Faut-il modifier le statut des stagiaires ?

Excédés par les abus dont ils s'estiment victimes, les stagiaires du collectif " Génération précaire " réclament une réforme. Ils ont lancé un appel à la grève pour le 24 novembre.

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OUI " De nouveaux garde-fous sont indispensables "
MARIE REYNIER, directrice générale du réseau Ensam et présidente de la commission recrutement de la Conférence des grandes écoles.
Avec la mondialisation et la généralisation de l'approche libérale, il est devenu indispensable de mieux encadrer le statut des stagiaires. Il y a encore 25 ans, l'esprit citoyen dominait et suffisait à réguler les pratiques mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. Le business règne désormais en maître. Du coup, les rapports qu'entretiennent industriels et étudiants ont radicalement changé. A mesure que les entreprises se sont ouvertes, elles sont aussi devenues de plus en plus exigeantes sur les compétences des diplômés qu'elles accueillent en stage. Elles n'acceptent plus d'avoir à les former et veulent des stagiaires " prêts à l'emploi ". Cette logique utilitariste donne évidemment lieu à des abus que les jeunes ont raison de dénoncer. C'est au législateur d'imposer de nouveaux garde-fous aux entreprises pour que ces périodes, autrefois dédiées à la formation, cessent d'être des zones de non-droit. Les industriels ont d'ailleurs tout à gagner à assainir leurs pratiques. A notre niveau, en tant qu'école, nous essayons de négocier, de façon diplomatique, avec eux sur ce sujet. Nous sommes de plus en plus attentifs au contenu des stages proposés et nous vérifions toujours qu'une formation minimale est dispensée. Et si nous ne sollicitons aucun salaire quand le caractère formateur est prouvé, nous exigeons un dédommagement équivalent aux frais de transport et de logement de l'étudiant. Mais, de plus en plus souvent, il arrive que, sous couvert de stages, les entreprises nous demandent de réaliser des prestations techniques. Dans ce cas, nous les facturons sans complexe, d'autant qu'elles nécessitent parfois l'intervention de nos professeurs. Et nous réclamons aussi que l'étudiant soit payé pour le travail accompli. A défaut, le service que nous rendons pourrait s'apparenter à de la concurrence déloyale vis-à-vis de personnes en recherche d'emploi, dotées des compétences nécessaires. Nous serions alors dans l'illégalité, à la limite du travail au noir.
NON " La convention de stage engage autant qu'un contrat de travail"
YVES BUISSON, directeur général adjoint en charge des ressources humaines d'Unilog France.
J'ai été très surpris par la mobilisation massive des stagiaires et par la nature des abus qu'ils dénonçaient. Chez Unilog, nous n'avons jamais eu connaissance de telles pratiques : le stagiaire est considéré comme une " matière première noble ", si je peux m'exprimer ainsi. Quand je signe une convention de stage, je me sens engagé de la même manière que par un contrat de travail. Les jeunes diplômés étant notre premier vivier de recrutement, nous devons leur réserver le meilleur traitement. Dès le premier contact, ils sont accueillis comme de futurs collaborateurs. Et à ce titre, ils passent une batterie de sélections et d'entretiens, à l'image de toute personne embauchée en CDI. Le stage est un bon canal pour faire ses premiers pas dans notre société. J'entends cependant la révolte de certains stagiaires et je pense qu'il faut punir les excès. Mais je ne peux pas pour autant tirer un trait sur l'investissement important consenti par l'entreprise dans ce domaine. Il ne faut pas oublier que le stage est un complément essentiel et nécessaire à la formation théorique qu'elle seule peut apporter. Cela coûte à l'employeur, au-delà de la rémunération accordée à l'étudiant qui varie chez nous de 1 000 à 1 500 euros par mois. Pour chaque personne accueillie, il est nécessaire de trouver un professionnel confirmé, généralement un consultant senior, apte à l'encadrer et à lui apprendre le métier. C'est une tâche assez lourde puisque 500 jeunes ont profité de ce dispositif en 2005 chez Unilog. Mais elle est indispensable car, sur ce volant, nous avons finalement recruté 350 stagiaires. Quant aux 150 autres, ils n'ont pas pour autant été remerciés malproprement. Ils sont généralement partis de leur plein gré, afin de terminer leur cursus ou pour rejoindre une autre entreprise.
Propos recueillis par Thibaut de Jaegher

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