International

Europe/Etats-Unis : le fossé

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Avec une Amérique obnubilée par sa sécurité et tournée sur elle-même et une Union européenne qui s'ouvre à 70 millions de consommateurs, le fossé se creuse entre ces deux partenaires essentiels de l'économie mondiale.

Depuis plusieurs semaines, l'euro et le dollar sont quasiment à parité. C'est bien le seul signe de convergence entre les deux principaux blocs économiques de la planète. Pour le reste, le fossé semble se creuser entre une Amérique politique égoïste et obnubilée par sa sécurité depuis le 11 septembre et une Union européenne qui assume son destin en ouvrant aujourd'hui ses portes à 70 millions de ressortissants de l'ex-Europe communiste.

La rupture a été de justesse évitée cet automne, les Européens ayant réussi à convaincre les Etats-Unis de donner une chance à la paix en Irak. Mais l'obsession sécuritaire américaine continue de dominer sa politique à l'égard de ce pays et du Moyen-Orient dans son ensemble. Loin d'être une force stabilisante, la seule superpuissance de la planète semble aujourd'hui être une source d'inconnues. En Amérique latine, terre d'élection de la pax americana, les pays flambent les uns après les autres. Hier l'Argentine, aujourd'hui le Venezuela. Que fait Washington ? Car ce ne sont pas ces secousses chez les voisins du Sud qui viennent de coûter son poste au secrétaire au Trésor américain Paul O'Neill. Cet ancien chef d'entreprise, ouvert au monde, a « sauté » parce qu'il ne parvenait pas à cacher son scepticisme à l'égard d'une nouvelle baisse massive des impôts, programme cher au président George Bush Jr. pour relancer son économie. Car cette baisse, couplée à l'effort de réarmement américain, va encore plus creuser les déficits budgétaires brutalement réapparus outre-Atlantique. Déficits qui s'ajoutent au déséquilibre chronique de la balance des paiements et qui ainsi ne contribueront pas à conforter la confiance dans un développement plus équilibré d'une économie mondiale qui en a bien besoin.

Plutôt que de compter sur des cadeaux fiscaux pour doper artificiellement la consommation, l'Europe préfère adopter 70 millions de nouveaux consommateurs, dont la moitié de Polonais. Ce sont eux qui donneront demain, et pour des années, ce surplus de croissance nécessaire à la vitalité d'une économie moderne. Les entreprises, qui ont commencé à s'installer dans ces dix pays, qui devraient être officiellement adoptés par l'Union européenne au sommet de Copenhague, y trouveront elles aussi de nouvelles forces vives. Comme d'autres avant elles, PSA va ainsi à son tour annoncer dans quelques jours l'implantation d'une nouvelle usine d'assemblage automobile.

Cette ouverture implique de faire des choix et des sacrifices. Les dirigeants d'entreprise doivent ainsi, encore plus qu'hier, choisir ce qu'ils voudront localiser dans des pays aux coûts de production très compétitifs et ce qu'ils pourront garder et développer dans des pays chers comme la France. Ces choix seront aussi ceux de nos politiques et concitoyens. Depuis l'alternance d'avril dernier, la France a commencé à fermer la coûteuse parenthèse des trente-cinq heures. Il lui faudra dans les mois qui viennent montrer qu'elle saura enfin régler l'épineux dossier des retraites, sans secousses sociales majeures.

Par Jean-Léon Vandoorne,
directeur de la rédaction

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