exportations : Les projets de total, peChiney, air liquide, cegelec...

L'Afrique du Sud devient fréquentable.Les industriels français mettent les bouchées doubles pour s'implanter dans le pays le plus riche d'Afrique.

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"Evidemment, il y a des risques politiques. Mais le pays sort de l'isolement international et de la récession, avec un endettement modéré, jouit d'un bon réseau routier et ferré, d'industries de transformation performantes, d'une main d'oeuvre blanche très qualifiée et d'un énorme marché potentiel. Il faut y aller." Ce banquier français à Johannesburg est catégorique. La République sud-africaine, qui a adopté sa nouvelle constitution égalitaire le 22 décembre dernier, doit sauvegarder son secteur minier, construire des logements et des équipements collectifs, développer ses télécommunications et ses moyens de transport pour assurer un niveau de vie décent à sa population noire. Partenaire commercial modeste de l'Afrique du Sud, avec une part de marché de 5%, la France a pourtant doublé ses investissements directs depuis le début de 1991 à 1,5 milliard de francs. Certes, à peine une cinquantaine d'entreprises françaises sont implantées sur place. Mais, aujourd'hui, "l'Hexagone arrive parmi les tout premiers investisseurs en termes de flux", se réjouit Dominique Bon, conseiller commercial à l'Ambassade de France. Bouygues est entré dans le capital du numéro cinq local du BTP Basil Read. Alcatel a racheté la société Altech, un des principaux fournisseurs de l'Administration des télécommunications. Accor implante ses hôtels Formule 1 et Sodexho pénètre dans la restauration collective, via une forte participation dans la société Hospitality. Bolloré s'est introduit chez Grindrod (transports maritimes). Total, le cinquième distributeur de carburant en Afrique du Sud, va mettre ses 750 stations-service aux normes européennes. Tout en accroissant ses capacités de raffinage de 10%. Total possède 37% d'une grosse raffinerie près de Johannesburg, dont il partage l'exploitation avec l'opérateur sud-africain Sasol. "Nous allons investir davantage que par le passé", indique-t-on chez le pétrolier français, présent sans interruption depuis 1954, et qui dépense en moyenne 200 millions de francs par an. Egalement implanté de longue date, depuis 1948, L'Air liquide a repris il y a quelques mois la majorité d'une PME locale pour lancer un service de soins à domicile par oxygène. Le numéro deux local du gaz industriel pourrait aussi investir une centaine de millions de francs sur deux ans dans les augmentations de capacités de ses unités. Mais, comme la plupart des grands groupes français, la société est surtout présente en Afrique australe à travers les grands contrats. Elle construit ainsi, en association avec Spie-Batignolles, une usine clés en main de production d'oxygène pour Sasol, destinée à la production d'essence synthétique. Ce sera la plus grosse unité de ce type dans le monde, avec une capacité de production de 2 500 tonnes par jour. Le démarrage est prévu pour le milieu de l'année. Cegelec a créé pour sa part, l'été dernier, une joint-venture avec un partenaire local, qui fabrique des équipements électriques pour les mines et l'industrie. Cegelec a notamment enregistré une grosse commande pour équiper les ateliers à froid d'une nouvelle usine sidérurgique spécialisée dans les inox à Middleburg, près de Johannesburg. "Nous comptons aussi suivre les exportateurs sud-africains dans les autres pays de la région", souligne Philippe Anglaret, directeur de la branche Industrie de Cegelec, qui participe également à l'électrification des communes. Autre grand projet en cours: l'extension de l'aluminerie Alusaf de Richard's Bay, dans la province orientale du Natal. Péchiney fournit la technologie de ce complexe capable de produire plus de 450 000 tonnes par an. "Dans la foulée, le projet génère pour 1,2 milliard de francs de commandes de matériel et de services pour les entreprises françaises. Avec un potentiel de 1,7 milliard à terme", se félicite-t-on chez Pechiney. Une de ses filiales, ECL, livre les ponts roulants des cabines de pilotage.

L'afrique demeure un bon risque

De son côté, Spie-Batignolles a signé, en octobre dernier, un contrat pour la réalisation du génie civil des deux lignes d'électrolyse de l'aluminerie. Montant du contrat: 200 millions de francs. Richard's Bay fonctionnera à pleines capacités à la fin de 1995. Malgré les incertitudes politiques liées à l'actuelle période de transition, l'Afrique demeure un bon risque, selon les experts. Sur le court terme, le ratio entre les sinistres nets et les primes de la garantie Coface se maintient à un niveau satisfaisant. Toutefois, des dangers existent. Quasiment un actif sur deux est au chômage. Et, malgré la puissance de l'économie souterraine, il ne faut pas sous-estimer les risques d'explosion sociale dans les "townships" misérables. La croissance démographique reste forte (+ 2,5%). Et la petite reprise du PIB, estimée aux alentours de 1,5% en 1993, n'est guère suffisante. La violence est endémique et l'extrême droite blanche menaçante. Mais, Nelson Mandela, leader de l'ANC, a trop besoin des investisseurs étrangers pour réorganiser l'économie.La figure de proue du nationalisme noir mettra donc en jeu tout son charisme, et le président Frederik De Klerk le sien, pour éviter les débordements. Aussi, la plupart des industriels français sur place se disent-ils "modérément optimistes".

Alain-Gabriel Verdevoye







USINE NOUVELLE - N°2438 -

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