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« Favoriser un enrichissement croisé »

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Philippe Darmayan, le président d’ArcelorMittal France, dirige l’Alliance industrie du futur. Selon lui, c’est par l’échange de pratiques exemplaires que les entreprises, PME en tête, peuvent appréhender le basculement vers l’usine du futur.

« Favoriser un enrichissement croisé »
Philippe Darmayan, président d’ArcelorMittal France

Quel est votre rôle à la présidence de l’Alliance industrie du futur ?

Il est opérationnel : utiliser mon expérience de gestion de projet pour que les choses avancent et qu’on ne se disperse pas trop. L’Alliance est originale dans le paysage français. Cette association a une action de développement économique dans laquelle l’État demande aux industriels d’être opérationnels. Son origine, ce sont les 34 plans de la nouvelle France industrielle initiés par Arnaud Montebourg et repris dans le cadre de la nouvelle politique industrielle d’Emmanuel Macron, comme le rassemblement de toutes les actions pouvant amener l’industrie française à progresser en utilisant les technologies nouvelles. Cette politique a deux objectifs : améliorer l’attractivité du territoire France et améliorer une industrie d’équipementiers français.
 

Pour certaines entreprises, il s’agit de prendre de l’avance en construisant l’usine du futur ; pour beaucoup, c’est combler un retard. Comment les concilier ?

C’est la partie essentielle de l’attractivité du plan. Nous travaillons de façon ouverte avec les régions pour soutenir leur politique économique en faveur des PME. Nous avons labellisé des consultants pour permettre aux chefs d’entreprise de repenser leur situation. Quelque 1 500 entreprises ont été auditées, dont pas moins de 600 ont abouti à un projet concret. Des financements de régions ou d’État – 600 millions d’euros environ – ont été mis en œuvre. Sur les 600 entreprises retenues, il y en a 150 auxquelles nous voulons donner une visibilité pour que d’autres puissent y chercher des exemples.
 

Quelles sont les quatre ou cinq qu’il faut aller visiter ?

Pour voir comment le numérique peut permettre à un groupe de capter des parts de marché et savoir en temps réel quelle est la consommation de ses clients et les réapprovisionner en direct, allez voir Air liquide. Pour voir un site de l’industrie lourde qui a créé une simulation complète de son process pour les arrêts programmés, allez chez Solvay. Pour voir une usine qui connecte complètement ses process afin d’avoir une vision de sa qualité sortante dès le début de la fabrication et des inputs de process, vous irez voir Bosch à Rodez. Enfin, si vous voulez voir un système intégré de supply chain, allez chez BoostAeroSpace.
 

Comment diffuser les exemples ?

Introduire du numérique, changer de business model, aller vers les produits connectés, comprendre l’accélération du rythme qu’apporte le numérique, cela demande un effort d’imagination important. C’est le challenge des chefs d’entreprise d’imaginer ce que peut devenir leur chaîne de valeur dans quelques années. Il leur faut des exemples. Nous voulons créer un club des entreprises de l’industrie du futur, où ils puissent échanger. Un des changements importants concerne la ­supply chain, avec un enjeu de rapidité de livraison des clients et de baisse du fonds de roulement. Autre changement, le time to market, c’est-à-dire la facilité de renouveler le portefeuille de produits. Une entreprise dont le produit est en train de se « commoditiser » trouvera avec notre classement par scénarios, des entreprises qui sont déjà allées dans cette voie. Nous élaborons sept scénarios avec les Allemands qui permettent de classer ces 150 entreprises.
 

Sont-ils adaptés aux PME, qui n’ont pas les mêmes contraintes que les grands acteurs ?

Il n’y a aucune différence entre une grande entreprise et une PME au niveau de ce qui peut lui arriver, des enjeux et des risques. La seule différence réside dans la capacité d’investissement. D’où l’importance d’avoir des financements pour aider les PME.
 

Comment se passe la collaboration avec les régions ?

C’est en devenir. Il faut laisser s’exprimer l’initiative régionale et voir comment nous pouvons la soutenir avec des compétences métier et organisationnelles. Nous nommons des chefs d’entreprise ambassadeurs régionaux, pour être en contact avec les présidents de régions. Quatre régions sont très dynamiques (Ile-de-France, Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Auvergne-Rhône-Alpes et Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes), il en existe treize (régions métropolitaines, plus la Corse, ndlr), il nous en reste encore neuf à entraîner…
 

Faut-il encore évangéliser les PME ?

Je crois au bouche-à-oreille, à l’effet de mode. Quand le Medef fait son Université du numérique, la salle est pleine. Quand Lyon fait son séminaire sur l’usine du futur, c’est pareil. Nous accompagnons les délégations françaises à la foire d’Hanovre, nous allons faire des salons comme le Midest et Smart industries, et nous allons organiser des séminaires dans les grands pôles régionaux. J’ai en tête le parallèle avec les cercles de qualité de l’époque, les groupes autonomes… Il faut créer un mouvement où les PME et grands groupes viennent présenter ce qu’elles font et qu’il y ait un enrichissement croisé.
 

Quelles sont les technologies que vous souhaitez promouvoir ?

Celle sur laquelle j’insiste le plus, c’est le numérique. C’est là qu’il y a le plus d’incertitudes, de changements. J’étais récemment au comité de la filière agroalimentaire, où se joue potentiellement un bouleversement de la chaîne de valeur. Il existe un nombre très important d’entreprises et quatre centrales d’achats qui tiennent le marché. Le numérique peut permettre de sauter les centrales et de passer un lien direct avec les consommateurs. Cela peut être un changement majeur. Ils doivent travailler là-dessus et ne plus considérer les distributeurs comme des clients, mais comme un canal commercial. Les clients, c’est vous et moi. Mais les centrales peuvent, elles aussi, saisir au bond ce mouvement. Il y a donc une bataille qui va changer profondément certains métiers.
 

Y a-t-il d’autres technologies prioritaires ?

Les matériaux composites et la fabrication additive, qui sont liées. Nous avons un enjeu phénoménal sur la métallurgie des poudres, une industrie qui n’est pas très développée en France et qu’il faut recréer. L’alliance avec la fabrication additive peut conduire à des gains importants. Pour cela, il faut comprendre les questions de recuit, de rétreint… Il y a une masse de technologies à repenser, à réapprendre et à mettre en liaison avec la fabrication additive. Nous avons récemment réuni 130 professionnels à Arts et métiers ParisTech pour travailler, au-delà des concurrences, sur le métier. Jean Sreng, du CEA, pilote ce groupe de travail sur les technologies, mais aussi sur les questions de normalisation.
 

Que s’est-il passé avec les 13 plates-formes technologiques, dont plusieurs n’ont pas abouti ?

Les projets ne sont pas abandonnés, ils sont pour l’instant au nombre de quatre. On a toutefois tendance à aller à la solution avant d’avoir inventorié l’ensemble des problèmes. Les plates-formes ne fonctionnent que si vous créez un projet en lien avec des utilisations. Nous devons travailler sur l’aspect filière, car l’introduction du numérique sera différente dans chaque secteur : agroalimentaire, automobile, chimie, acier… Il est urgent que les fédérations et les comités stratégiques de filières nous disent comment elles voient leurs métiers demain. C’est à partir de là que nous aurons des plates-formes efficaces.
 

Où en est-on des travaux annoncés sur la place de l’homme dans l’usine du futur ?

Nous montons un groupe de travail pour définir, sur la base de ces vitrines technologiques, quelles sont les évolutions des métiers, des compétences, et en quoi il y a nécessité de modifier les formations et d’élaborer des socles communs de formation. Il ne s’agit pas de refaire toutes les formations, mais d’y instiller ce qui est nécessaire à l’arrivée du numérique. Nous avons créé une équipe projet, nous avons un financement. Nous allons prendre les vitrines, en commençant par celles d’Air liquide, Daher et Bosch, et mettre autour d’une table syndicats, patronat, ingénieurs, pour débattre des changements des métiers, de l’évolution des compétences et de l’évolution des savoir-être. Nous voulons former un groupe prospectif avec le Conseil national de l’industrie (CNI) pour tirer de ces cas concrets des conclusions sur les formations ou la résorption des tabous : le code du travail, les forfaits jour, tous les problèmes qui se posent dès que le numérique permet de travailler à distance et non plus uniquement sur des tâches.
 

Combien de temps vous donnez-vous ?

La première étape, c’est mi-2017. Pour l’instant, l’osmose est très forte avec le ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron, qui nous soutient. L’Alliance doit avoir suffisamment de maturité pour avoir créé un mouvement qui s’impose et pouvoir assumer un changement politique. 

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