Europe de l’énergie : justice pour les biocarburants !

Philippe Dusser est secrétaire général de l'Alliance européenne pour les oléoprotéagineux (EOA). Il dénonce la directive européenne sur la qualité des carburants. Elle ne prend pas assez en compte l’avantage en matière d’émissions de CO2 apporté par l’utilisation de biocarburants.

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Europe de l’énergie : justice pour les biocarburants !

La Commission européenne a présenté en octobre dernier un projet de révision de la directive sur la qualité des carburants. Un des objectifs de cette Directive de 2009 est de réduire de 6 % l’intensité carbone des carburants destinés aux transports en Europe. Le projet de révision de la directive porte sur la méthodologie de calcul de l’intensité carbone et propose notamment une réévaluation de plus de 10 % de la valeur de référence 2010 des émissions de CO2 des carburants fossiles qui, initialement fixée à 83,8 grammes d’équivalent CO2 par mégajoule (eqCO2/MJ), est révisée à 94,1g eqCO2/MJ.

Une démarche cohérente en soi, la référence fossile initiale étant notoirement sous-évaluée, mais qui devrait en toute logique rendre justice aux biocarburants et leur reconnaître enfin des bénéfices environnementaux et climatiques réels plus élevés. Or, la Commission prévoit dans son projet de révision de la Directive de maintenir pour les biocarburants l’ancienne référence de 83,8g comme base d’évaluation de leur contribution à la réduction des émissions de CO2.

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La directive introduirait donc deux valeurs de référence différentes pour évaluer les émissions fossiles, selon que l’on calcule les réductions des carburants fossiles ou celles des biocarburants. Cette "discrimination" n’est pas sans conséquences : elle fait croître artificiellement les émissions des biocarburants et participe au développement dans l’opinion d’une perception injustement négative de leur contribution aux enjeux énergétiques et environnementaux. Elle fait peser un risque de réduction de la production de ces carburants non-fossiles qui contribuent pourtant efficacement à la réduction des émissions carbone du mix énergétique des transports en Europe.

Des performances sous-estimées de 80 %

C’est ce que démontre une étude publiée le 12 novembre dernier par le cabinet néerlandais Ecofys, selon laquelle la performance des biocarburants en matière d’émissions de CO2 serait sous-estimée de 80 % par la Commission européenne. Un chiffre auquel les chercheurs d’Ecofys sont parvenus grâce à une méthodologie d’évaluation de la référence d’intensité carbone des énergies fossiles applicable au calcul des réductions d’émissions de CO2 des biocarburants, et différente de celle utilisée par la Commission dans le cadre des directives "Energies renouvelables" et "Qualité des carburants".

Selon cette approche, plus proche de la réalité, une évaluation de l'intensité carbone réelle des biocarburants ne peut se faire que sur la base d'une comparaison avec les carburants fossiles auxquels ils se substitueraient si leur production devait reculer ou stagner, et non pas avec la moyenne du mix européen, comme c'est le cas actuellement. En d’autres termes, il faut comparer ce qui est comparable ; la Commission ne peut entretenir plus longtemps une situation de "deux poids, deux mesures" qui favorise l’évolution de la référence fossile tout en refusant d’évaluer à leur juste valeur les bénéfices des biocarburants

Des sables bitumineux avantagés

La question de la substitution est centrale, et le verdict sans appel : si la part des biocarburants dans les transports devait rester inchangée, l'Europe aurait alors recours à des carburants fossiles non-conventionnels, à l’instar des sables et autres schistes bitumineux, dont l’intensité carbone réelle est estimée en moyenne à 115g eqCO2/MJ. Soit bien plus que les 83,8g affectés en moyenne aux carburants fossiles conventionnels par la Commission dans ses comparaisons avec les biocarburants, et davantage que les 94,1g de la référence 2010 qu’elle propose d’introduire dans la Directive pour tous les carburants – à l’exception des biocarburants.

Cette situation est d’autant plus injuste que dans ce même projet de révision de la directive sur la qualité des carburants, les pétroles non-conventionnels – à l’instar des sables bitumineux canadiens par exemple – se voient accorder un traitement particulièrement indulgent par lequel leurs émissions ne seront pas comptabilisées à leur niveau réel (autour de 135g eqCO2/MJ) mais au niveau de la référence moyenne de 94,1g, soit 30 % de moins que leur impact réel sur l’environnement. Deux poids, deux mesures.

Philippe Dusser, secrétaire général de l'Alliance européenne pour les oléoprotéagineux (EOA)

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