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L'Usine Maroc

Faillite de la raffinerie Samir au Maroc : les quatre issues d'un fiasco industriel

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La direction de la Samir a fait appel le 25 mars de la décision du Tribunal de commerce de Casablanca quant à sa liquidation. Dans 3 mois, voire plus, si l'entreprise obtient une prorogation, le tribunal rendra son verdict. Plusieurs options sont sur la table.

Faillite de la raffinerie Samir au Maroc : les quatre issues d'un fiasco industriel
L’unique raffinerie du Maroc Samir, filiale de la société à capitaux saoudienne Corral Petroleum Holdings AB, dont le siège social est basé en Suède, est à l’arrêt depuis août 2015 en raison de très graves difficultés financières.

L’unique raffinerie du Maroc Samir, filiale de la société à capitaux saoudienne Corral Petroleum Holdings AB, dont le siège social est  basé en Suède, est à l’arrêt depuis août 2015 et ce en raison de très graves difficultés financières.

Après un long bras de fer avec le gouvernement, le saoudien Mohamed El Amoudi, son PDG et actionnaire principal, a eu recours à l’arbitrage du Tribunal de Commerce de Casablanca. Ce dernier a prononcé le 21 mars, la liquidation judiciaire de l'entreprise basée sur le port de Mohammedia près de Casablanca. L'Usine Nouvelle détaille quatre grandes issues, désormais possibles.

1/ Mohamed El Amoudi gagne en appel

L'actionnaire de la Samir parvient à convaincre le Tribunal que son plan de relance est viable, qu’il peut redresser la situation financière de la Samir endettée à hauteur de 43 milliards de dirhams. "Si jamais El Amoudi gagnait en appel, ce ne serait qu’en exigeant de lui un maximum, et s’il était prêt à faire cela, il l’aurait fait depuis longtemps or il n’a jamais tenu sa promesse d’augmenter le capital de la Samir de 10 milliards de dirhams", tempère Afifa Dassouli, éditrice, journaliste financière et enseignante en Finances à l’ISCAE.

"Si El Amoudi envisageait vraiment cette option il n’aurait pas demandé l’arbitrage du tribunal", ajoute Hicham El Moussaoui, fondateur de Libre Afrique et maître de conférences à l’Université Sultan Moulay Slimane de Fès.

2/ Le gouvernement renationalise la Samir

Plusieurs déclarations publiques ont été en ce sens. "La privatisation de la Samir a été une erreur", a déclaré le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane devant la Chambre des Conseillers, le 13 janvier. "La liquidation judiciaire de la Samir, ne veut en aucun cas dire fermeture de la raffinerie. Il y aurait peut-être un autre repreneur, Etat ou entreprise", a déclaré à son tour le 22 mars, Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al Maghrib.

Mais pour autant, cette renationalisation est peu probable "parce que la stabilité des équilibres macro-économiques est précieuse pour le gouvernement Benkirane à l’approche des élections. La loi de Finance 2016 a réduit le déficit budgétaire à moins de 4% du PIB", rappelle Hicham El Moussaoui.

3/ Le Tribunal de commerce trouve un repreneur privé pour la Samir

Cette issue est hautement hypothétique. "Personne ne voudra jamais racheter 43 milliards de dirhams de dette pour une société dont le total des actifs s’élève à 23 milliards de dirhams", tranche Afifa Dassouli.

4/ Le Tribunal de commerce liquide définitivement la Samir

Cette solution semble une des plus probables. Dans ce cas, ses 23 milliards de dirhams d’actifs seront vendus aux enchères.

Problème ? "La raffinerie elle-même est restée beaucoup trop longtemps à l’arrêt. Le coût pour la faire redémarrer est exorbitant. Il était de 350 millions de dirhams en septembre, il a pu doubler entre temps ! Mais elle a attaché un port, des infrastructures de stockage, des gazoducs, des actifs qui ont toujours une réelle valeur", souligne Afifa Dassouli.

Trois cas de figure se dessineraient alors :

a) Une entreprise nationale rachète la centrale de raffinage aux enchères

Dans ce cas, le repreneur tout désigné pourrait être le Groupe Akwa, de la famille d'Aziz Akhanouch, ministre de l'Agriculture. Il possède la société de distribution de carburants Afriquia. "Reprendre cette activité, lui permettrait de gagner la marge de raffinage en plus de celle de l’intermédiation", estime Afifa Dassouli.
"La reprise par une entreprise marocaine pourrait s’accompagner d’une participation de l’État", ajoute Hicham El Moussaoui. L’Etat faute de renationaliser pourrait apporter sa dette - 13 milliards de dirhams - au capital de la nouvelle société. Mais Akwa en a-t-il les moyens... et l'envie ?

b) Une entreprise étrangère rachète la centrale de raffinage

Le nom de Total, présent au Maroc dans la distribution a circulé un moment, mais ce n’est pas l’option privilégiée et Total Maroc l'a récemment écarté. Selon Abdelilah Benkirane, une des erreurs initiale dans ce dossier "a été de confier la Samir à un groupe étranger, qui cherche aujourd’hui à faire du chantage à l’État".
Même si le gouvernement cherchait un repreneur étranger, il aurait du mal à le trouver. "Toutes les grandes entreprises internationales pétrolières sont en difficulté à cause de la baisse des cours du pétrole", estime Afifa Dassouli.

c) La centrale de raffinage est vendue à la casse et rien ne subsiste

Trop coûteuse à redémarrer, voire vétuste, l’usine pourrait être abandonnée. "L’État pourra laisser mourir le site et construire une nouvelle raffinerie. Abdelkader Amara, le ministre de l’Énergie, avait d’ailleurs déjà évoqué la possibilité de construire une autre raffinerie sur le site de Jorf Lasfar avec un investisseur émirati en partenariat avec un distributeur local, comme Afriquia", indique Hicham El Moussaoui. Une opération possible mais extrêmement coûteuse.

"Avec un tel schéma, ce sont tout même deux milliards de dirhams au moins qui seraient nécessaires, sans que l’investissement ne soit rentable avant cinq ans", nuance l’enseignant-chercheur. Pour motiver une société à faire cet effort, l’investissement devra être rentable et l’État marocain devra offrir de gros avantages. S’il choisit cette dernière option, il devra donc d’abord répondre à la question suivante : veut-il absolument conserver une raffinerie au Maroc ?

Des retombées négatives en cas de fermeture définitive

Une chose est sûre : la liquidation des actifs de la Samir aura des effets négatifs sur l’économie nationale. Tous les créanciers ne pourront pas se rembourser sur la vente des actifs de la Samir. Les banques ne seront pas prioritaires. Elles possèdent à elle seules huit à dix milliards de dirhams de créance. "Le système bancaire ne va pas s’écrouler [un stress test positif avait été réalisé à l’automne par BAM, ndrl] mais les banques qui ont largement prêté à la Samir ont dû répartir leur pertes sur deux ans", indique Afifa Dassouli.

Par contre, la région de Mohammedia où est installée la Samir souffrira fortement si l’arrêt de la raffinerie s’avère définitif. "La raffinerie employait 1200 personnes, qui chacune en moyenne, devrait faire vivre 3 ou 4 personnes. On évalue à 200 le nombre d’entreprises qui travaillaient avec la Samir et certaines ont déjà commencé à licencier", souligne Hicham El Moussaoui.

Julie Chaudier, à Casablanca

 

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