Fessenheim, une épine dans le pied de la loi de transition énergétique

La centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) fermera un jour ! Mais quand ? Dans sa dernière intervention, le président de la République se garde d'avancer une date. Un  flou, qui inquiète les Verts, mais le parc a besoin de ces deux réacteurs jusqu'au démarrage de Flamanville (Manche). Sa mise en service, à nouveau retardée, débutera en 2017 et durera environ un an.

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Fessenheim, une épine dans le pied de la loi de transition énergétique

La loi de transition énergétique, votée à l'Assemblée nationale en octobre dernier et prochainement examinée au Sénat, a un grand mérite : mettre en place des plans quinquennaux de programmation énergétique. Ses détracteurs regrettent que l’élaboration de ces plans soit confiée à EDF sous contrôle de l'Etat. Mais le secteur énergétique bénéficie enfin d’une vision à long terme sur l’avenir du parc nucléaire ou le déploiement des énergies renouvelables,… bien loin des à-coups politiques contre-productifs.

Pourtant, un sujet semble échapper à toute programmation, c'est la fermeture de la centrale de Fessenheim. Sa mise à l'arrêt était une promesse de campagne et, une fois élu, François Hollande l'a programmée pour fin 2016. Depuis, difficile de savoir sur quel pied danser. Lors de son entretien sur France Inter, le 5 janvier dernier, François Hollande semble réaffirmer la fermeture mais il n'indique plus aucune date : "il y aurait la fermeture de Fessenheim. Des procédures sont en cours et les études sont lancées", affirme-t-il dans un premier temps. Plus tard, il répète : "Dès lors que la loi sur la transition énergétique, et c’était un de mes engagements, plafonne la production nucléaire, il faut fermer une centrale". Un journaliste intervient : "Pas forcement Fessenheim". "C’est ce que certains disent", répond le Président, évasif.

Ségolène Royal, ouverte à d'autres propositions

Inquiète, la présidente d'Europe Ecologie - Les Verts, Emmanuelle Cosse, réagit dans l'instant sur Twitter : "Il faut fermer Fessenheim, M. le Président, car c'est la centrale la plus dangereuse, au-dessus de la nappe phréatique la plus importante d'Europe". Denis Baupin, député EELV de Paris veut y croire : "François Hollande confirme à deux reprises son engagement de fermer Fessenheim. A EDF, entreprise publique à 85 % de le mettre en œuvre"...

Problème : EDF n'a toujours pas lancé de procédure en ce sens. Son ancien patron, Henri Proglio, n'ayant pas fait montre de volontarisme en la matière. Ce sujet est ultra-sensible. Il faut faire face à la contestation locale et prévoir le versement d'indemnités aux partenaires allemands et suisses de la centrale.... Un chèque de quelques milliards d'euros. La loi de transition énergétique a changé considérablement la donne. Elle plafonne la puissance nucléaire à son niveau actuel.

Cela signifie que lorsque l'EPR de Flamanville entrera en fonction - avec une nouvelle année de retard - en 2017, deux réacteurs existants devront fermer. Mais la loi se garde bien d'indiquer lesquels. En novembre dernier, Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie, affirmait même qu'elle serait "à l'écoute des proposition d'EDF" sur le choix de la centrale à fermer.

Le spectre de pénuries

Pourquoi cette prudence du gouvernement ? Dans le monde nucléaire français, l'idée du plafonnement de la puissance et de la réduction de la part de l'atome de 75 à 50% dans le mix électrique pour 2025 est acquise. Mais les experts du secteurs appellent à la prudence. Jusque dans le comité stratégique de la filière nucléaire, proche du Président et du Premier ministre, on affirme qu'il serait raisonnable d'attendre un démarrage sûr et réussi de l'EPR de Flamanville avant de fermer d'autres actifs... Un démarrage de réacteur prend une bonne année.

De plus, du coté du gestionnaire du réseau de transport électrique (RTE), on pointe du doigt un risque de pénurie électrique dans les années à venir en cas d’hiver rigoureux. La fermeture de 70 GW de centrales gaz (l'équivalent de 70 réacteurs nucléaires) en cinq ans a déjà fragilisé considérablement le réseau électrique européen. La France n'a pas forcément les moyens d'anticiper la fermeture de la centrale alsacienne.

Ludovic Dupin

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