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[FARNBOROUGH] Les activités de services, l’autre bataille que mène Airbus

Olivier James , , , ,

Publié le

Airbus estime le marché des services à 3000 milliards de dollars pour les vingt prochaines années. Mais l’avionneur doit affronter sur ce segment très rentable de nombreux concurrents.

[FARNBOROUGH] Les activités de services, l’autre bataille que mène Airbus © C. Brinkmann - Airbus

C’est un marché dont le niveau de maturité aiguise les appétits et qui ne demande qu’à être cueilli. A l’occasion du salon aéronautique de Farnborough (Royaume-Uni), Airbus a dévoilé ses prévisions de marché pour les activités de services. L’avionneur européen pronostic un marché de 3000 milliards de dollars sur les vingt prochaines années, comprenant avant tout la maintenance (1800 milliards d’euros à elle-seule), mais aussi la formation, la rénovation de cabine et la connectivité embarquée.

Face à la très médiatisée bataille des commandes, celle des services semble à première vue moins stratégique. Pour autant, les estimations du marché de la vente d’appareils d’ici à 2035 ne sont pas si éloignés que cela des 3000 milliards de dollars estimés sur la même période pour les services : au premier jour du salon, Airbus anticipait une demande de 33 000 nouveaux avions pour un prix catalogue de 5200 milliards de dollars, sachant que ce montant reste très théorique et peut in fine être réduit d’environ 30%. En bref, le marché de la vente d’appareils et celui de l’après-vente sont équivalents.

pas d'objectif officiel

Quels sont les objectifs d’Airbus en termes de parts de marché ? Le dirigeant refuse de fournir la moindre donnée chiffrée. Aujourd’hui, la part des services dans le chiffre d’affaires d’Airbus atteint 5%, soit environ 2 milliards d’euros. Comme L’Usine Nouvelle l’avait écrit, l’activité pourrait doubler d’ici à 2020. La prudence d’Airbus s’explique sans doute par la nature de ce marché à la fois naissant et très mouvant.

Si la bataille de la production d’appareils n’engage aujourd’hui que deux poids lourds, Airbus et Boeing, celle plus feutrée des services s’effectue dans un environnement bien plus fragmenté. "Il est vrai que la concurrence s’intensifie dans les services", explique Laurent Martinez, vice-président de la branche services d’Airbus. Preuve de ces tensions croissantes, la Commission européenne a lancé une enquête - toujours en cours - en octobre 2015 sur une possible distorsion de conccurence. Motoristes, spécialistes historiques de la maintenance, avionneurs, nouveaux entrants… Tous ces acteurs, à la fois clients, concurrents et partenaires, lorgnent sur les hauts niveaux de profitabilité des services.

les services, une activité si rentable

Le développement ou non des services, et en particulier de la maintenance, explique en grande partie les disparités de rentabilité dans les différents segments de l’aéronautique. Les motoristes, comme Safran et Rolls-Royce, qui réalisent environ la moitié de leurs chiffres d’affaires grâce aux services pouvaient s’enorgueillir d’une profitabilité de 15,3% (marge opérationnelle) en 2015, selon des données du cabinet de conseil AlixPartners. Qui trouve-t-on en toute fin de ce classement ? Les avionneurs, avec 6,2% de profitabilité, une profitabilité identique à celle des spécialistes des aérostructures…

Du coup, tout à sa volonté de faire grimper le niveau de ses marges via ce nouveau levier, Airbus se donne les moyens de ses ambitions. Comme le prouve l’acquisition en mars dernier de Navtech, rebaptisé Navblue à l’occasion de Farnborough, société canadienne de 300 salariés spécialisée dans les logiciels d’aide à la navigation. En 2011, Airbus racheté Satair, distributeur de pièces aéronautiques. Autre exemple plus récent avec la joint-venture annoncée en février dernier avec SIAEC, la filiale maintenance de Singapore Airlines. Un rapprochement qui rappelle celui effectué en mai entre Safran et Air France-KLM Industries, prévoyant la craétion d'une usine avec au moins 200 emplois à la clé.

la maintenance predictive prend forme

"Nous nous insérons également dans une logique de partenariats", assure Laurent Martinez. Au cœur de ces mouvements, la même convoitise : la propriété des données numériques et leur analyse. "On enregistre avec un avion d’ancienne génération comme l’A320 environ 20 000 paramètres et avec l’A350 pas moins de 400 000 paramètres, chiffre Laurent Martinez. Autrement dit, pour un vol en A350 de quelques heures, cela représente 280 gigabits de données". C’est dans l’analyse fine de ces données et in fine la pertinence du diagnostic délivré aux compagnies aériennes que se joue dès aujourd’hui la bataille de la maintenance, de plus en plus prédictive.

Exemple concret de ce que la maintenance devient dans l’ère du digital ? "Pour l’A350, nous arrivons déjà à prévoir quand changer une pièce comme une micro valve avant qu’elle ne tombe en panne, précise Laurent Martinez. Si j’extrapole à tout l’appareil, d’ici 15 ans, nous serons parvenu à mettre au point un système de maintenance capable d’anticiper plus de 99% des événements". De quoi réduire les opérations de maintenance, augmenter le taux de rotation des appareils et faire chuter les coûts d’exploitation pour les compagnies aériennes.

A Farnborough, Olivier James

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