Exclusif Projet First Solar- EDF-EN : l’usine de panneaux solaires s’installera en Rhône-Alpes

Annoncée à Peyruis en Provence, la plus grande usine de panneaux photovoltaïques lui échappe. First-Solar et EDF-EN préféreraient les vallées du Rhône ou de la Maurienne pour l’installer. Comptant sur cette usine après la faillite de Silpro, le maire de Peyruis infirme les prétextes avancés par les industriels.

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Exclusif Projet First Solar- EDF-EN : l’usine de panneaux solaires s’installera en Rhône-Alpes
Usine First Solar de Frankfort

A l’euphorie succède l’amertume pour le maire de Peyruis. Prétextant des « problèmes techniques », la plus grande usine de panneaux solaires en France ne s’installera pas dans sa commune. Le gouvernement s’était beaucoup impliqué dans le projet. Il tenait à ce que la construction de l'usine, annoncée par EDF-Energies Nouvelles et First Solar pour 2011 en juillet dernier, se fasse dans la commune occitane. Une localisation stratégique, compte-tenu de la liquidation judiciaire durant l’été de Silpro (Silicium de Provence). Cette usine de silicium photovoltaïque devait déjà sauver l’emploi de la région, s’installer sur des terrains de l’unité chimique d’Arkema, qui vient d’annoncer un deuxième plan social, et recruter une partie de ses salariés.

L’américain First Solar ne reprendra pas le flambeau. Invoqués par les représentants du premier fabricant mondial de panneaux photovoltaïques pour ne pas retenir le point de chute provençal, des «problèmes techniques», liés notamment à la capacité de traitement des eaux. Une allégation qui ne manque pas d’interroger Louis Costa, le maire de Peyruis : « A tous les problèmes techniques posés, il a été apporté des axes de solutions », souligne-t-il, en rappelant la phase d’avant-projet. « En ce qui concerne le retraitement des eaux, la solution a même été directement garantie par le fournisseur d’appareil ». Le maire s’y connait : ancien chimiste, il a travaillé sur la production des plastiques vinyliques et de chlore au sein des groupes Pechiney, Saint-Gobain, Rhône Poulenc, puis Arkema. « Il est normal de poser des problèmes. Ce qui est grave, c’est quand on n’a pas de solutions. On ne nous a pas demandé d’aller sur la lune. Les solutions étaient même futuristes, bien au-delà des normes de rejet actuelles. Pour moi il ne s’agit pas d’une question de solutions techniques. »

First Solar exploite déjà des usines aux Etats-Unis, à Frankfort sur Oder en Allemagne de l’Est, en Malaisie. Silpro avait été sacrifié sur l’autel du silicium asiatique : une surproduction due à une guerre des prix, principalement provoquée par des entreprises chinoises inondant le marché, empêche près de la moitié des panneaux photovoltaïques fabriqués dans le monde d’être vendus cette année. La technologie développée par First Solar au cadmium, à haute valeur ajoutée, promet mieux. Les panneaux sont recouverts de couches ultra-minces de tellurure de cadmium, un matériau beaucoup moins coûteux que le silicium habituellement utilisé, et qui absorbe mieux le rayonnement diffus. Par ailleurs, ces panneaux utilisent cent fois moins de matière. « Les Chinois n’y sont pas », commente un industriel.

Un marché sous pression

Reste que sous la pression à la baisse sur le marché du photovoltaïque, le prix des panneaux a chuté de 20 à 30%. « Ce n’est pas une raison pour tuer un nouveau procédé moins polluant », s’insurge le maire de Peyruis. Le cadmium faisant partie des métaux dangereux pour la santé de l’Homme, les industriels porteurs du projet avaient demandé aux collectivités locales que l’effluent de la future usine, conforme à la législation actuelle, aille au-delà des normes en vigueur. Un parti-pris « zéro rejet », en quelque sorte. L’équipe municipale avait alors bûché sur une deuxième technique de retraitement des eaux.

Mais les raisons pour lesquelles First Solar et son partenaire français EDF EN se tâtent aujourd’hui pour tenter l’équipée provençale semblent se situer à un autre niveau. Contrairement à Frankfort sur Oder, Peyruis ne se situe pas pour ainsi dire dans un environnement industriel. « Ce n’est pas un désert ! », rétorque le maire. Certes : le projet international de réacteur nucléaire à fusion Iter à Cadarache et l’usine pharmaceutique de Sanofi ne sont pas loin. L’unité collective de valorisation de solvants usés Alpes environnement ou l’usine de production de squalane pour la cosmétique Sofim ont de plus élu domicile dans la commune de 2500 habitants.

Il se pourrait néanmoins que d’autres régions telles les vallées du Rhône, dans le Lyonnais, ou de la Maurienne, en Savoie, attirent aujourd’hui l’œil des partenaires franco-américains. Dotées d’une multitude d’usines, d’équipementiers et de sous-traitants à même de répondre aux besoins de mutualisation des risques et de confection mécanique d’outils de la future usine photovoltaïque, elles rassurent en période de vaches maigres. « C’est purement culturel cette histoire », réagit le maire de Peyruis. C’est en tout cas un coup dur pour l’emploi industriel des Alpes-de-Haute-Provence. Longtemps portée par l'aluminium et la chimie, la région peine à se reconvertir vers une industrie diversifiée.

Localisation « dans les prochains mois »

Du côté de First Solar et d’EDF-EN , partenaires sur cet investissement évalué à plus de 90 millions d’euros pour une capacité de 100 MWc, on souligne que le dossier reste à l’étude et que la localisation définitive, promise à la France, sera annoncée « dans les prochains mois ». Le projet, prévu pour tourner à plein régime au deuxième semestre 2011, doit générer 300 emplois. Sur son site, le groupe américain souligne que le fonds de défense de l'environnement aux Etats-Unis utilise la nouvelle vidéo de First Solar pour sa campagne « Moins de carbone, plus d'emplois ». Reste à déterminer où seront créés ces emplois.

Les élus de la région PACA réclament l’intervention directe du gouvernement « pour que les solutions techniques qui existent pour favoriser l’installation sur le site de Peyruis soient trouvées et financées ». Sauf geste du gouvernement pour gommer ce différentiel avec d’autres zones préférées par l’industriel, l’usine photovoltaïque s’installera plutôt en Rhône-Alpes. Mais le dossier Molex le montre : l’Etat dispose-t-il des moyens pour retenir une entreprise là où cette dernière n’a pas choisi d’aller ?

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Panneaux de First Solar à Lieberose, Allemagne : une ancienne base militaire parmi les plus grandes d’Europe (26 500 ha), qui a servi de centre d’entraînement pour l’armée soviétique.


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ANA LUTZKY

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