Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Aéro

Face à la communauté spatiale internationale, Elon Musk crédibilise son projet martien

Hassan Meddah

Publié le

En invité-vedette à l'IAF, le grand rendez-vous international de la communauté spatiale qui se tient du 26 au 30 septembre à Guadalajara au Mexique, Elon Musk, le patron de SpaceX a levé le voile sur sa fusée et les technologies qui permettront d'envoyer des hommes sur Mars à l'horizon de 2025. Si le projet est technologiquement des plus ambitieux, il n'en paraît pas moins réalisable.    

Face à la communauté spatiale internationale, Elon Musk crédibilise son projet martien
Elon Musk à l'IAC 2016
© YouTube

Les services de sécurité sont sur les dents empêchant l'accès à une salle de près de 5000 personnes. Les fans, qui ont fait la queue depuis plus de 2h du matin trépignent d'impatience. Les journalistes radio, TV, presse écrite, sont en nombre pour couvrir l'événement. Même les VIP doivent attendre. Qui doit se produire ? Une rock star ? Un président ?...Rien de tout ça. L'action se passe au palais d'exposition de Guadalajara au Mexique, où se tient du 26 au 30 septembre, le séminaire de l'IAF (International Astronautical Federation), la plus grande réunion de la communauté spatiale avec environ 4000 experts venus de tous les pays. Et, ce mardi 27 septembre à 13H30, le patron de SpaceX, Elon Musk est attendu.

La mise en scène est bien rodée, encore répétée la veille. Le public ne sera pas déçu. En jean noir, chemise blanche et veste bleue, le patron de SpaceX, seul sur scène, va captiver son audience durant plus d'une heure. Derrière lui, un écran géant présentant un fond spatial étoilé support pour ses démonstrations; au dessus de lui, une projection géante de la planète rouge qu'il rêve de coloniser. Un film de synthèse digne de la bande annonce d'un blockbuster, lui permettra de transporter, déjà virtuellement, son audience sur Mars... Décollage de la fusée, largage de la navette, ravitaillement en orbite, déploiement des panneaux solaires de la navette, trajet jusque Mars, entrée dans l'atmosphère martienne, atterrissage... "Ça se passera comme ça", leur promet Elon Musk. Le public, notamment les jeunes étudiants venus en nombre, est conquis, applaudit.

Le fusée martienne d'Elon Musk: on aura jamais fait aussi grand, ni aussi lourd

Mais Elon Musk a plus que séduit ses fans. Au delà du show, il a surtout donné pour la première fois de la crédibilité à son projet de coloniser Mars. Or ce n'était pas gagné d'avance. D'une part, sa société vient de connaître un revers douloureux. Sa fusée Falcon9 a explosé sur son pas de tir le 1er septembre dernier, sans que l'origine de l'explosion soit encore précisément connue. D'autre part, outre le jeune public, il avait en face de lui les meilleurs experts de la communauté spatiale, des spécialistes des lanceurs, des techniciens des moteurs spatiaux, des architectes des systèmes spatiaux......dont une partie était plus que dubitative sur ses projets de faire de l'Homme "une espèce multi-planétaire".

Mais, il semble en falloir plus pour entamer la confiance de ce patron hors norme. Elon Musk est entré dans un niveau de détail technique jamais dévoilé de sa fusée et sur les briques technologiques qu'il a sélectionnées. Il a évoqué tous les défis à relever : la réutilisabilité du lanceur et de ses éléments, le ravitaillement en orbite, le choix d'un carburant adapté que l'on pourrait produire sur Mars (pour éviter de quintupler la masse au départ du lanceur), la rentrée atmosphérique martienne et le coût du vol...

Le lanceur qu'imagine Elon Musk serait un véritable monstre de l'espace. Jamais on aura fait aussi grand ni aussi lourd. La fusée dépassera les 120 mètres de hauteur pour un diamètre de 12 mètres, dépassant les dimensions de Saturne-V la plus grande fusée jamais construite à ce jour. Pour faire décoller ce mastodonte de 10 500 tonnes, elle sera propulsée par 42 moteurs d'un nouveau genre. Elle portera à son sommet la navette qui accueillera jusqu'à une centaine de passagers (voir même le double en fonction des configurations). Elle devrait pouvoir transporter 450 tonnes de cargo vers Mars.

Des boosters 1000 fois réutilisables

Elon Musk mise sur la réutilisabilité systématique des éléments pour réduire les coûts des vols martiens (et accessoirement permettre le retour des passagers). Les boosters seraient réutilisables un millier de fois (!), les réservoirs une centaine de fois, les navettes une douzaine de fois... Pour rentabiliser son projet, Elon Musk veut créer un trafic cargo et passagers récurrent entre la Terre et Mars. Ainsi, pour être accessible, le ticket par passager vers la planète rouge ne doit pas selon lui dépasser le prix moyen d'une maison, soit environ 200.000 dollars par passager.

La démonstration est encore plus convaincante quand le patron californien montre que SpaceX a déjà commencé à travailler sur les briques technologiques manquantes. Ainsi un nouveauté moteur, le Raptor, trois fois plus puissant que les moteurs Merlin qui propulsent ses fusées commerciales Falcon, est déjà au banc d'essai. Ses équipes ont par ailleurs développé et construit un réservoir de la taille d'un bâtiment de plusieurs étages, en fibre de carbone pour stocker l'énorme quantité de carburant qu'il faudra pour atteindre Mars. Il rappelle par ailleurs que la prochaine version de sa capsule Dragon emmènera bientôt des équipages sur la station spatiale internationale et qu'elle s'y arrimera automatiquement.

Ses équipes ont également tranché sur le choix du carburant le plus adapté. Une solution à base de méthane liquide a été retenue plutôt que le kérosène spatial impossible à produire sur Mars, ou encore le couple hydrogène/Oxygène liquide trop coûteux à produire et trop volumineux à stocker...

Pour aller au bout de sa démonstration, Elon Musk n'a été avare ni en chiffres et ni en détails: poussée des moteurs, dimensions et géométrie des étages, calendrier de développements des différentes briques technologiques, matériaux retenus, vitesse de séparation des différents étages, capacité d'emport... Il a chiffré le coût, de l'ordre de 140 000 dollars la tonne transportée vers Mars. Le coût de développement du projet pourrait atteindre une voire plusieurs dizaines de milliards de dollars.

"Le défi semble réalisable"

Quoi qu'il en est, le patron de SpaceX a délivré une copie impressionnante. En comparaison, la présentation Powerpoint "A journey to Mars" du directeur de la NASA Charles Bolden présentée la veille apparaît comme un vulgaire brouillon, tout comme le film de Lockheed Martin, un des acteurs majeurs de l'industrie spatiale américaine, montrant une station spatiale orbitant autour de Mars, comme un divertissement. Même les plus dubitatifs jusque là, sur les projets martiens d'Elon Musk, semblaient, si ce n'est convaincus, lui accordaient désormais le crédit que son chemin vers Mars était réalisable. "Le projet repose sur de nombreux défis technologiques. On franchit un palier en termes de technologies à développer comparer à celles déployées sur le Falcon 9. Mais cela semble réalisable", estimait à chaud un expert des lanceurs présent à la présentation. Nul doute que ce projet sera désormais scruté dans tous les détails par toute la communauté spatiale pour vérifier la peritinence technologique et économique des choix d'Elon Musk.

Ce 23 septembre, devant ses pairs de l'industrie spatiale traditionnelle, le patron de SpaceX a frappé un grand coup. Pour ceux qui étaient présents, la possibilité pour l'homme d'aller durablement sur Mars n'est plus un rêve ou une lubie mais un objectif.

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Nous suivre

 
 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle