Economie

Exclusif - Jim Flaherty, ministre des Finances du Canada: "Le Canada s'oppose à une taxation des banques"

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Entretien Cette semaine se tient au Canada, le sommet du G8 à Hunstville au nord de Toronto avant que les chefs d'État ne se réunissent dans la capitale de l'Ontario pour le G20. A cette occasion L'Usine Nouvelle a interrogé Jim Flaherty , le ministre des finances du Canada.

Exclusif - Jim Flaherty, ministre des Finances du Canada: Le Canada s'oppose à une taxation des banques
Jim Flaherty, ministre des finances du Canada
© Reuters

A la veille du G8 et du G20 comment se porte l'économie canadienne ?

Notre pays sort nettement de la récession. La croissance a été de 6,1% au premier trimestre (3,1% en rythme annuel ndlr). C'est le plus fort taux parmi les pays du G7. Le redressement est très net. Dans l'industrie et notamment l'automobile un secteur très important pour le centre du pays, on commence aussi à voir les choses s'améliorer.

Le plus grand risque pour le Canada serait un nouveau ralentissement de l'économie américaine car les Etats-Unis représentent 75% de nos exportations. On a vu lors de cette récession que notre économie était plus résiliente que celle des Etats unis. Notre taux de chômage est de 8,1%, soit 1,5 point de moins que les Etats-Unis, ce qui n'était pas arrivé depuis 1975.

Comment expliquez vous cette vigueur ?

Une de nos forces c'est que le système financier canadien est stable et correctement régulé depuis longtemps. Avant la crise, nos finances publiques étaient aussi en très bon état, du fait des réformes de structure engagées dans les années 90. Donc, il n'y a pas eu de crise financière au Canada. Les banques sont solides, il n'y a eu ni faillite ni renflouement par des fonds publics. D'ailleurs nous nous opposons à une taxation internationale des banques proposée par quelques pays pour le G20, car cela reviendrait à punir aussi ceux qui ont bien agi.

Pourquoi êtes vous opposé à un taxe internationale sur les banques ?

Tous les pays taxent déjà leurs banques, nous compris ! Le problème, c'est qu'une taxe constitue un coût et donc les banques le répercuteront sur les consommateurs ou sur les entreprises. Pour moi, cela défie la logique de penser que ces entités vont changer leur comportement si on les taxe. Certains des pays qui militent pour cette taxe veulent aussi pouvoir utiliser le produit éventuel dans leur budget. Cela servira à équilibrer les comptes et sera sans effet sur l'équilibre du système financier. Ma position est que les éléments-clés sur lesquelles nos discussions doivent porter au niveau international, ce sont les causes de ce qui est arrivé lors de la crise. Ces causes sont connues, il s'agit de la prise de risque excessive. Et cela une taxe n'y changera rien. Pour les institutions financières, il faut surtout des règles sur le niveau de détention de capitaux propres, la qualité de ces capitaux, les règles de supervision, c'est ce que nous devons surtout discuter aux sommets.

La forte croissance de l'économie canadienne a eu pour conséquence l'appréciation du dollar canadien. Etes-vous à l'aise avec le niveau actuel ?


Ce qui nous préoccupe surtout c'est la volatilité. La vigueur du dollar reflète notre situation budgétaire très saine, et il y a une demande croissante pour le dollar canadien, la Russie par exemple vient de l'ajouter à ses réserves de changes. Nous sommes pour la liberté des changes, mais notre économie notamment l'industrie vont devoir s'adapter. Le coté positif est que les entreprises canadiennes sont en meilleure position pour acquérir des technologies américaines ou libellés en dollars américains, et ainsi améliorer leur productivité, car l'accroissement de la productivité est un enjeu majeur pour le secteur manufacturier canadien.

Certains pays émergents affichent des excédents commerciaux très importants, cela vous préoccupe ?

C'est important que des pays comme la Chine, le Brésil ou l'Inde accroissent leur demande intérieure. C'est leur politique et ils ont un certain succès dans ce sens. Concernant la Chine, au fil du temps je pense que cette politique permettra aussi plus de flexibilité au yuan, ce qui sera une bonne chose pour tous. C'est d'ailleurs ce que faisait déjà la Chine avant la crise. Mais l'économie mondiale a surtout besoin de la demande intérieure de ces pays en forte croissance pour contrebalancer la croissance faible des pays développés.

Le G8 est il toujours légitime ?

Cela reste un forum important et utile pour les économies développées. Il faut trouver le bon format et faire quelque chose peut-être de moins formel sans communiqué final. Au delà, si l'on regarde la situation actuelle, la crise financière est venue de nos pays occidentaux, donc il y a une forme d'obligation pour moi à ce que les solutions viennent de nous. Une des questions principales aujourd'hui est celle de la stratégie de sortie, à savoir l'équilibre délicat à trouver entre les pays qui doivent réduire leur dette de façon urgente et ceux qui peuvent le faire en douceur car leurs finances publiques sont en meilleur état. On va avoir beaucoup de discussions là dessus la semaine prochaine, notamment sur les cibles en matière de déficits ou de niveaux de dettes publiques.

Il y a eu beaucoup de polémiques au Canada sur l'organisation de ces deux sommets qui vont coûter 1 milliard de dollars au total...

C'est vrai, mais c'est la première fois qu'un pays accueille en même temps un G8 et un G20. Initialement il ne devait y avoir qu'un G8 prévu de longue date à Huntsville ensuite le G20 s'est greffé et en terme de capacité d'accueil nous avons dû passer à deux sites d'où l'accroissement des coûts. Au delà, le prix de ces sommets a fortement augmenté ces dernières années compte tenu des mesure de sécurité nécessaires désormais. Il faudra peut être songer à l'avenir à organiser ce genre de rencontre dans des endroits éloignés de tout.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud


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