Faut-il un contrat de travail spécifique aux seniors?

Le Gouvernement aimerait voir aboutir avant l'été la négociation entre les partenaires sociaux sur l'amélioration du taux d'emploi des seniors. Le Medef propose un nouveau contrat pour «des missions prédéterminées».

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OUI ?Il faut faciliter la notion de mobilité?
OLIVIER SPIRE, P-DG de Quincadres, cabinet de recrutement
Je suis convaincu que le problème n'est pas de savoir si le contrat doit être comme ceci ou comme cela! Doit-il s'appeler contrat de chantier? De mission? Tout cela, c'est de la bureaucratie. Le fond du problème n'est pas là. Les entreprises ont un comportement normal avec les plus de 50 ans. Elles n'en recrutent pas davantage parce qu'elles les aiment bien ou parce qu'ils bénéficient de tel contrat. Elles recrutent des seniors si elles en ont besoin ! En ontelle besoin? Le privé compte 3 millions de cadres. C'est le plein emploi. Avec un chômage à 5,1%, 153000 cadres sont disponibles sur le marché du travail. En face, la pénurie se fait jour avec les départs en retraite. Dans les 10 ans à venir, 35000 personnes partiront chaque année alors que le réservoir de cadres, avec le plein emploi, est quasiment vide. A la pénurie s'ajoute les difficultés de l'adéquation des métiers, sectorielle et géographique. Un chef d'entreprise ne confiera pas un poste de production à un responsable qualité ou de maintenance! Demain, il sera problématique pour des entreprises, notamment dans l'industrie, de trouver des cadres. Il faut faciliter la mobilité, ce que fait la notion de mission. Les entreprises ne pourront pas se passer des plus de 45 ans et ne chercheront pas à savoir s'il faut un contrat truc ou machin. Pour les cadres qui ont fait preuve d'adaptation et de réactivité, c'est une opportunité formidable. La demande de missions augmente très fort. L'enjeu pour les cadres n'est pas de savoir si ces missions se feront sous la forme d'un intérim ou d'un CDD calculé sur la durée de la mission. Mais qu'ils se verront confier les missions les plus stressantes. Qu'ils devront s'assurer de l'accès à la formation pour rester au top, de parler anglais. De leur côté, les entreprises devront apprendre à gérer des dizaines et des dizaines de ces contrats. Elles devront tout faire aussi pour que les seniors en interne ne se sentent pas défavorisés. Ce dont tous les salariés ont d'abord besoin, c'est d'un environnement de travail motivant.
NON ?Cela ne fera qu'accroître la précarité ?
ALAIN LECANU, secrétaire national de la CFE/CGC
Nous sommes totalement opposés à ce principe. Ce nouveau type de contrat, ce n'est pas sérieux ! Qu'un salarié soit jeune ou vieux, le problème est le même. Le senior est un salarié comme les autres avec les mêmes droits, le même accès à la formation, etc. En plus, le Medef propose de ne plus prendre en compte les salariés de plus de 55 ans dans le décompte des effectifs ! Nous connaissons bien les méthodes de travail du Medef. Aujourd'hui ce sont les seniors. Et demain, ce seront les femmes? Les handicapés? Nous devons tout mettre en oeuvre pour éviter ce type de discriminations. Concernant les seniors, il faut déjà sortir d'un blocage psychologique. Car on considère qu'une personne de 60 ans est un jeune retraité alors qu'un salarié de 50 ans est jugé comme vieux dans son entreprise. Une étude récente à montré que seulement 33 % des plus de 55 ans avaient eu une augmentation au cours des trois dernières années. Ce n'est guère motivant. Lors de l'entretien annuel -à généraliser dans les PME- , il faudrait aborder la formation, l'employabilité des seniors, leur reconversion dans l'entreprise s'ils occupent un poste pénible. On pourrait aussi favoriser le tutorat, prévoir des incitations fiscales pour les entreprises qui recrutent des seniors. Or pour l'instant, le Medef nous parle de ne plus prendre en compte les plus de 55 ans, d'abandonner les primes d'ancienneté et d'établir des contrats, de chantier ou de mission, qui développeront l'emploi précaire. Il faudra bien qu'un jour on définisse ce qu'est une «offre d'emploi valable». Et comprendre pourquoi des milliers d'emplois ne sont pas occupés. Si l'on veut encourager l'essor de ces missions encadrées dans le temps, on n'a qu'à favoriser le développement des groupements d'employeurs. Cette solution sera plus adaptée pour prendre sous contrat d'un an, des ergonomes, des informaticiens ou des comptables. Qu'un accord soit conclu d'ici à l'été me paraît difficilement jouable.

PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-MICHEL MEYER

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