Technos et Innovations

Fallait-il confier la mission design à des designers ?

Aurélie Barbaux , , , ,

Publié le

À l’occasion du deuxième rendez-vous du design, qui se tiendra le 15 octobre au Palais de Tokyo, à Paris, Alain Cadix présentera son équipe de France du design et ses propositions pour insuffler - enfin - une culture design à la France. La bonne méthode ?

Fallait-il confier la mission design à des designers ? © D.R.

Malgré 10 à 20 ans d’effort de l’APCI (Agence pour la promotion de la création industrielle) et son Observeur du design, du VIA (Valorisation de l’innovation dans l’ameublement), de l'institut français du design ou de la Cité du design de Saint-Etienne et récemment du Lieu du Design à Paris, l’idée du design en France reste désespérément liée aux objets et meubles d’édition. "Que faire de différent pour qu’en 2025 ou 2030, on n’en soit pas encore à dire la même chose ?", s’est donc interrogé Alain Cadix (ex directeur de l’École ENSCI-les Ateliers) pour mener à bien la mission design que lui ont confié Aurélie Filippetti et Arnaud Montebourg. Et surtout comment ?

Alain Cadix va présenter sa sélection

D’emblée bombardé capitaine d’une équipe de France du design, il a donc constitué une équipe de... 22 designers (poussant étonnamment la métaphore sportive jusqu’au foot, lui qui est plutôt rugby !) "Ils sont représentatifs des différentes sensibilités du métier : designer intégré, signature, designer de packaging et de marques, designers industriels, femme, homme, parisiens, provinciaux, jeunes et moins jeunes", explique Alain Cadix. De fait, il y a même deux étudiants designers dans sa liste.

Dans l’équipe, 10 animateurs de groupes de travail sont chargés de réfléchir aux grands défis du design en France. Par exemple pour avancer sur l’épineux problème du calcul du retour sur investissement pour les entreprises, c’est Philippe Picaud responsable du design chez Carrefour (ex Décathlon) - en back up de Stéphane Thirouin, directeur du design du groupe Seb, blessé - qui présentera les pistes de travail, le 15 octobre prochain. Mais pas question de rester entre soi. "Les groupes de travail invitent des intervenants extérieurs", assure Alain Cadix. Pas question non plus de s’installer. Le capitaine d’équipe entend bien renouveler pour moitié son équipe tous les ans.

Beaucoup de défenseurs, peu d’attaquants

Mais les designers sont-ils vraiment les mieux placés pour changer l’image du design en France ? Et le souhaitent-ils vraiment ? Certes, dans l’équipe, on retrouve tous les membres du collectif DesignCode (Anne Asensio, directrice du design chez Dassault Systèmes, ex General Motors et Renault, François Lenfant de GE healthcare, Pierre-Yves Panis, nouveau directeur du design chez Orange, ex Legrand, Philippe Picaud et Gilles Rougon d’EDF R&D, ex PSA), qui s’est créé il y a un an et a édité un manifeste pour défendre l’idée d’un design stratégique dans les entreprises. Eux savent de l’intérieur le manque abyssal de culture des managers français en la matière et ont démontré leur volonté de faire bouger les lignes… tout en se reconnaissant totalement désarmés ! Pas de doute que les autres soient aussi motivés. Mais sont-ils vraiment les mieux placés pour mobiliser les politiques, former les dirigeants, et trouver des ressources nouvelles ?

Un système de jeu tout terrain

"Pour changer une culture, il faut avoir une approche dans la durée et ne pas juste faire des coups", prévient pourtant Alain Cadix. Selon lui, il faut donc de la constance, de la cohérence et un minimum de consistance, en clair, des moyens. Qui dit approche systémique, implique donc d’agir sur les programmes de l’éducation nationale, les programmes de recherche, la formation des dirigeants, des intermédiaires... et des médias ! Il faut aussi redistribuer les efforts et les faibles moyens (environ 500 000 euros par an, par ministère de l’industrie plus le financement des écoles d’art et design par le ministère de la culture) alloués jusque-là. Et d’en trouver de nouveaux.

Si les 22 designers abordent le problème comme un projet de design, c’est peut-être gagné. Sinon, il faudrait vite dénicher de nouveaux "Steve Jobs", qui ont fait du design un facteur clé de succès, et sont prêts à en témoigner. Rendez-vous le 15 octobre pour savoir si le design de la mission est à la hauteur des enjeux ?

Aurélie Barbaux

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