conjoints de trouver un emploi rendent les recrutements des postes à responsabilité compliqués », souligne le dirigeant, Antoine Lagarde.

Dominique Olivier, le directeur des Fermes de Figeac, a lancé une démarche de gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences (GPEC). Sa coopérative agricole s’est diversifiée pour conserver des secteurs d’emploi sur le territoire. Elle emploie 155 salariés dans les jardineries Gamm vert, dans une scierie qu’elle a reprise et dans le domaine des énergies renouvelables. En 2010, Dominique Olivier propose au Grand Figeac un travail de prospective sur l’emploi. « Ce territoire sera vivant demain s’il a des compétences, car elles seules apportent de l’innovation, donc de la valeur ajoutée. » Cette démarche a abouti à plusieurs engagements : l’ouverture d’une crèche d’entreprises, une réflexion sur la mobilité, un projet de fab lab. « Les jeunes ingénieurs et les profs de l’IUT s’ennuient le soir à Figeac, alors qu’ils peuvent avoir envie de créer », explique-t-il.

Les chefs d’entreprise évoquent d’autres freins à la création d’emplois. Le coût du travail ? « On fait avec », répond l’un d’eux, avouant qu’il a été contraint de délocaliser certaines activités pour garder ses contrats de sous-traitance avec une des deux ETI locales. S’ils se lamentent sur les contraintes administratives liées au franchissement du seuil de 50 salariés, deux dirigeants affirment que ça ne les a pas empêchés d’embaucher. Romain Ravaud, le jeune patron de Whylot, un laboratoire de R & D spécialisé dans les systèmes électromagnétiques (25 brevets, 16 salariés, dont sept chercheurs) s’en prend aux grandes entreprises : « Elles n’apportent pas beaucoup d’innovation et n’aident pas les petites qui innovent. Plutôt que de courir après des réformes débiles comme la prime de 2 000 euros par embauche, on ferait mieux de créer un dispositif fiscal qui les incite à travailler avec les petites. » Pour Martin Malvy aussi, l’avenir de l’emploi passe par l’innovation et le transfert de technologies. « Les agences de développement, les structures de capital-risque, les organismes de recherche doivent aller au-devant des entreprises, sans attendre qu’elles viennent frapper à leur porte. C’est là le futur rôle des régions. »

Cécile Maillard

Des recrutements par simulation


Depuis quatre ans, Ratier Figeac reconvertit des demandeurs d’emploi en opérateurs matériaux composites. L’entreprise collabore, avec deux PME spécialisées dans les composites, Aérofonctions et STS, à un programme de Pôle emploi. Les candidats suivent un recrutement par simulation pour tester leur dextérité, puis un entretien, trois mois de formation et un contrat de professionnalisation d’un an avec un lycée professionnel. Une vingtaine de personnes ont été formées en 2015. Toutes ont été embauchées par l’une des trois PME. Cette année, 20 chômeurs bénéficieront de ce dispositif. ??

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle