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Quotidien des Usines

Excédé, Siemens lorgne le giron russe

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Rosatom pour le nucléaire, Gazprom pour le GNL : désormais, l'avenir énergétique de Siemens se situe à l'Est. Au grand dam d'Areva... et de l'Europe.

Excédé, Siemens lorgne le giron russe

Voilà qui risque de faire grincer Areva. Après avoir annoncé la semaine dernière sa décision de sortir du capital d'Areva NP, dont il détenait 34%, Siemens annonce désormais ouvrir des discussions avec Rosatom, l'agence russe de l'énergie atomique.  Dans un communiqué, Siemens indique que c'est le premier ministre russe en personne, Vladimir Poutine, qui a invité Peter Löscher, le PDG du groupe, à engager des pourparlers. « Nous sommes ravis d'être invités à des discussions concernant l'extension de notre actuelle coopération dans les technologies de l'énergie vers le domaine de l'électricité nucléaire », s'est félicité Löscher. "Nous sommes prêts à passer de la réalisation de projets au cas par cas à un partenariat d'envergure entre Siemens et Rosatom, qui pourrait activement travailler en Russie, Allemagne et dans des pays tiers", a indiqué Vladimir Poutine mardi 3 février. Il a annoncé la création d'un groupe de travail commun, jugeant possible un accord complet avant la fin du mois d'avril.

Si le géant allemand collabore avec Rosatom depuis le début des années 1990,  avec notamment la fourniture des sytèmes de sécurité et de contrôle des centrales de Mochovce et Bohunice, en Slovaquie, c'est un sacré revirement géostratégique.

Un tel partenariat renforce les deux entreprises sur les marchés mondiaux. Moscou était isolé dans le domaine de l'atome civil, alors que la bataille des réacteurs nouvelle génération fait rage entre Areva, Toshiba-Westinghouse (japonais), et GE-Hitachi (américain).  Seul acteur mondial à ne pas fabriquer de composants, Atomenergoprom cherchait ainsi depuis longtemps un "partenariat stratégique" avec une société européenne. Il pourrait désormais compter sur les compétences de Siemens dans le contrôle commandes, les turbines et les générateurs.  
 
Pour Siemens, ce partenariat lui permet de continuer de percer dans le nucléaire, peut-être mieux que dans le cadre du partenariat avec Areva où il s'est senti à l'étroit, et cela lui ouvre les portes du marché russe où, dès 2012, deux tranches seront mises en service chaque année, puis trois dès 2015. Last but not least, la voie russe facilite sa pénétration du marché ferroviaire, au détriment d'Alstom.

EON goûte peu la chose. Outre Areva, la nouvelle risque de faire grincer l'électricien allemand EON (allié sur le nucléaire civil à RWE par une coentreprise), qui avait misé sur l'EPR d'Areva pour se développer en Grande-Bretagne et en Europe centrale. Et ce alors que le nucléaire refait surface dans les plans industriels nationaux (voir encadré sur la relance du nucléaire en Suède). Sur ce terrain, GDF Suez Iberdrola viennent d'ailleurs d'annoncer un partenariat à 50/50 avec Scottish& Southern Energy (SSE) pour développer conjointement de nouvelles centrales nucléaires au Royaume-Uni.

Un revirement que Siemens a opéré par lassitude, excédé d'avoir trop lontemps mariné... du fait d'un veto du président de la République. Selon Le Monde, le gouvernement français aurait sciemment laissé Siemens piétiner dans un partenariat où l'industriel allemand ne jugeait pas avoir assez voix au chapitre. « A l'Elysée, on admet avoir refusé un renforcement de Siemens dans Areva quand le groupe allemand voulait monter au capital de la maison mère » affirme en effet le quotidien. Aujourd'hui, l'Elysée peut s'en mordre les doigts, et toute l'Europe avec. Hier jouant du robinet gazier pour asseoir son aire d'influence internationale, Vladimir Poutine pourrait demain jouer du robinet nucléaire sur l'Europe, l'Allemagne en cheval de Troie, craignent les observateurs.

Pauvre Europe. "On bascule d'un couple franco-allemand à un couple germano-russe. C'est très grave pour l'Europe", juge en effet un patron français du secteur de l'énergie cité par Le Monde.
A 406 voix pour et 168 contre, le Parlement européen a adopté, lundi 2 février, un rapport sur la deuxième analyse stratégique de la Commission européenne sur l'avenir de la politique énergétique. Au lendemain d'une crise énergétique sans précédent, où le premier ministre russe a décidé de couper le gaz aux Européens, les députés ont appelé à l'élargissement des circuits et des sources d'approvisionnement de l'UE à la région de la mer Caspienne, «dans la mesure où les conditions politiques le permettent». Le texte mentionne notamment le développement du projet Nabucco et le gazoduc Southstream comme une alternative au gaz russe. En vue, l'inclusion de «plans d'actions d'urgence» au niveau européen comme au niveau national. Ils ont également souligné la nécessité d'investir dans un réseau européen unique de gaz afin de connecter de manière urgente les Etats de la mer Baltique à l'ouest de l'Europe.

Mais l'Europe a beau bâtir des plans communs sur l'énergie, la Realpolitik en fait facilement une bouchée. Alors qu'Areva NP (la fameuse coentreprise entre Siemens et Areva) faisait figure d'exemple de coopération industrielle franco-allemande, les liens de part et d'autre du Rhin semblent s'être refroidis : Angela Merkel a récemment adopté un ton conciliant envers Moscou.  La communauté économique du charbon et de l'acier, ciment franco-allemand de l'Union Européenne, semble peiner à trouver sa relève au XXIe siècle.

Tandem avec Gazprom sur le GNL. Cerise sur le gâteau, Gazprom et Siemens entendent réaliser des projets conjoints en matière de technologies de production de gaz naturel liquéfié (GNL), a annoncé mardi 3 février le holding gazier russe dans un communiqué. Le GNL : talon d'achille du gazier russe, faiblesse sur laquelle il comptait bien se renforcer. Lors d'une rencontre de travail mardi à Moscou, le président de Gazprom Alexeï Miller et le président de Siemens Peter Löscher ont passé en revue les résultats de la coopération des deux sociétés en 2008, la réalisation de l'accord de partenariat stratégique et les objectifs pour l'avenir. Le 3 avril 2008 en effet, Gazprom et Siemens avaient déjà signé un accord de partenariat stratégique.

Les deux sociétés "envisagent d'accroître leur coopération et de réaliser de nouveaux projets conjoints, notamment en matière de technologies de production de GNL et de création de l'infrastructure de maintenance pour des ouvrages énergétiques", souligne le communiqué de Gazprom. Eloquent.

A.L.

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