Transports

Eurotunnel, en pleine forme, tacle à tout va

Olivier Cognasse , ,

Publié le

L’annonce des résultats du groupe Eurotunnel a été l’occasion pour son président, Jacques Gounon, de régler ses comptes avec les trouble-fête.

Eurotunnel, en pleine forme, tacle à tout va © D.R.- Eurotunnel

La période noire d’Eurotunnel semble être de l’histoire ancienne. Le chiffre d’affaires du groupe enregistre une croissance importante en 2012 avec une progression de 14 %. Il frôle le milliard d’euros (993 millions). L’Ebitda est en hausse de 10 % à 461 millions d’euros et le résultat net du groupe triple à 34 millions d’euros. L’endettement régresse de 5 millions d’euros, à 269 millions d’euros, et les charges d’exploitation progressent de 21 %. Une hausse bien logique quand l’activité d’un groupe progresse et que les effectifs augmentent de 6 %. Mais Jacques Gounon, le PDG d’Eurotunnel, a lancé sa première attaque contre la CIG (Commission intergouvernementale du tunnel sous la Manche), qui lui ponctionne 5 millions d’euros. "Nous sommes le seul opérateur au monde à payer son autorité de tutelle et je ne vois pas ce qu’ils font de ces cinq millions."

En analysant chaque branche, les résultats sont plus contrastés. La filiale Europorte, spécialisée dans le fret ferroviaire, poursuit sa croissance (+ 28 %) à 209 millions d’euros avec un Ebitda positif (+ 4 millions), contrairement à 2011. Quand on évoque un cadre social harmonisé pour ne pas léser la SNCF, Jacques Gounon lance une nouvelle flèche. "Si on veut tuer le fret ferroviaire en France, on applique les conditions de la SNCF aux nouveaux entrants. Nos conducteurs sont mieux payés que ceux du TGV. Où est le dumping social ?" Il fustige également l’absence de filière ferroviaire dans les études et l’obligation pour un opérateur privé de recruter à la sortie de l’école et de former les futurs conducteurs en les embauchant.

Attente de la décision britannique pour My FerryLink

Eurotunnel s’est lancé en 2012 dans une activité de ferries entre Calais et Douvres avec 3 navires de la Scop, créée sur les décombres de SeaLink. Entre l’achat et la remise en état, le groupe a dépensé 76 millions d’euros et son président estime que leur valeur marchande atteint 150 millions d’euros. L’activité commerciale a commencé le 20 août et a généré un chiffre d’affaires de 7 millions d’euros, mais 15 millions de pertes. L’objectif est d’atteindre l’équilibre en 2014. Pour Jacques Gounon, pas question de parler d’un opérateur de trop sur cette ligne. "Nous sommes dans un régime libéral. On réussit, tant mieux ; on échoue, tant pis." Pourtant, l’activité est suspendue à la décision des autorités britanniques, dont les conclusions devraient tomber mi-avril. Elles pourraient interdire à Eurotunnel d’opérer ses ferries, contrairement à l’avis des autorités françaises. "J’attends donc sur ce dossier que les Etats remplissent leur rôle et que les autorités parlent d’une même voix. Si le résultat est négatif, nous ferons appel", prévient-il.

Un audit pour vérifier les chiffres d’Eurostar

L’activité la plus importante du groupe concerne, bien entendu, le tunnel. Tous les trafics sont en hausse, mais le patron d’Eurotunnel est déçu par la faible augmentation du trafic de voyageurs avec l’Eurostar. Malgré les jeux Olympiques de Londres, la barre des 10 millions n’a pas été franchie. La croissance de 2 % permet d’atteindre 9 912 000 voyageurs. Il n’en faut pas plus pour qu’il soupçonne Eurostar de maquiller les chiffres, afin de payer moins de péages. "Nous lançons un audit sur les chiffres d’Eurostar. Mais je suis sûr qu’ils ne trichent pas", tempère-t-il.

Mais les attaques contre Eurostar ne sont pas terminées. A propos des difficultés rencontrées par la Deutsche Bahn pour obtenir l’autorisation de circuler dans le tunnel – et même si Siemens ne sera pas prêt avant 2015-, "c’est choquant sur le plan intellectuel, surtout que les flux ne seront pas en compétition. C‘est un combat d’arrière-garde pour défendre le monopole d’Eurostar", regrette Jacques Gounon. Et le dirigeant d’évoquer des possibilités importantes pour les deux compagnies : "Il reste 40 % de sillons libres". De quoi servir tout le monde sans favoritisme.

Olivier Cognasse

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