Explosion à Carling : une installation Total vétuste selon les syndicats

Les syndicats dénoncent le manque d’investissement du groupe sur le vapocraqueur numéro 1 de la plateforme de Carling, où une explosion a causé deux morts mercredi. Le surchauffeur en cause n’était pas doté d’un allumage automatique, plus sécuritaire.

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

Explosion à Carling : une installation Total vétuste selon les syndicats

Au lendemain de l'explosion qui a fait deux morts et six blessés sur la plate-forme pétrochimique Total Petrochemicals France (TPF) à Carling, en Moselle, les six blessés de l'accident ont regagné leur domicile. Les syndicats CFDT, CGT et FO ont vivement réagi suite au drame.

Dans un communiqué, la CGT déplore des accidents à répétition dans le groupe Total évoquant la mort d'un salarié suite à une intoxication, le 4 janvier à Total Provence, et un mort et quatre blessés dans l'explosion d'un camion citerne dans un atelier à Total Flandres, le 29 janvier.

A Carling, l'explosion s'est produite au cours d'une tentative de redémarrage manuel d'un surchauffeur non-équipé de dispositif de redémarrage automatique. « Si cette unité avait disposé d'équipements de même niveau que l'unité du vapocraqueur n° 2 que Total vient d'arrêter, malgré l'opposition de la CGT, l'accident ne se serait pas produit! » affirme le syndicat dans son communiqué. Les victimes décédées suite à l'explosion étaient bien des salariés et non des sous-traitants du groupe pétrolier : l'un disposait de 5 ans d'ancienneté dans le groupe, l'autre était en contrat d'apprentissage, a confirmé Carlos Moreira de la CGT. Ces derniers ont dû redémarrer le surchauffeur, sorte de "chauffe-eau de la taille d'un immeuble", de façon manuelle via l'introduction d'une "perche avec une flamme au bout", explique le représentant syndical. Une manipulation manuelle qui n'aurait pas eu lieu si le vapocraqueur était équipé de dispositifs de sécurité modernes, estime-t-il.

Manque d'investissement ? "Pour nous il s'agit bien d'un refus de la part du groupe d'investir dans le matériel", dénonce Antoine Casula, secrétaire du syndicat CGT à Carling. "Le vapocraqueur numéro deux, mis à l'arrêt fin 2008, était le plus au top du point de vue de la sécurité." Une procédure de balayage chimique permettait d'évacuer les gaz de la chambre des deux surchauffeurs, et un dispositif de détection empêchait la "cocotte minute" de redémarrer en cas de présence de gaz à l'intérieur de la chambre concernée. Dans le cas du vapocraqueur numéro 1, le plus ancien, "un des deux surchauffeurs ne diposait pas de redémarrage automatique (celui qui a explosé, NDLR). Pour l'autre, le balayage n'était de toute façon pas au top : il n'empêchait pas de redémarrer en cas de présence de gaz".

Selon la CGT, «l' accident a lieu sur un site industriel fortement impacté par les choix financiers de Total qui imposent une restructuration avec suppressions d'emplois, déstabilisant les équipes de travail». La supression de soixante-quatre postes sur la plateforme a été annoncée à l'horizon 2013 par le groupe Total le 10 mars dernier. «Il est vraisemblable que de nouvelles fermetures seront annoncées dans le secteur», a par ailleurs affirmé Philippe Goebel, PDG de Total Petrochemicals France interrogé par l'Usine Nouvelle le 4 juin. D'ailleurs, le désengagement de Total sur la pétrochimie en Lorraine a poussé le gouvernement à mandater François Loos d'une mission : proposer des solutions alternatives d'approvisionnement pour les industries chimiques en aval (Ineos, Arkema, Rhodia...), dépendantes de la production en éthylène et propylène.

La branche chimie de la CFDT, qui a envoyé un représentant sur place, demande au comité d'hygiène et de sécurité du site pétrochimique « d'établir l'arbre des causes et la chaîne de responsabilité en toute transparence ». Sans préjuger des résultats des enquêtes ouvertes, la FCE-CFDT « considère que la sécurité liée au travail sur des sites à hauts risques nécessite d'être encore mieux maîtrisée». Pour Force Ouvrière enfin, « les salariés ne doivent pas être sacrifiés sur l'autel des profits » et « toute la lumière doit être faite sur les causes de l'accident afin que de tels évènements ne puissent pas se reproduire ».

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS