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Faibles prix du pétrole, davantage de risques que d’opportunités

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Les principaux pays producteurs de pétrole se sont réunis le dimanche 17 avril à Doha pour tenter de stabiliser la production et soutenir les prix. Toutefois, le regain de tensions entre l'Arabie Saoudite et l'Iran a compromis la conclusion d'un accord contraignant sur le gel de la production. Cette thématique des prix du pétrole et de leurs conséquences a fait l’objet d’un colloque organisé à l’Assemblée Nationale le 11 avril par Hervé Morin et Louis Giscard d’Estaing dans le cadre de leurs think-tanks "les Bâtisseurs de l’UDI" et "les-idéés.fr". Philippe Charlez, expert de l’énergie et membre des Bâtisseurs de l’UDI, en fait la synthèse.

Faibles prix du pétrole, davantage de risques que d’opportunités

Avant le premier choc pétrolier de 1973, le prix du pétrole qui était imposé par les pays consommateurs avait permis à l’Occident de se développer sur base d’une croissance économique de 5% par an. Mais, à partir de 1974, les producteurs vont imposer aux consommateurs des prix bien supérieurs régulés sur les quotas de l’OPEP. En un clic, la croissance sera érodée augurant pour les pays consommateurs dette publique et chômage de masse. Mais, au début des années 2000, c’est le marché qui va finalement s’imposer. La baisse récente des cours s’inscrit dans cette nouvelle logique : contraction de la demande faisant suite à une décélération de la croissance mondiale et abondance d’offre résultant de l’arrivée sur les marchés du pétrole de schiste américain.

Pour tenter de réguler les marchés, l’OPEP dispose en théorie d’un levier de 30 millions de barils par jour (Mbpj). Mais, l’hétérogénéité des situations financières et des coûts de production, majorée de considérations géopolitiques, n’a pas permis à ses membres d’aboutir à un d’accord contraignant. Aussi, ce sont finalement les 6 Mbpj de schistes et non les 30 Mbpj de l’OPEP qui régulent  les prix. Ces pétroles de schistes pourraient jouer au cours des prochaines années le rôle de "swing pétrolier" et faire osciller les prix de l’or noir entre 30 dollars et 70 dollars. Toutefois, pour que les investissements américains, qui ont été réduits de 40% en 2015, redémarrent  il faudra un baril durablement supérieur à 50 dollars.

Situation très préoccupante des pays producteurs

Cet effondrement des cours rend la situation des pays producteurs très préoccupante. S’appuyant sur des économies de rente, ils ont vu leurs revenus se contracter de 60% entre 2012 et 2015. Les pétromonarchies du Golfe qui bénéficient de coûts d’exploitation plus faibles et de réserves financières conséquentes sont certes moins vulnérables que d’autres comme le Venezuela ou l’Angola. Pourtant, le royaume Wahhabite a dû effectuer des coupes drastiques dans ses dépenses et parle même d’une privatisation de Saudi Aramco. L’effondrement des prix est en train de fragiliser des géants africains comme l’Algérie et le Nigéria dont la rente pétrolière achetait la paix sociale. Leur déstabilisation économique pourrait profiter aux réseaux islamiques déjà très présents en Afrique du Nord et en Afrique Subsaharienne.

Davantage un effet d’aubaine pour les consommateurs

Si la dette souveraine de l’Europe se corrèle parfaitement à sa facture pétrolière, la relation entre baisse des prix et relance de l’activité n’est pas pour autant évidente. Un pétrole bon marché représente certes un avantage pour l’industrie lourde et les services. Mais d’autres filières, comme l’armement, le luxe ou l’agro-alimentaire, exportatrices vers les pays producteurs sont touchées négativement. A court terme, la chute des cours doit être regardée davantage comme un effet d’aubaine que comme une opportunité en termes d’emplois. Ainsi dans le secteur des transports, où le prix de l’énergie représente 10% des coûts, les gains de compétitivité, permettront surtout d’investir dans l’informatique, le renouvellement des flottes de camions, la formation, le marketing et les infrastructures.

Une opportunité pour la transition énergétique

La chute des prix du pétrole ne devrait pas à moyen terme ralentir la transition énergétique. Les investissements dans les énergies renouvelables n’ont jamais été aussi élevés qu’en 2015 et, par ailleurs, le pétrole, très peu utilisé dans la génération électrique, n’est pas un concurrent direct des renouvelables. En rendant le gaz européen, dont les prix sont indexés sur le pétrole, plus compétitif, la baisse des prix de l’or noir pourrait au contraire accélérer la transition vers un séduisant modèle renouvelables/gaz. Par contre, des carburants plus économiques peuvent entraîner un relâchement des bonnes pratiques individuelles et pénaliser la filière des véhicules électriques et hybrides plus coûteux à l’achat.

Une industrie parapétrolière qui souffre

Si la France ne produit pas de pétrole, elle possède une industrie parapétrolière de réputation mondiale qui emploie 66 000 personnes pour un chiffre d’affaires de 41 milliards d’euros. Au cours des 12 derniers mois, son carnet de commande s’est contracté de 50%. La survie de cette filière passe par une démarche commerciale proactive mais aussi par une optimisation des coûts opérationnels. Ces entreprises tentent également de se diversifier en investissant de plus en plus dans les renouvelables.

Philippe Charlez, expert dénergéticien et membre des Bâtisseurs de l’UDI

 

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