Faut-il soutenir la filière électronique française ?

Alors que les syndicats présentent au Sénat un livre blanc sur l'état du secteur le 11 juillet.

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OUI : PIERRE GATTAZ
Président du Gixel (syndicat professionnel des composants passifs)
" Notre industrie est orpheline de grands programmes "
Depuis deux ans, la crise des télécommunications, celle des PC en l'an 2000 et celle de l'aéronautique, après le 11 septembre, ont ébranlé les industriels de la filière électronique. Résultats : 50 % de chiffre d'affaire en moins, des plans de licenciements et parfois des dépôts de bilan. Le constat est inquiétant pour l'emploi. Ce secteur générait 200 000 emplois directs en 1990, 120 000 en 2002. Et si rien ne change, ce chiffre tombera peut-être à 60 000 à l'horizon 2008...
Cette filière est un pôle d'excellence français qui a créé de nombreux emplois depuis 50 ans et qui a largement contribué au succès des grands secteurs industriels de ce pays : ferroviaire, aéronautique civile et militaire, télécommunications, nucléaire, spatial. D'où l'émergence d'une industrie électronique innovante et de qualité, reconnue sur le plan mondial. Or, aujourd'hui, notre industrie est " orpheline " de grands programmes et de vision stratégique claire sur les 5 à 15 prochaines années. En France, et en Europe, les industriels se retrouvent dépourvus d'une base arrière, susceptible d'assurer une demande interne alors même que la compétition est mondiale et que les concurrents sont largement subventionnés par leurs gouvernements respectifs. Dans ce contexte, il y a pourtant des solutions : augmenter rapidement les financements pour la R&D ; favoriser l'émergence de nouveaux marchés, comme les investissements des collectivités locales dans les télécoms ; relancer des grands programmes nationaux et européens (sécurité routière, lutte antiterroriste, réseaux haut débit...), en réponse aux préoccupations stratégiques ou économiques des Etats.

NON : JACQUES LE BÉGUEC
Directeur des ventes pour l'Europe du sud d'Altera, fabricant américain de puces
" Nous devons admettre que la fabrication soit délocalisée "
Il faut profiter de l'état de dépression actuel de l'industrie électronique afin de retrouver une " ligne solide ". Pour cela, il faut tirer un trait sur ce qui a été fait, notamment en matière de fabrication de cartes électroniques. L'industrie électronique française a perdu plus que n'importe quelle autre filière dans le monde, quand la production en grandes quantités de téléphones mobiles a disparu. A l'inverse de ce qui s'est passé aux Etats-Unis, les télécommunications ont longtemps masqué le phénomène de délocalisation de la production. Aujourd'hui, celle-ci gagne, et c'est un phénomène récent, le développement des produits. La question de fond qui se pose est donc de savoir s'il faut continuer à protéger la fabrication de cartes électroniques.
Pour rester compétitif au niveau mondial, je pense qu'il vaut mieux se concentrer sur la partie intellectuelle, sur l'innovation. Pour cela, nous devons favoriser l'implantation de centres de recherche privés et la venue d'entreprises étrangères. Les outils de recherche-développement qui existent aujourd'hui permettent en effet de garder le contrôle et la maîtrise d'oeuvre locale des projets. Mais il est utopique d'intervenir seulement au niveau national, de considérer la France comme un îlot en Europe, alors que nos partenaires rencontrent les mêmes problèmes. Si notre démarche reste isolée, les sociétés vont juste essayer de survivre. C'est pour cela qu'il faut agir au moins au niveau européen, afin de réaliser des économies d'échelle. Et soutenir des grands projets qui ne soient pas forcément conduits par les Etats. Propos recueillis par Jean-Pierre Vernay

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