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L'Usine Auto

Sergio Marchionne, l'ex-patron charismatique de Fiat Chrysler, est décédé

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Publié le , mis à jour le 25/07/2018 À 12H06

L'état de santé de Sergio Marchionne, patron du constructeur automobile Fiat Chrysler, s'était dégradé le 21 juillet, obligeant le groupe à désigner comme directeur général Mike Manley, qui dirigeait la division Jeep. Son décès a été annoncé le 25 juillet. L'avenir reste trouble pour Ferrari.

Sergio Marchionne, l'ex-patron charismatique de Fiat Chrysler, est décédé
Sergio Marchionne est décédé à l'âge de 66 ans.
© Chrysler - Flickr - C.C.

Le constructeur automobile italo-américain Fiat Chrysler Automobiles (FCA) avait fait savoir le 21 juillet que Manley assumait sur le champ les fonctions de Sergio Marchionne, dont l'état de santé s'est dégradé à la suite de complications liées à une opération chirurgicale. Ce dernier est décédé à l'âge de 66 ans, a annoncé mercredi 25 juillet Exor, la holding de la famille Agnelli.

Sergio Marchionne, qui devait démissionner en avril 2019, avait exposé au tout début juin son plan stratégique destiné à doubler le bénéfice d'exploitation de FCA d'ici 2022 grâce aux SUV et aux voitures hybrides et électriques, ces dernières devant faire l'objet d'un investissement de neuf milliards d'euros.

La croissance internationale de Jeep avec Mike Manley

C'est ce plan que Manley, qui assume également la responsabilité de la région Amérique du Nord, s'emploiera à concrétiser. Mike Manley s'était attelé à faire de Jeep une marque internationale. "La réussite de la marque Jeep sous la houlette de Mike Manley et son expérience internationale en font un choix avisé pour être le nouveau patron de FCA", dit Karl Brauer, directeur des rédactions d'Autotrader et de Kelley Blue Book.

Manley, 54 ans et d'origine britannique, dirigeait la marque Jeep depuis 2009 à la suite d'une restructuration consécutive à un renflouement des Etats-Unis et du Canada et effectuée sous le contrôle de Fiat. Depuis lors, les ventes annuelles de Jeep sont passées de 300.000 exemplaires - concentrés pratiquement sur les seuls Etats-Unis - à 1,4 million de par le monde l'an passé.

FCA, le septième constructeur automobile mondial, avait dit en juin qu'un SUV sur 12 vendus dans le monde d'ici 2022 serait sans doute une Jeep. Jeep compte présenter neuf nouveaux produits, se développer dans trois nouveaux segments, dont les gros SUV, et proposer quatre versions électriques d'ici 2022. Manley a lancé la production de Jeep en dehors des Etats-Unis, en Chine, en Inde, au Mexique et en italie, dans le but d'augmenter ses ventes à l'international.

"Le fait qu'il y ait déjà un nouveau plan, que les équipes dirigeantes ont adopté en bloc, facilite quelque peu la tâche de Manley en tant que successeur", observe George Galliers, analyste du courtier Evercore ISI. Les analystes de Morgan Stanley estimaient en juin que les marques Jeep et Ram, que Manley a pris en charge en 2015, réalisaient un chiffre d'affaires annuel de 84 milliards de dollars, soit les deux tiers du CA total de FCA, et les jugeaient ainsi primordiales pour l'avenir du constructeur.

LA BARRE TRÈS HAUT

Manley hérite d'un constructeur dont la dette aura été bien réduite par son prédécesseur, qui jugeait par ailleurs qu'une fusion pour FCA serait "en définitive inévitable". La valeur de Fiat a été multipliée par 11 depuis que Marchionne en a repris les rênes, en 2004, grâce notamment aux scissions de CNH Industrial et de Ferrati. Une autre scission est prévue, celle de l'équipementier Magneti Marelli; prévue pour cette année, elle devrait à son tour augmenter la génération de valeur.

Marchionne a également refondu en profondeur les organigrammes, remaniés suivant une philosophie de la méritocratie, et a opéré des coupes claires en réduisant le nombre d'architectures de véhicules et en créant des coentreprises pour partager les coûts de développement et les charges fixes.

Réputé dur en affaires, Marchionne avait obligé General Motors en 2005 à verser à Fiat deux milliards de dollars pour qu'il n'exerce pas son option de vendre sa division automobile au constructeur américain, un fait d'armes qui ne l'a pas forcément aidé dans ses futures approches collaboratives.

Les résultats opérationnels de Marchionne sont un peu moins brillants que sa capacité à conclure des affaires. La rentabilité en Europe s'améliore mais peu à peu, tandis que FCA n'a pas encore vraiment percé en Chine et qu'Alfa Romeo n'a toujours pas dégagé de bénéfice.

En revanche, Marchionne n'a pas hésité à arrêter en Amérique du Nord la production de berlines non rentables et à rééquiper les chaînes de montage pour qu'elles produisent des SUV et des pickups bien plus rentables, inspirant ainsi les concurrents Ford et GM. Marchionne a ainsi placé la barre très haut, trop haut peut-être pour des gérants tels qu'Umberto Borghesi (Albemarle Asset Management). "Le jour où il partira, la société perdra de son attrait", avait-il déclaré cette année.

UN AVENIR PLUS FLOU POUR FERRARI

L'horizon paraît en revanche moins clair pour Ferrari, que Marchionne comptait diriger jusqu'en 2021. Ferrari a publié des objectifs de moyen terme cette année, comme le doublement de son bénéfice opérationnel ou la sortie de véhicules hybrides et d'un SUV - mais son plan stratégique détaillé n'était prévu que pour septembre.

Son nouveau patron Louis Camilleri "hérite d'une valorisation absurde, d'un plan produit qui est loin d'être arrêté en interne et d'objectifs financiers pour 2021 que Sergio a écrit sur un bout de serviette et qui seront peut-être difficiles à atteindre", dit l'analyste de Bernstein.

Marchionne avait fait des choix audacieux pour Ferrari, notamment en augmentant sa production, mais il a toujours veillé à entretenir l'exclusivité de la marque. "Marchionne avait réglé (Ferrari) à la perfection. Il reste à voir si cela restera le cas sans lui", juge l'analyste d'Evercore ISI.

 

(Avec Reuters: Laurence Frost à Paris et Agnieszka Flak, Danilo Masoni à Milan, Elvira Pollina à Turin; Wilfrid Exbrayat pour le service français)

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