Eviction de Proglio : L’Etat doit faire face à Dassault chez Thales

Henri Proglio a renoncé, la veille de l’assemblée générale qui devait l’introniser, à la présidence de Thales, accusant Emmanuel Macron d’avoir alimenté une campagne contre lui. Le ministre de l’Economie met en avant un conflit d’intérêt. L'Etat, actionnaire majoritaire du groupe industriel de défense doit maintenant assumer les conséquences de cette éviction qui ne dit pas son nom en tenant sa place face à l'autre grand actionnaire : Dassault.

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Eviction de Proglio : L’Etat doit faire face à Dassault chez Thales

La veille de l’assemblée générale des actionnaires de Thales qui devait l’introniser au poste de président ce 13 mai, Henri Proglio jette l’éponge. L’ancien patron de Veolia et d’EDF en a "assez du soupçon, de l’humiliation" et se dit "sali par une campagne alimentée par Bercy". "Il était normal que nous demandions à Henri Proglio de choisir entre des fonctions éminentes de dirigeant même non exécutif à la tête de Thales et des engagements réels, rémunérés auprès de grands acteurs du secteur militaire et civil, en particulier nucléaire, russe", lui a répondu quelques heures plus tard Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique.

Après avoir tordu la main à Carlos Ghosn, le patron de Renault, Emmanuel Macron impose une nouvelle fois son point de vue à un grand patron et signe un peu plus le retour de l’Etat actionnaire. On ne peut que s’en réjouir. On vilipende assez souvent l’Etat quand il est mauvais gestionnaire pour ne pas le féliciter quand il fait valoir ses droits et tente de valoriser au mieux son investissement. Ainsi son action visant à imposer les droits de vote double chez Renault s’avère une bonne opération financière, n’en déplaise à Carlos Ghosn, puisque l’Etat pourrait demain céder une partie de sa participation tout en gardant le même pouvoir sur l’un des premiers industriels et employeurs de France.

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L’Etat, premier actionnaire

Certains ont tendance à l’oublier : l’Etat est aussi le principal actionnaire de Thales (avec 26,36% du capital, devant Dassault qui en possède 25,28%). Un bon investissement qu’il a raison de défendre. L’électronicien est une entreprise vitale, au cœur de l’industrie française de la défense. Et c’est un excellent placement pour ses actionnaires qui vont bénéficier des ventes de Rafale pour lesquelles le chef de l’Etat et le ministre de la Défense n’ont pas ménagé leurs efforts. Thales sera l’un des grands bénéficiaires de ces contrats avec Dassault. Une bonne nouvelle pour les contribuables : la participation de l’Etat a toutes les chances de s’apprécier dans les mois qui viennent.

Ce fut le cas avec la prise de participation à hauteur de 800 millions d’euros dans le capital de PSA Peugeot Citroën l’année dernière. Ces 14% du capital du constructeur valent aujourd’hui en Bourse plus de deux fois la mise initiale. Et si le constructeur confirme les premiers effets de son redressement, dus notamment à une croissance rapide de ses ventes en Chine, l’Etat aura fait plus qu’une bonne affaire. A l’époque, personne ne s’était indigné que le nouveau pacte d’actionnaires écarte la famille Peugeot, devenue un obstacle à la survie de ce grand nom de l’industrie. Le maintien des emplois dans les usines françaises était à ce prix...

Crise de gouvernance

En tant que premier actionnaire, si l’Etat estime que celui qui s’apprête à présider l'un des tous premiers groupes industriel français doit se concentrer sur cette fonction et abandonner ses autres mandats - pour des raisons de conflit d’intérêt ou pour tout autre motif d’ailleurs -, il en a tout à fait le droit. Le gouvernement a-t-il pris le risque d’ouvrir les hostilités avec Dassault ? Ou, compte tenu des trois contrats à l'export du Rafale signés coup sur coup, estime-t-il être en position de force ? Quoi qu’il en soit, Emmanuel Macron doit assumer cette position. La crise de gouvernance qui entrave Thales depuis plusieurs années n’a que trop duré.

Patrick Déniel

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