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Faut-il réduire les 71 pôles à quelques Silicon Valley françaises ? [blog]

Aurélie Barbaux ,

Publié le

L’Institut de l’entreprise avance trois propositions pour réformer les pôles et faire émerger des silicon valley française. Elles cachent mal la volonté des grandes entreprises de financer leur développement, en laissant peu de place aux secteurs vraiment émergents, mais prometteurs, où elles sont peu présentes.

Faut-il réduire les 71 pôles à quelques Silicon Valley françaises ? [blog] © Photosteve101 - Flickr - C.C.

Et voilà que cela recommence. Alors que le gouvernement discute aujourd’hui à huis clos de l’avenir des pôles de compétitivité avec les intéressés, certains veulent encore tout casser. Cette fois c’est l’Institut de l’entreprise, think tank (réservoir d’idées, pardon !) des grandes entreprises françaises qui s’y colle. Mais leurs trois propositions "pour faire émerger des Silicon Valley françaises" me laissent perplexe.

Passons sur la première : réduire le nombre des pôles et les concentrer sur les secteurs à plus fort potentiel. Depuis le lancement des pôles en 2005, c’est la même rengaine. Il ne fallait que 15 pôles, les régions en ont poussé 71. Certes, tous ne sont pas au top et encore une quinzaine doit améliorer sa copie après le denier audit. Mais il ne faut pas arrêter leur dynamique. Au mieux, peut-on discerner deux groupes, les pôles "régionaux" et les pôles "internationaux" (les nationaux n’ont finalement pas de sens.). C’est d’ailleurs une des voies proposées par le dernier rapport d’audit. Pas très nouveau donc. Ce qui est plus inquiétant, c’est que pour l’Institut de l’entreprise, les "secteurs à plus fort potentiel" ne sont pas ceux où de situentles nouveaux marchés, mais ceux où les grandes entreprises comptent des forces. Car seront-ils vraiment prêts à voir supprimer 3 des 4 pôles auto, sous prétexte que le secteur est sinistré, et que définitivement, le marché est ailleurs ?

La deuxième proposition est plus originale, mais difficile à mettre en œuvre : renforcer la capacité des pôles à accompagner l’innovation et à mettre sur le marché des projets. "Les pôles sont trop axés sur la R&D et pas assez sur l’aval", explique Romain Lucazeau, chargé de mission à l’institut de l’entreprise. Certes, mais c’est exactement leur rôle. Et si, effectivement, pousser des projets de design, d’innovation de services ou de prototypes dans les pôles est nécessaire pour les entreprises, le mode usine à projet collaboratif des pôles n’est pas adapté. À ce stade, les enjeux commerciaux sont trop stratégiques pour être partagés dans un consortium, ou alors uniquement entre une entreprise et un laboratoire. Mais sûrement pas entre grandes entreprises et PME.

De toute façon, les PME, l’Institut de l’entreprise n’en a cure, comme le montre sa troisième proposition : accroître l’implication des grandes entreprises ! Là, j’ai eu beau interroger Romain Lucazeau, je n’ai pas compris. Depuis le début, tous les pôles — à l’exception de Cap Digital à Paris — sont portés et présidés par des grands groupes, parfois même trop présents, comme pour le pôle Images et réseaux en Bretagne, ou France Telecom/Orange, qui a dû créer un programme réservé aux PME du pôle !

En fait, dernière ces trois propositions avance à peine cachée la volonté des grandes entreprises de mettre encore plus la main sur les aides à l’innovation de l’État et des collectivités pour financer, non plus seulement une partie de leur recherche, mais aussi leur développement. D’ailleurs le rapport explique qu’il est tout à fait anormal, qu’alors que les grandes entreprises représentent 62 % de la R&D française, elles n’ont bénéficié de la politique des pôles qu’à hauteur d’approximativement 10 % ! Et le CIR alors ! Et puis, leur rôle n’est-il pas justement d’animer un écosystème autour d’elles - les fameuses silicon valley à la française, évoquées en intitulé du rapport - pour faire aussi émerger des PME innovantes, voire des ETI. Mais non, les grandes entreprises semblent rester dans une logique de prédation, vis-à-vis des start-up. Pour Romain Luzereau, de toute façon "elles ne se créent pour se faire racheter". C’est vrai pour certaines mais sûrement pas pour toutes. Et ce n’est sûrement pas l’unique vocation des pôles d’aider les grandes entreprises à faire leur marché.

Par Aurélie Barbaux

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1 commentaire

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12/12/2012 - 09h58 -

Enfin une analyse critique du rapport de L'Institut de l'Entreprise qui apporte une voix différente, et donc précieuse, de celle largement entendue : bonne nouvelle ! Toutefois le passage qui pointe Images et Réseaux, a retenu notre attention comme un raccourci trop éloigné de notre réalité Cette vision de notre pôle relève plus d'idées reçues un peu datées que de faits avérés. Images & Réseaux a démontré dès sa phase 2 une réelle dynamique PME: toujours plus nombreuses, toujours plus impliquées dans les projets et finalement porteuses de projets collaboratifs. Ensuite, c'est justement la complémentarité entre nos grands groupes et nos PME qui fait le dynamisme de notre communauté: récemment, nous avons encore constaté à quel point ce sont les grands groupes qui ouvrent l'accès aux projets européens aux PME du pôle. Mieux, nous considérons cet équilibre GG/PME comme un des atouts différenciants d'Images & Réseaux, un de ses facteurs clés de succès. Enfin, parler de "programme réservé aux PME du pôle" comme s'il s'agissait d'une béquille est purement injuste. L'appel à projets dédié aux PME fait partie des bonnes pratiques soulignées par l'audit national, initiative reprise et imitée par de nombreux pôles après qu'Images & Réseaux ait ouvert la voie sur ce point. Les chiffres disponibles dans tous nos rapports annuels confirment le succès total de ces AAP lancés dès 2009, gage d'une meilleure intégration des PME aux activités de R&D de nos filières. Les témoignages de nos PME seront au final la meilleure réponse, vous en trouverez sous ce lien http://www.images-et-reseaux.com/sites/default/files/medias/press/press-kit/dp_bilan_images_reseaux_final-v2.pdf Il ne s'agit pas d'idéaliser les relations grands groupes/ PME mais au final, ce que nous constatons au quotidien, c'est qu'un écosystème mixte est plus riche et plus fort qu'un tissu trop homogène :-)
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