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Face au glyphosate, deux visions s’affrontent

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Analyse Sur le dossier du glyphosate comme de tous les produits phytosanitaires, ce sont deux visions qui s’affrontent. Avec, en ligne de mire, une mutation qui semble inexorable pour l’industrie des pesticides. 

Face au glyphosate, deux visions s’affrontent
Champ de blé - Illustration
© Patrick Hautefeuille/Twitter

Lundi 26 septembre, les couacs se sont enchaînés entre les ministres au sujet de l’avenir du glyphosate, cette molécule phare des désherbants. Ministères de l’Agriculture comme de l’Environnement ont désormais "d'ici la fin de l'année" pour proposer "les conditions d'un plan de sortie" de ce produit, a indiqué le premier Ministre.

Le dossier semble inextricable. En annonçant la restriction de son usage, la précédente ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, avait déjà dû lutter contre le lobbying de l’industrie, assurait-elle à L’Usine Nouvelle.

Pour le secteur de l’agrochimie, le ban du glyphosate signifierait en effet la disparition sur le marché d’un tiers des herbicides vendus. Et ce, pour des raisons politiques et non scientifiques, accuse l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP). Née avec le Roundup, le produit best-seller de Monsanto, cette molécule est prisée par les particuliers et les agriculteurs du monde entier car très efficace et peu onéreuse.

Aucun chiffre d’affaires n’est donné par le représentant des fabricants de ce produit, réunis au sein de la plate-forme Glyphosate France. "En Europe, 300 produits à base de glyphosate sont aujourd'hui commercialisés par 40 entreprises, nous précisait leur porte-parole Emilien Guillot-Vignot. En France, 8,5 millions de litres en sont consommés en moyenne chaque année." Or aucune alternative aussi efficace n’est encore prête, malgré les recherches en cours, assure l’industrie. "Nous disposons d’un produit de biocontrôle pour les espaces verts, mais qui est loin d’avoir la performance des produits à base de glyphosate, confiait pour sa part avant l’été Denis Tardit, le président de Syngenta France. Et il n’y a pas de solution de remplacement à ce jour pour le monde agricole, surtout avec le même rapport qualité-prix."

"Distorsion de concurrence" à l’échelle européenne

Au sein du monde agricole, on ne décolère pas. Vendredi 22 septembre, 200 partisans de la FNSEA et de l'organisation des Jeunes agriculteurs avaient ainsi bloqué les Champs-Élysées pour faire entendre leur mécontentement. Car le glyphosate pourrait se voir condamné à l’échelle européenne, en fonction du vote des pays membres d’ici la fin de l’année sur le renouvellement de sa licence, la France ayant indiqué son intention de voter contre.

Mais ce que craignent le plus les agriculteurs, c’est que l’Hexagone prenne les devants, en décidant unilatéralement de se passer de ce produit. A l’instar de l’affaire des néonicotinoïdes, une famille d’insecticides soupçonnée de tuer les abeilles progressivement interdite à partir de septembre 2018.

Problème, que faire quand les voisins européens, eux, continuent d’avoir le droit d’utiliser ces produits, insistent les agriculteurs. Qui redoutent une "distorsion de concurrence" défavorable à "l'excellence agricole française" et la compétitivité chère à Emmanuel Macron…

"La justice et l'histoire nous rattraperont"

Face à eux, les associations de défense de l'environnement et de la santé publique appellent à ne pas transiger. "La justice et l'histoire nous rattraperont" si rien n'est fait pour remédier au problème phytosanitaire, estimait samedi le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, dans une interview à Ouest France. "Au prétexte que c’est compliqué, doit-on continuer à mettre le sujet sous la table?"

Dans le dossier du glyphosate, les visions de court et long terme s’affrontent. Au gouvernement de choisir son camp… et de l’assumer. Tandis que du côté de l’industrie, l’ère des produits phytosanitaires chimiques semble de plus en plus menacée. Ouvrant la voie au marché du biocontrôle, ces substances naturelles sur lesquelles planchent de petites entreprises françaises, mais aussi des géants de l’agrochimie...

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