Farines animales : un retour possible mais encore à l’étude

Les farines animales ont fait l’actualité en 1996, en étant à l’origine de la "crise de la vache folle". Elles pourraient faire leur retour à en croire les pistes de réflexion du Conseil national de l’alimentation. Pour autant, elles ne devraient pas être réintroduites dans les mêmes conditions que dans des années 1990. Industriels et institutions ont en effet agi en faveur de davantage de sécurisation du système. Point d’étape.

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Farines animales : un retour possible mais encore à l’étude

Le Conseil national de l’alimentation (CNA) a remis au goût du jour le débat sur les farines animales ou protéines animales transformées (PTA) dans son rapport préliminaire le 31 mai. L’instance consultative des ministères de la Santé, de l’Alimentation et de l’Economie envisagerait une possible réintroduction en deux temps des farines interdites depuis 1994 en Europe.

Que proposerait le CNA ?
Il suggère dans son pré-rapport "une autorisation limitée dans un premier temps au secteur de l’aquaculture et ensuite dans un deuxième temps une extension éventuelle à l’alimentation des porcs et volailles". Il estime en effet que les conditions sanitaires ayant conduit à l’interdiction des protéines animales transformées (PAT) "ne sont plus d’actualité".

Le CNA, qui a pour but d’évaluer l’impact de la réintroduction des farines auprès des consommateurs, irait alors dans le sens d’une proposition de la Commission européenne de juillet 2010. Bruxelles suggérait en effet de lever l’interdiction du recours à certaines farines animales pour l’alimentation des porcs, volailles ou poissons. La Commission européenne estime en effet que l’Europe est sur le point d’éradiquer l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB).

Un retour sous condition ?
Pourtant, la Commission européenne et le CNA veulent encadrer le retour des farines animales. Ils proposent le maintien de l’interdiction de donner des protéines animales à des ruminants se nourrissant herbivores. Seuls les poissons, porcs et volailles (animaux omnivores) pourront être nourris à base de farines animales. Les bovins en sont exclus par exemple.

Par ailleurs, l’alimentation animale devra se faire sans croisement. Concrètement, un porc ne pourra pas être nourri avec des protéines de porcs. En effet, des travaux de l'Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) ont montré que si des porcs sont nourris avec des protéines animales transformées de volailles, l'augmentation du risque d'exposition de l'homme à l'ESB serait "négligeable". En mai 2011, le Parlement européen a ajouté d’autres restrictions pour valider la réintroduction des farines animales, notamment sur la garantie du croisement des farines.

"Le retour préconisé par la Commission européenne et peut-être par le CNA n’a rien à voir avec ce qui se passait il y a dix ans, précise François Cassignol, porte-parole du syndicat des industriels de la viande (SNIV). En 1996, ce qui posait problème, c’est qu’on donnait à des bovins des farines issues de cadavres de bovins morts. Mais les processus ont changé depuis".

Qu’est ce qui a changé dans les textes depuis la fin des années 1990 ?

Suite au scandale, les industriels de la viande et du poisson ont dû en effet modifier de nombreuses pratiques. Dès l’interdiction, ils ont appliqué un dispositif de lutte contre la maladie de la vache folle avec une surveillance des élevages et dans les abattoirs et la destruction du matériel à risques spécifiques.

En 2002, le règlement européen 1774 / 2002, entré en vigueur le 1er mai 2003, a créé trois catégories sanitaires de sous-produits issus d’animaux abattus. Une manière de distinguer les farines animales issues de cadavres d’animaux touchés par une maladie à prion (C1), celles issues d’animaux affectés par d’autres maladies ou abcès (C2) et les sous-produits animaux sans marché alimentaire, comme les abats ou poumons non comestibles (C3). C’est seulement les farines de la troisième catégorie qui pourraient revenir sur le marché français et être utilisées dans différents domaines, comme le "Pet Food" (alimentation des animaux de compagnie), le compostage, la méthanisation, etc.

Comment les industriels se sont adaptés à ces changements ?

Autant de mesures qui ont entraîné des modifications dans la manière de travailler des industriels. Réorganisation de leurs modes de fonctionnement, séparation des différentes catégories de sous-produits, remplacement de la farine animale par d’autres composants, comme les tourteaux de soja ou la farine de maïs… Les industriels ont dû s’adapter, avec des pertes économiques à la clé.
"Economiquement, ces changements ont eu un coût, explique Christophe Lapasin, secrétaire général de Celene, association regroupant les fédérations d’abattage et de transformation des viandes. Des industriels comme Charal ou Bigard par exemple ont vu leur marché grignoter par la concurrence et leurs parts de marché fondre".

Mais ces changements de mode de fonctionnement ont porté leurs fruits. Selon Christophe Lapasin, "la chaîne de production de l’alimentation animale a été sécurisée. Si en 2001, il y avait 270 cas de cas d’ESB, en 2011, il n’y a plus que deux ou trois cas dus au développement naturel de la maladie. Comme quoi les efforts portent leurs fruits".

Quels avantages d'un eventuel retour pour les industriels ?

Les industriels de la viande sont plutôt favorables à un retour des farines animales en France. Mais dans un cadre très strict, comme celui proposé par la Commission européenne et le CNA. "L’objectif de tout industriel est évidemment de maximiser ses profits, mais pas au prix de l’intoxication des consommateurs", commente Christophe Lapasin.

Sur le plan économique, ils ne cachent pas non plus que cela pourrait être rentable. "Actuellement, on importe du soja, alors qu’on exporte nos farines en Allemagne ou en Belgique, explique le secrétaire général de Célene. Economiquement parlant et sur le plan écologique, ce n’est pas très rentable. Si les industriels peuvent de nouveau valoriser nos farines, ils y gagneront en compétitivité".
Chez Saria Industries, spécialisée dans la valorisation de la biomasse et la destruction des matières présentant un risque pour la sécurité sanitaire ou environnementale, on reste dans l’expectative. Un porte-parole du groupe confie à l’Usine Nouvelle "qu’avec un retour des farines animales, l’objectif sera d’avoir une nourriture au meilleur prix".

Reste qu’ils s’attendent à des réactions vives de la part des distributeurs et des consommateurs. C’est déjà le cas avec les graisses animales, de nouveau autorisées depuis 2003 en France. "Les gens ont peur et refusent des les utiliser, estime Christophe Lapasin. La peur risque d’empêcher le retour des farines animales. Et les industriels resteront dans la peur de perdre leur compétitivité industrielle".

Les prochaines étapes de la décision

Le CNA doit rendre un avis définitif en septembre. Parallèlement, l’agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) rendra ses conclusions scientifiques. Le ministère de l’Agriculture va se baser sur ces avis pour défendre sa position au niveau européen. Une décision commune à l’Union européenne sera prise en fin d’année.




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