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"Fidelio, l'odyssée d’Alice" filme le cours des sentiments sur un cargo

Christophe Bys ,

Publié le

Heureux qui comme Alice a fait un beau voyage… sur les mers, tel pourrait être le résumé du film de Lucie Borleteau. Au-delà de l’immersion dans le quotidien d’un cargo, véritable usine flottante, le film est aussi un marivaudage, renouvelant l’imagerie du marin.

Fidelio, l'odyssée d’Alice filme le cours des sentiments sur un cargo

C’est bien connu, les marins ont un amour dans chaque port. Mais qu’en est-il des jeunes femmes qui épousent la carrière de la marine marchande ? C’est un des thèmes du film très réussi de Lucie Borleteau. Longtemps au cinéma, le marin sillonnait les mers, pendant que sa femme l’attendait à la maison. A l’instar de Lola, la fille à marins imaginée par Jacques Demy et interprété par la si bien nommée Anouk Aimée.

A l’heure de la parité, il était fatal que les rôles évoluent. Alors la réalisatrice immerge une jeune fille d’aujourd’hui, mécanicienne adjointe sur un navire qui sillonne les mers du monde, de Marseille à Gdansk en passant par Dakar. Au-delà  des clichés, on ne sait finalement pas grand-chose de la vie sur ces mastodontes. C’est un des mérites de ces films que de montrer la vie à bord. Rien d’étonnant à cela, la réalisatrice est monté à bord d’un navire de la CMA CGM (le Fidelio du titre est un navire de sa flotte) pour observer la vie à bord et s’entretenir avec le personnel navigant. Ainsi, la présence d’un équipage cosmopolite, faisant du navire une sorte de miniature de la mondialisation est, par exemple, très bien évoquée. Conduire un navire c’est d’abord faire vivre ensemble des personnes aux croyances et aux traditions différentes. Il est d’ailleurs remarquable qu’après le très beau "Bird People" de Pascale Ferrand qui s’intéressait à la mondialisation vue d’un aéroport, c’est encore une femme qui réussit à peindre la mondialisation intime du travail. 

Ce que "Fidelio, l’odyssée d’Alice" montre aussi excellemment, c’est à quel point ces gros navires sont d’abord des usines flottantes. Les plans sur la salle des machines sont saisissants, d’autant que les personnages évoluent sur un vieux cargo, connaissant des pannes à répétition, des incendies… et que les bateaux, parfois comme les usines, appartiennent à des armateurs obsédés par la rentabilité financière…  

Une traversée des sentiments

Voilà pour le décor dans lequel évolue Alice l’héroïne, féminine jusqu’au bout de sa clé à molette, malgré sa salopette souillée de cambouis. Si Alice doit laisser à quai Felix son amoureux danois et dessinateur de BD (le très émouvant Anders Danielsen Lie qui réussit à marier fragilité et détermination en quelques scènes), ce n’est pas vraiment un problème pour cette jeune femme libre comme l’air (un comble pour un film qui se passe sur un bateau). Après tout, même sur un navire, on peut envoyer et recevoir des mails, même s’ils passent par l’ordinateur du commandant. Pour contourner l’obstacle, il suffit de remplacer quelques termes grivois par des mots codés… En attendant l’approche des côtes africaines, où l’on pourra à nouveau attrapper le réseau. Comme on le voit dans une scène où tous les marins tendent à bout de bras leur téléphone vers la terre pour mieux capter.

Car la traversée des océans sera aussi une traversée des sentiments. L’héroïne va retrouver pendant ce voyage, le commandant du navire qui se trouve être son ex, qu’elle pense toujours être le grand amour de sa vie, tandis que débute l’histoire avec Félix resté à terre. Un voyage rythmé par des escales, où l’héroïne s’amuse avec des hommes à "marines", mais aussi par la découverte du journal intime de son prédécesseur sur le bateau, mort brutalement.  

"Fidelio" est une très subtile variation sur le marivaudage en mer. Jusqu’où l’attachement amoureux est-il compatible avec la liberté de mouvement, s’interroge mezzo vocce, la réalisatrice. La liberté des marins n’est-elle pas avant tout une fuite face à des sentiments dont l’impermanence menace et angoisse ? Comme le dit joliment Felix :  "les sentiments, ça bouge tout le temps". Difficile alors de ne pas penser à l’océan filmé magnifiquement dans toutes ses variations, comme un écho des soubresauts qui agitent le cœur de l’héroïne, interprétée par Ariane Labed, toute en grâce. De la salle des machines à la proue du cargo, en mer ou sur la terre ferme, elle est l’inconstestable révélation de ce film.

 Christophe Bys

La bande annonce de Fidelio, l’Odyssée d’Alice :

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