Face à l’érosion de l’emploi, la pharmacie appelle le gouvernement à la rescousse

Pour la septième année d’affilée, les effectifs chutent au sein de l’industrie pharmaceutique française. La faute à une mutation du secteur, dont les usines se font vieillissantes. Et aux mesures du gouvernement, insistent les industriels.

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Dans l’industrie pharmaceutique, l’emploi poursuit sa spirale négative. Après 0,9% de baisse en 2013, il a encore chuté l’an dernier de 0,6%, selon le Baromètre Emploi présenté par le Leem, le syndicat de l’industrie pharmaceutique. Soit la septième année consécutive de réduction des effectifs, pour atteindre 98 810 salariés.

Et cette tendance n’est pas prête de s’arrêter, même si un palier devrait être trouvé à -0,5%, selon Pascal Le Guyader, directeur des affaires générales, industrielles et sociales du Leem. Car après avoir enregistré 24 plans sociaux touchant 4 000 salariés l’an dernier, 19 ont encore été annoncés en 2015, dont un historique au sein du laboratoire français Servier.

La production touchée à son tour

Les faiblesses de la France selon la pharma :
La France a sa part de responsabilité, estime l’industrie pharmaceutique. A cause d’une « fiscalité sectorielle particulièrement lourde » en comparaison des autres pays européens, et un différentiel qui s’aggrave. Un top départ pour la commercialisation des innovations (avec l’obtention d’un prix et d’un remboursement pour un médicament, suite à l’aval de l’Europe) beaucoup plus lent : 440 jours en moyenne, contre 0 en Allemagne ! Le budget de la Sécurité Sociale (PLFSS) réclame par ailleurs 1,5 milliard d’euros d’économies annuelles au secteur, soit 50% des efforts, alors qu’il ne représente que 15% des dépenses de santé…
L’industrie est inquiète. Car après les visiteurs médicaux (-1,47% l’an dernier), dont le modèle est profondément bouleversé, les chercheurs (-0,63%) dont la R&D est sous-traitée par les grands laboratoires, ce sont les effectifs de la production qui sont touchés à leur tour (-0,31%).

Or ils représentent encore 43% des effectifs du secteur. Mais les usines françaises de médicaments se vident : leurs volumes chutent, y compris pour les sous-traitants de la pharmacie, les façonniers, qui parvenaient jusqu’alors à sauver l’emploi en reprenant des sites abandonnés par les grands laboratoires.

La faute à l’industrie, qui s’est focalisée sur la production de médicaments vieillissants (des comprimés principalement, aux 18 ans d’âge en moyenne), désormais concurrencés par des génériques à bas coût. C’est ainsi qu’au sein du façonnage, "le segment de notre activité le plus concurrentiel par les coûts, les prix sont les plus tirés, les marges les plus étroites", observe Philippe Lamoureux, le directeur général du Leem. Et la concurrence européenne particulièrement violente.

Sur 130 nouveaux médicaments autorisés en Europe entre 2012 et 2014, seuls huit sont fabriqués sur le sol français, dont quatre pour des sites de back-up, selon une étude du cabinet Roland Berger. Les fabricants ont des efforts à faire pour attirer la production de ces nouvelles molécules, issues des biotechnologies et des sciences du vivant, dans l’Hexagone.

Un marché pharmaceutique français toujours plombé

Mais le pays a sa part de responsabilité, insiste le Leem (voir encadré). Il appelle les pouvoirs publics à sauver ce secteur stratégique, en mettant fin à certaines entraves économiques qui rendraient la mutation encore plus difficile à gérer. Le marché pharmaceutique français poursuit sa décroissance depuis quatre ans (si l’on exclut le prix des coûteux médicaments contre l’hépatite C l’an dernier), notamment sous la pression du gouvernement désireux de maîtriser le prix des médicaments remboursables.

"Nous ne sommes clairement pas dans des conditions favorables pour l’emploi, insiste Michel Ginestet : président de la Commission des affaires sociales et de l’emploi du Leem. Donnons-nous de la visibilité sur plusieurs années, cela existe dans bon nombre de pays d’Europe !". Un message envoyé au Conseil stratégique des Industries de Santé (CSIS), organisé par le gouvernement au premier semestre 2016…

Quelles solutions en attendant ? L’industrie pharmaceutique planche, au sein des principaux bassins d’emplois, sur des offres de mobilité et de formation, pour laquelle elle dit dépenser 20% de plus que les autres industries. Ses métiers sont en profonde mutation : les chercheurs doivent être plus décloisonnés, la production se fait plus sophistiquée, les commerciaux plus spécialisés dans des aires thérapeutiques… Le secteur continue malgré tout de recruter 8 500 salariés par an, dont 5 000 en CDD.

Gaëlle Fleitour

Des inégalités hommes-femmes à régler
L’industrie pharmaceutique dispose d’un niveau de qualification élevée, avec la moitié de ses effectifs constituée de cadres, voire les trois quarts pour la R&D et les visiteurs commerciaux. Mais elle brille encore… par son inégalité homme-femmes. Ces dernières représentent 57% des salariés de la pharmacie, mais seulement 38% de ses cadres dirigeants. Et disposent toujours de salaires, tout échelon confondu, 3,1% moins élevés que leurs collègue masculins…

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