Externalisation de la R&D, cap sur les USA : les six ans de Chris Viehbacher à la tête de Sanofi

Mis à la porte le 29 octobre par le conseil d'administration de Sanofi, l'ex-patron de l'entreprise Christopher Viehbacher a transformé en profondeur sa structure. Pour qu'elle reste rentable alors que les brevets de ses médicaments phares avaient expiré, il a externalisé une partie de sa R&D et a misé gros sur le marché américain. Cette recherche de compétitivité a eu un prix : en 2012, Sanofi a annoncé en France un vaste plan social et pourrait fermer prochainement trois usines. 

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Externalisation de la R&D, cap sur les USA : les six ans de Chris Viehbacher à la tête de Sanofi

Poussé dehors à l'unanimité par le conseil d'administration de Sanofi sans autre forme de procès, Christopher Viehbacher, directeur général du groupe pharmaceutique depuis décembre 2008, a profondément remodelé la structure de la firme. Ce Germano-canadien de 54 ans dirigeait auparavant la filiale nord-américaine du géant de la santé GlaxoSmithKline. Il a travaillé plus de 25 ans dans le secteur pharmaceutique.

Lorsqu'il s'est installé à la tête de Sanofi, il s'est concentré sur un objectif central : compenser la baisse des revenus liée à l'expiration des brevets des produits stars de la compagnie. Entre 2009 et 2011, elle acquiert 23 entreprises pour 23 milliards d'euros sous l'impulsion de Christopher Viehbacher, qui fait ainsi passer dans le giron du groupe de nouveaux médicaments pour qu'il reste rentable.

MUTUALISER LES COÛTS DE LA R&D

Afin de développer rapidement et à moindre coût de nouveaux produits, le directeur général (DG) a refondu la R&D de l'entreprise. Il a créé en 2012 avec Elias Zerhouni, patron de la section R&D de Sanofi, Sunrise Initiative. Cette structure vise à externaliser en partie la recherche. Elle lui permet de financer, en partenariat avec des "venture capitalists" (des investisseurs prêts à prendre des risques importants), des start-up de biotech innovantes à un stade précoce de leur développement. En échange Sanofi prend des participations de 15 à 30% dans ces jeunes pousses.

Les start-up ont entre trois et cinq ans pour développer des médicaments qui intéressent l'industriel. Il se réserve alors le droit de les racheter et de les intégrer à sa structure. Si les projets ne leur plaisent pas, les entrepreneurs sont libres de construire des partenariats à l'extérieur. Sunrise Initiative permet à Sanofi de partager les coûts élevés de la R&D à un stade précoce avec des acteurs venus du monde de la finance. Cette stratégie pensée par le patron du groupe permet aussi de mutualiser les risques importants d'échec de ces projets, et évite de financer de vastes infrastructures de recherche. Mais les rapports du DG avec les syndicats sont tendus. Sunrise Initiative est financé avec le budget de R&D interne du groupe, soulignent les syndicats, alors que les start-up qu'il finance sont extérieures.

Développer la recherche en Asie…

Christopher Viehbacher n'a pas pour autant renoncé à développer la recherche en interne : le géant français de la pharmacie a annoncé en septembre 2014 l'ouverture d'un pôle de R&D à Shanghai (Chine), qui lui permettra d'avoir une plus grande flexibilité pour répondre à l'évolution des besoins en Asie-Pacifique. Ses effectifs tourneront sur place autour de 1 400 employés, qui travailleront pour onze pays en plus de la Chine.

Dans l'Hexagone en revanche, le patron essaye de réduire les coûts. L'entreprise a annoncé en juillet 2012 un vaste plan social, prévoyant des départs volontaires, la suppression nette de 186 postes en France et 450 transferts. Signé en janvier 2014 avec les syndicats majoritaires, ce plan de restructuration a été retoqué par la justice début octobre 2014, à cause d'un détail administratif. Cette réorganisation qui traine en longueur coûte cher au groupe, surtout d'un point de vue social.

… et fermer les usines en France

D'autant ce projet n'est pas le seul à mécontenter les syndicats hexagonaux. Pour rester compétitif, Christopher Viehbacher est prêt à faire des sacrifices. En juillet 2014, le Canard enchaîné révèle qu'il souhaite se séparer d'un portefeuille de 200 médicaments matures, dont la rentabilité est vouée à décliner. Ils sont partiellement produits en Europe, région où le DG souhaite justement réduire l'empreinte industrielle de son groupe.

En clair, Sanofi pourrait prochainement céder quatre sites de production, dont trois en France : celui de Compiègne (Oise), celui d'Amilly (Loiret) et enfin celui de Quetigny (Côte-d'Or). Des cessions qui concerneraient, selon l'hebdomadaire satirique, 2 600 emplois dans l'Hexagone. La firme a également annoncé en octobre 2014 qu'elle allait se séparer en France de 200 salariés de sa filiale commerciale, via un plan de départs volontaires. Elle créera en parallèle 50 nouveaux postes.

Sanofi se concentre sur le diabète

Christopher Viehbacher a recentré la stratégie du groupe sur des médicaments plus rentables à moyen et long terme, notamment l'insuline. Il a signé en août 2014 un accord international de licence avec la biotech américaine MannKind, pour commercialiser le traitement d'insuline à inhaler Afrezza, fabriqué par son coéquipier californien. Ce produit permettra aux diabétiques de ne plus avoir besoin de se faire une désagréable piqure tous les jours. Cet accord a coûté cher au groupe pharmaceutique, qui doit effectuer un paiement initial de 150 millions de dollars, somme à laquelle pourront s'ajouter jusqu'à 775 millions de dollars. Mais il pourrait lui permettre de distancer ses concurrents sur le marché juteux de la lutte contre le diabète.

Aujourd'hui, la division diabète de l'industriel souffre aux Etats-Unis, plus gros marché pharmaceutique du monde : les lois sur la santé passées par le président Barack Obama (le "Patient protection and affordable care", surnommé "Obamacare") ont entre autre accentué la concurrence avec les entreprises produisant des médicaments génériques, mieux remboursés. Sanofi a donc baissé ses prix, ce qui a impacté ses marges. Une problématique que le patron n'avait pas anticipée. La croissance de la société dans le secteur du diabète au troisième trimestre 2014 a faibli et est en dessous des estimations des spécialistes du secteur.

Un pari sur les USA

Christopher Viehbacher a misé gros sur les Etats-Unis et son énorme marché, depuis son arrivée à la tête du groupe. En 2011, Sanofi a cassé sa tirelire pour racheter (pour 14 milliards d’euros) la biotech américaine Genzyme, spécialisée dans les maladies rares. La même année, un nouveau directeur de la R&D, Elias Zerhouni, était nommé. L’homme est l’ex-patron des National institutes of health, qui financent la recherche publique américaine en santé.

En 2013, la firme a inauguré près de Boston un hub de 250 chercheurs travaillant sur le cancer, alors qu'elle essayait en même temps de tailler dans le vif de ses effectifs de recherche en France (elle reste néanmoins le premier investisseur de R&D de l'industrie hexagonale). En juin 2014, Chris Viehbacher a déménagé directement dans le pays qu'il veut conquérir, à Boston. Cette installation pourrait bien être l'une des gouttes qui a fait déborder le vase pour le conseil d'administration de Sanofi, qui reste malgré tout un groupe français.

Lélia de Matharel

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