Fermer zéro ou six réacteurs d’ici à 2028 n’est peut-être pas le plus important pour la filière nucléaire

Le gouvernement a planché sur trois scénarios concernant la réduction du nucléaire à 50% du mix électrique, selon l’AFP repris par Le Figaro. Mais pour les industriels de la filière, le rythme de fermeture des centrales importe moins que de savoir à quoi ressemblera le parc nucléaire dans vingt ans.

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Fermer zéro ou six réacteurs d’ici à 2028 n’est peut-être pas le plus important pour la filière nucléaire
La filière nucléaire aimerait surtout savoir si on va construire de nouveaux réacteurs et quand.

A une semaine de la présentation – enfin – de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui fixe la feuille de route énergétique de la France pour les dix ans à venir, laisser fuiter à l’AFP (repris par le Figaro) un document présentant les trois scénarios sur lequel a planché le gouvernement pour savoir comment ramener à 50% la part du nucléaire dans le mix électrique français ne mange pas de pain... Et permet de préparer le terrain.

Depuis la publication du bilan prospectif électrique de RTE à 2035 il y a un an, on savait que la France ne tiendrait pas l’objectif de 2025, pour réduire la part de l’atome de 72% à 50% dans la production d’électricité. Mais l’exécutif était resté flou sur le nouvel horizon

pour y parvenir, évoquant 2030 ou 2035. En début de semaine, François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, avait annoncé que ce serait 2035. Ne dévoilant en revanche rien sur le rythme de fermeture de réacteurs pour y parvenir. L’exécutif allait-il suivre le plan d’EDF qui repousse à 2029 la fermeture d’autres centrales que celle de Fessenheim (Bas-Rhin), ou va-t-il lui demander de commencer plus tôt ?

33 réacteurs à fermer en 17 ans

Dans tous les cas, “pour atteindre 50% de #nucléaire en 2035 comme le propose @FdeRugy, il faudrait fermer 33 réacteurs (30.1GW) en 17 ans (y compris Fessenheim, en supposant qu'il n'y a pas d'autres EPR que ceux de Flamanville et que les réacteurs ferment dans l'ordre de leur mise en service)“, avait twitté l’expert Arnaud Laconde. Cela ne correspond à aucun des scénarios, tempêtent les écologistes. C’est le premier qui aurait la faveur de François de Rugy.

Le choix est crucial pour EDF et ses sous-traitants, qui l'aident massivement (jusqu'à 80%) dans l'exploitation de ses centrales. Il est aussi très attendu des autres producteurs d’électricité qui vont devoir, avec EDF, adapter le rythme d’ouverture des parcs éoliens et solaires pour porter à 40% la part des renouvelables dans le mix français.

"L’avenir de la filière pas garantie" selon De Rugy

Mais pour le reste de la filière nucléaire, le plus important n’est pas là mais dans la décision de construction de nouveaux EPR ou pas. On sait depuis la semaine dernière et une déclaration de François de Rugy au micro d’Europe 1, le 19 novembre dernier, que le sujet ne sera pas traité dans la PPE. "L’avenir de la filière nucléaire française n’est pas garanti. Il y a eu la faillite d’Areva, sauvée d’extrême justesse. Il y a les problèmes de l’EPR, qui reste une question ouverte. La technologie n’a pas encore démontré sa fiabilité technologique, sa sécurité et sa compétitivité. Pour l’EPR, je ne vois pas comment on pourrait décider aujourd’hui de commander de nouveaux EPR. En revanche, je discute avec la filière nucléaire française et je leur demande leur plan pour fiabiliser cette technologie, pour rendre les choses compétitives économiquement. Est-ce que le choix se fera dans ce mandat-ci ? On est plutôt sur un choix entre 2021 et 2023".

A la fin de l’été, un autre rapport - qui avait judicieusement fuité en pleine rédaction de la PPE - parlait de la nécessité de construire entre 2025 et 2035 six nouveaux EPR, en plus de Flamanville. Ce chiffre est issu du rapport Escatha-Collet-Billon, classé secret défense, sur "le maintien des capacités industrielles de la filière nucléaire en vue de potentielles nouvelles constructions de réacteurs". Est-il crédible ?

Quid de six nouveaux EPR ?

Recommencer à construire vite, et en série (d’où le chiffre de 6), des EPR, serait en effet indispensable à la filière nucléaire pour maintenir ses compétences, qu’elle avait perdues comme on peut le constater avec le catastrophique chantier de l’EPR de Flamanville. Dans l’optique où la France souhaite maintenir 50% d’électricité nucléaire dans son mix électrique, la construction de nouveaux réacteurs en replacement de ceux du parc historique - qui, même prolongés de 10 ans, seront arrêtés - a également du sens, n’en déplaisent aux écologistes. A moins que la France ne décide de programmer la sortie du nucléaire - ce qui est peu probable à courte échéance, car le nucléaire, décarboné, est une des armes de lutte contre le réchauffement climatique dont Emmanuel Macron a fait un marqueur de sa politique -, la question de la construction d‘un nouveau parc se pose. Sachant que la filière compte un délai de 10 ans entre la décision de construction et la mise en service d’un réacteur...

Quant à savoir s’il faudra reconstruire 1, 3, 6 voire 8 ou 9 EPR comme le propose la SFEN - en plus de celui de Flamanville -, attendre qu’EDF et Framatome développent l’EPR 2, plus simple et moins coûteux à construire, ou acheter des réacteurs au design japonais ou chinois… La question reste ouverte.

Selon nos informations, l’Elysée pencherait pour la construction rapide de trois nouveaux EPR (donc plutôt le scénario 3). Mais d’ici à 2021, le président de la République a le temps de changer d’avis. Et il peut aussi choisir de laisser la décision à son successeur.

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