Fermeture des centrales, ce qu’en pense l’Autorite de sûreté du nucléaire

La programmation pluriannuelle de l’énergie devrait fixer le nombre de centrales à fermer et un agenda, pour ramener le nucléaire à 50% dans le mix électrique français comme le prévoit la loi. Le gouvernement compte sur l’ASN pour aider à choisir lesquels. Pour l’instant elle ne peut pas.

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Fermeture des centrales, ce qu’en pense l’Autorite de sûreté du nucléaire
A l'occasion d'un bilan de fin de mandat comme directeur de l'Autorité de sûreté nucléaire, Pierre-Franck Chevet a pointé la perte d’expérience systémique de la filière nucléaire ainsi que des problèmes de culture de sûreté.

Fermer des centrales nucléaires pour réduire la part de l’atome dans le mix électrique français est "un choix politique" et non "une question de sûreté nucléaire", a rappelé Pierre-Franck Chevet, directeur de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en fin de mandat, à l’occasion d’une rencontre avec la presse. L’ASN ayant été créé en 2006 (après un très long processus) pour s’affranchir des politiques et ne parler que de question de sûreté, elle n’a donc pas à donner son avis sur les centrales qu’EDF devrait fermer en priorité pour respecter la loi de transition énergétique pour la croissance verte votée en 2015. En revanche, elle a effectivement le pouvoir de fermer des centrales. "On peut le faire, c’est la loi qui l’a prévu", rappelle le directeur de l’ASN. Mais "si en terme de sûreté, on jugeait qu’il fallait en arrêter une, là ou dans six mois, vous le sauriez". Comprenez, aujourd’hui, aucune centrale nucléaire française ne mérite d’être fermée.

La sûreté, un mauvais critère

Pour Pierre-Franck Chevet, "la question d’un arrêt [de centrale nucléaire] pour des raisons de politique énergétique appartient à ceux qui l’ont en charge". Pour autant il était prêt à les aider et raconte avoir "dit au gouvernement de demander à EDF de lui fournir suivant des critères qui leur appartiennent, une liste". Ces critères pouvaient être sociaux, liés à l’économie de la vie locale, car "fermer un site entièrement ou la moitié d’un site ce n’est pas la même chose", mais aussi des critères de sûreté et d’état technique des installations, la liste de Pierre-Franck Chevet n’étant pas exhaustive. "Et sur cette base-là, j’étais prêt à donner mon avis sur la cohérence entre ce dossier d’EDF et ce que je savais en termes de sûreté. Je n’ai pas vu de tel dossier d’EDF." C’est assez cohérent avec la stratégie d’EDF, qui refuse d’envisager toute autre fermeture de centrales que celle de Fessenheim avant 2029.

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Seul EDF peut établir une liste

Quand à attendre les visites décennales des centrales nucléaires qui arrivent à 40 ans… le gouvernement risque de devoir prendre encore son mal en patience. Car c’est EDF qui réalise la visite et en communique les résultats à l’ASN. La première a l’avoir passé est "celle de Tricastin 1“, remarque Pierre-Franck Chevet. Or ce réacteur est justement connu pour avoir des anomalies sur sa cuve. Mais très surveillées, elles n’ont pas empiré, et n’empêchent pas le fonctionnement en toute sûreté du réacteur. A défaut de positions d’EDF, pour sélectionner les centrales à fermer, le gouvernement va devoir trouver un autre critère que celui de la sûreté.

Aurélie Barbaux Grand reporter Énergie & industrie durable
Aurélie Barbaux

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