Explosion de Falcon 9 : SpaceX en fait-il trop, trop vite ?

L’explosion de sa fusée samedi 27 juin sera-t-elle l’occasion d’une remise en cause pour SpaceX ?

Si l'origine de l’accident n’est pas encore connue, le rythme effréné d’innovation et de production de la société d’Elon Musk n'y est peut-être pas étranger.

Lanceur lourd, fusée réutilisable, vol habité, conquête de Mars…la liste des défis auxquels le groupe tente de répondre donne simplement le vertige.

Explosion deux minutes après le décollage du lanceur en juin 2015

Avec SpaceX, tout va vite. Trop vite ? La question se pose désormais après que la société californienne a connu son premier échec. Le 28 juin, deux minutes après son lancement depuis la base de Cap Canaveral, la fusée Falcon 9 s’est désintégrée en plein vol. Elle devait ravitailler en vivres et matériel scientifique les astronautes de la station spatiale internationale (ISS). C’était la septième mission de ce type assurée par SpaceX après avoir été la première société privée à s’amarrer à l’ISS en 2012.

La raison de l’explosion n’est pas encore connue, même si Elon Musk, son patron milliardaire, tweetait dans les heures qui ont suivi que l’accident était peut-être dû à une surpression dans le réservoir d'oxygène liquide du dernier étage de la fusée.

Jusqu’ici rien ne semblait résister à SpaceX. Avant cet échec, la société californienne avait aligné 18 tirs réussis d’affilée. Le rythme allait même s’accélérant. Sur les quatre premiers mois de 2015, la fusée Falcon 9 avait déjà décollé cinq fois, soit plus que l’ensemble de l’année précédente. De quoi donner des sueurs froides à son grand rival Arianespace, qui ne s’attendait pas à une montée en puissance aussi rapide de ce nouvel entrant.

Lancement du Falcon 9 de SpaceX (CRS-5 pour la Nasa) en décembre 2014 - crédits : SpaceX

l'avalanche de projets

Mais le plus impressionnant est encore ailleurs. La liste des défis auxquels le groupe tente de répondre donne simplement le vertige. Ses ingénieurs sont mobilisés sur plusieurs chantiers tous aussi stratégiques les uns que les autres.

Le plus médiatique et le plus avancé: le lanceur réutilisable. La fusée qui a explosé samedi devait revenir sur Terre ou plutôt atterrir sur une barge dans l’océan. L’objectif recherché : casser encore plus le prix des lanceurs en récupérant leur premier étage. Elon Musk a précisé qu’il multiplierait les tentatives jusqu’à réussir.

Space X travaille en outre sur le développement de Falcon Heavy, une version lourde de son lanceur. Là aussi, le défi technologique est considérable. Elle doit emporter plus de 50 tonnes dans l’espace soit deux fois plus que les fusées les plus performantes encore opérationnelles comme Delta IV Heavy, pour un tiers du prix. Le calendrier est serré. SpaceX vise un premier vol de démonstration d’ici la fin de l’année !

Autre défi et non des moindre, le vol habité ! Les ingénieurs travaillent sur une version de sa capsule Dragon capable de transporter un équipage. Il ne faudra pas perdre de temps: la capsule doit être prête en 2017 selon le contrat signé avec la Nasa. L’accident de samedi tombe extrêmement mal. L’agence spatiale américaine va sûrement exiger de SpaceX de revoir l’ensemble de ses procédures de sécurité pour ne pas mettre en danger ses astronautes.

Objectif Mars

Et la liste n’est pas finie. SpaceX a décroché fin mai sa certification pour s’attaquer aux marchés des satellites de l’US Air Force. Ses ingénieurs travaillent aussi à produire ses propres mini satellites par milliers pour déployer une constellation spatiale afin d’offrir des connexions Internet depuis l’espace ! Sans oublier les rêves de conquête martienne d’Elon Musk !

SpaceX peut-il vraiment tenir le rythme ? Ces chantiers majeurs consomment des ressources d’ingénierie et management. En comparaison avec l’industrie spatiale européenne, c’est le jour et la nuit. Quand l’Europe se choisit une nouvelle fusée, en l’occurrence Ariane 6, elle vise un premier vol en 2020. Le lanceur européen réutilisable ? Les projets sortent seulement des cartons. Rien n’est sérieusement envisagé avant 2030, moins pour des questions de rapidité de développement que de financement.

Et croyez-vous que SpaceX aligne des bataillons d’ingénieurs pour atteindre ces objectifs à très court terme? Et bien non. Son modèle de rupture impose à Elon Musk de faire les choses à l’économie. Sa société ne compte qu’un effectif de 3000 salariés… quand Airbus Safran Launchers représentera pour un périmètre assez comparable, 8000 salariés! Chercher l’erreur.

Hassan Meddah

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