Fermeté : dans le feu de l'action

Réaffirmer l'autorité de l'Etat, tout en laissant au maximum libre cours à la négociation. La rhétorique du gouvernement Raffarin vient en quelques jours de s'ancrer un peu plus dans la réalité.

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D'abord, il y eut le retrait total du gouvernement du Crédit lyonnais mené tambour battant à l'orée du week-end. Francis Mer, critiqué souvent injustement à ses débuts, a montré comment le volontarisme d'un industriel pouvait payer au sein du gouvernement. Cela faisait des années que Jean Peyrelevade, président du Lyonnais, veillait jalousement sur son indépendance en se jouant des hésitations des précédents gouvernements et des tergiversations de ses autres actionnaires. En moins de vingt-quatre heures, Francis Mer a non seulement sifflé la fin de la récréation, mais bouclé le dossier en évitant la polémique et en engrangeant au passage une manne presque inespérée pour les contribuables qui sauvèrent autrefois la banque de la faillite.

Ensuite, pendant tout le week-end, un conflit autrement plus dangereux menaçait le gouvernement et le pays tout entier : une nouvelle grève des routiers susceptible de paralyser une fois de plus l'économie du pays. Nicolas Sarkozy, fort de son aura de ministre de l'Intérieur omniprésent et apôtre de la fermeté, est monté en première ligne en rappelant que l'Etat ne tolérerait pas un blocus semblable à ceux vécus à plusieurs reprises au cours des années 90. Pendant que les employeurs étaient poussés à jeter suffisamment de lest pour diviser les syndicats. Résultat : des barrages qui ont rapidement flotté...

Réaffirmer l'autorité de l'Etat, tout en laissant au maximum libre cours à la négociation. La rhétorique du gouvernement Raffarin est venu en quelques jours s'ancrer un peu plus dans la réalité.

Même les inspecteurs du permis de conduire ont vu lundi les limites de leur mouvement : des gendarmes ont commencé à faire passer les épreuves du Code de la route dans sept départements. Tandis que le minis- tère des Transports assouplissait sa position suffisamment pour que cela soit officiellement reconnu par des représentants syndicaux.

Reste le cas de José Bové, peu désireux d'aller passer plus d'un an de sa vie en prison après la confirmation de ses deux condamnations pour arrachage de cultures expérimentales d'OGM. Et donc prêt à « accepter » une grâce présidentielle. On imagine Jacques Chirac prêt à faire preuve d'humanité face au populaire contestataire de la mondialisation. Une mondialisation que le président de la République critique lui-même à ses heures, non sans une certaine ambiguïté. Sauf que l'Astérix du Larzac ne s'était pas, dans cette affaire, attaqué aux multinationales des organismes génétiquement modifiés tel Monsanto. Il a arraché des plants cultivés par des centres de recherches officiels dans le cadre d'expériences très limitées et encadrées par la loi. Se faisant ainsi le chantre d'un obscurantisme qui, s'il se généralisait, déboucherait peu à peu sur un blocus du progrès de l'humanité. Un blocus à terme beaucoup plus dangereux que celui qui menaçait ce week-end les routes de notre pays.

Par Jean-Léon Vandoorne,
Directeur de la rédaction

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