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Europe : ces 15 nouveaux commissaires qui comptent pour l’industrie

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Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker vient de dévoiler à Bruxelles la composition et les attributions du nouveau collège des commissaires dans lequel Pierre Moscovici a finalement obtenu les affaires économiques. L’architecture de l’exécutif européen est profondément remaniée avec des marqueurs politiques sur l’emploi, la croissance ou l’énergie. L’Usine Nouvelle fait le point.

Europe : ces 15 nouveaux commissaires qui comptent pour l’industrie
Jean-Claude Juncker, Président de la Commission a adressé une lettre de mission à chacun des 27 commissaires

A Bruxelles après d'intenses tractations, Jean-Claude Juncker a dévoilé ce mercredi 10 septembre à midi, la composition et l’attribution de la nouvelle Commission européenne qu'il présidera et compte 28 membres, lui compris. Priorités affichées : l’emploi et la croissance.

Ce qu’indique le communiqué de Jean-Claude Juncker publié à l'occasion : "La nouvelle Commission européenne sera simplifiée pour se concentrer sur les grands défis politiques de l'UE : la lutte contre le chômage par la création d'emplois décents, la promotion de l'investissement, l'accès de l'économie réelle au crédit bancaire, la création d'un marché numérique connecté, la formulation d'une politique étrangère crédible et l'indépendance énergétique de l'UE". Mot d'ordre : le travail d'équipe et la fin des politiques "en silos".

Cette commission nouvelle manière comporte, de fait, plusieurs innovations, notamment la création de vice-présidents, des sortes de super "chargés de mission" au nombre de sept, l'italienne Federica Mogherini, Haute représentante pour les affaires étrangères incluse Cette nouveauté devra faire ses preuves. La plupart de ces vice-présidents ne disposent pas d’administration en propre et devront s’appuyer sur les commissaires "techniques". De nombreuses directions (DG) sont aussi remaniées.

Tous les membres de la "Team Juncker" ont reçu une lettre de mission au ton plutôt direct. Dans celles-ci Jean-Claude Juncker martelle vouloir une commission forte et engagée sur les gros sujets et modeste sur les petits enjeux. Le nouveau patron de l'executif veut visiblement marquer une rupture, au moins de ton, avec la période Barosso. Il sera flanqué d'un premier vice-président, le néerlandais Frans Timmermans, en charge de l'amélioration de la législation et des relations inter-institutionnelles, en clair la réforme de l'Europe.

A noter qu'avant d'entrer en fonction, chacun des commissaires devra faire encore l’objet d’auditions au Parlement européen de fin septembre à  début octobre. Un exercice sans concession, suivi d'un vote d'approbation global à la majorité par le Parlement. On relèvera le poids politique inédit de cette Commission, elle compte notamment six ex-premiers ministres, le luxembourgeois Juncker inclus.

L’Usine Nouvelle fait le point sur les 15 des 28 membres de la Commission qui comptent le plus pour l’industrie.

 

Andrus Ansip (Estonie), Vice-président chargé du marché numérique unique

La création de ce poste et son attribution à un Premier ministre jusque-là en poste, veut montrer l’importance clé des technologies numériques dans la croissance et l’innovation, à savoir la possibilité de 250 milliards d'euros d'activités additionnelles selon Jean-Claude Juncker. Avec des enjeux à venir en matière de cadre réglementaire ou d’harmonisation pour aboutir à un marché unique numérique. Selon sa lettre de mission Andrus Ansip doit sous six mois parvenir à mettre en oeuvre un cadre légal sur la protection des données.

 

Alenka Bratušek (Slovénie), Vice-présidente chargée de l'Union énergétique

L’ex-Première ministre slovène se voit chargée d’un  nouveau poste très symbolique à l’heure des tensions croissantes avec la Russie. La politique énergétique est une compétence partagée selon le traité de Lisbonne. Mais hormis en matière d’énergies renouvelables et de climat (paquet 20 20 20), celle-ci n’a jamais réussi à émerger faute de consensus entre Etats membres. C’est là tout l’enjeu pour cette femme politique d’un pays partenaire jusque là du projet de gazoduc South Stream lancé par Gazprom.

 

Valdis Dombrovskis (Lettonie), Vice-président Chargé de l'Euro et du Dialogue social     

Ce nouveau poste reste à préciser dans la pratique. Son titulaire jusque-là Premier ministre letton pourrait devenir une sorte de "Monsieur Euro" mais cette fonction risque de frotter notamment avec le poste de commissaire aux affaires économiques attribué à Pierre Moscovici. Ce vice-président est officiellement chargé de l'approfondissement de l'Union économique et monétaire et des mécanismes de pilotage comme le semestre européen

 

Jyrki Katainen (Finlande), Vice-président chargé de l’emploi, la croissance, des Investissements et de la Compétitivité

Jusqu’en juin ce finlandais était Premier ministre de son pays, poste qu'il a choisi de quitter pour Bruxelles dans un premier temps en remplacement de son compatriote Olli Rehn aux affaires économiques avant ce poste de vice-président. Il va être chargé de préparer le plan de 300 milliards d’euros d’investissement promis par Jean-Claude Juncker ces derniers mois. Il doit coordonner les actions des autres commissaires relatif à ses vastes champs de compétence. Il devra aussi réaliser l'évaluation intérimaire de la stratégie 2020 de l'Union.

 

ElZbieta BieNkowska (Pologne) Marché intérieur, Industrie, Entrepreneuriat et PME       

Cette polonaise jusque-là ministre des Infrastructures de son pays succède au vice-président Antonio Tajani, avec des compétences élargies. Son portefeuille XXL "salle des machines de l'économie réelle" combine désormais le marché intérieur, l’industrie et les PME, une première. Elle sera en première ligne dans la politique de relance de la croissance. La définition d’une politique industrielle commune aux 28 a, jusque-là, toujours échouée, cela ne sera sans doute pas sa priorité.

Sous sa houlette, les DG "marché" (MARKT) et "entreprises" (ENTR) sont fusionnées, mais elle perd l'espace qui passe au transport. Elzbieta Bienkowska pilotera aussi les relations avec les agences (indépendantes) chargé de la chimie (ECHA), du médicament (EMA) et des normes (OHIM). 

 

Margrethe Vestager (Danemark),  Concurrence

Cet ancienne ministre de centre-gauche (éducation puis économie) se voit chargée de la concurrence, un portefeuille majeur souvent objet de tensions avec les Etats membres comme par exemple sur le dossier SNCM pour la France. Elle devra piloter aussi les délicates enquêtes anti-trust mettant en cause des géants mondiaux comme Google, sans parler de Gazprom.

 

Carlos Moedas (Portugal) :  Recherche, Science et Innovation

Cet ingénieur, passé par les Ponts et Chaussées en France a travaillé en début de carrière chez Suez-Lyonnaise des Eaux. Ancien banquier passé en politique au centre droit, il va devoir incarner la politique de recherche de l’Union avec le démarrage depuis cette année du programme Horizon 2020 doté de 80 milliards d’euros sur 7 ans. La lettre de mission de cet ancien ministre qui fut en charge des relations avec la Troika au Portugal reprend les grands objectifs habituels en matière de R&D, à savoir leadership industriel et challenges sociétaux. Dans celle-ci Jean-Claude Juncker précise qu'un accent plus marqué est attendu sur la participation du secteur privé aux programmes européens, notamment les PME.

 

Maroš Šefcovic (Slovaquie) : Transports et Espace

Ce diplomate social-démocrate jusque-là commissaire européen aux relations institutionnelles se voit chargé d’un portefeuille des transports renforcé. En effet, dans sa future configuration la direction MOVE comprend désormais la politique spatiale. A ce titre  Maroš Šefcovic va piloter les grands programmes européens comme Galileo en plein doute après l’échec de son premier lancement ou Copernicus (surveillance de la terre)..

Il assurera aussi les relations avec les grandes agences (indépendantes) comme celle de l’aviation (EASA) ou ferroviaire (ERA). Ce slovaque sans compétences particulière sur son nouveau domaine devra notamment veiller aux progrès du marché unique du rail dans le cadre du futur quatrième "paquet ferroviaire" aujourd’hui en phase finale. Et faire des propositions en matière de taxation harmonisé des transports selon l'usage (type Ecotaxe).

 

Günther Oettinger (Allemagne) :  Économie et société numériques      

Jusque-là commissaire à l’Energie, Günther Oettinger rempile à la Commission avec le poste du numérique et remplace la bouillante Neelie Kroes. En la matière, les dossiers se bousculent : protection des données, neutralité du net, droits d'auteur.…

Ce chrétien-démocrate devra veiller à la poursuite de la mise en œuvre du marché unique des télécoms dont notamment l’abolition progressive du roaming. Les opérateurs télécom avaient des relations détestables avec ses prédécesseurs. Proche des milieux d’affaires, et en bon chrétien-démocrate allemand,  Günther Oettinger sera-t-il plus souple ? En tout cas, il en a vu d’autres, pour avoir discuté gaz avec la Russie.

 

Cecilia Malmström (Suède) : Commerce

Poste à haut risque pour la suédoise de centre droit auparavant commissaire européenne aux Affaires intérieures (sécurité). Canada, Maroc, Tunisie .. les accords de libre échanges en négociations s’accumulent. A commencer bien sûr le TTIP avec les Etats-Unis, un enjeu majeur. Après l’inflexible Karel de Gucht, cette Suédoise passé par la Sorbonne va-t-elle devenir une cible pour les altermondialistes et autres lobbies protectionnistes ?

 

Miguel Arias Cañete (Espagne) : Action pour le climat et Énergie

Cet ex-ministre de l’agriculture de José Maria Aznar devra coordonner son action avec la vice-présidente Alenka Bratušek. Et finaliser les objectifs de l’Europe en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre en vue notamment de la grande conférence climat de Paris en 2015. Un dossier suivi comme le lait sur le feu par les énergo-intensifs : ciment, verre, acier etc…

La responsabilité du climat et de l’énergie après avoir été séparés sont réunis. Pas de quoi enthousiasmer les écologistes qui vont dénoncer le mélange des genres. Dans l’immédiat la crise avec la Russie, la question de l’approvisionnement énergétique de l’Ukraine et du transit par ce pays du gaz destiné à l’Europe sont des dossiers brûlants pour ce juriste aux racines andalouses de 64 ans.

 

Karmenu Vella (Malte) : Environnement, affaires maritime, pêche

La réunion sous une même tête désormais des affaires maritimes et de l’environnement est une nouveauté. Travailliste maltais de 64 ans, Karmenu Vella plusieurs fois ministre et chef d’entreprise notamment dans la construction navale devra convaincre. Karmenu Vella n’a guère de références à son actif en matière d’environnement… peut être de quoi rassurer l’industrie.

La politique commune de la pêche (une compétence exclusive de l’Union européenne) a déjà été réformée l’an dernier.

En matière d’environnement, peu de grands chantiers en route sinon des sujets techniques comme l’identification des perturbateurs endocriniens ou l’inclusion des nanomatériaux dans REACH.  L’encadrement des hydrocarbures non  conventionnels a été renvoyé aux calendes grecques faute de consensus entre Etats membres.

 

Marianne Thyssen (Belgique) Emploi, Affaires sociales, Compétences et Mobilité  

Cette chrétienne-démocrate flamande se voit chargée d’un portefeuille symbolique mais disposant de peu de moyens d’action. Les politiques de l’emploi restent du ressort des Etats membres. Cela n’exclut pas certains sujets sensibles comme la mobilité des travailleurs et les règles concernant les travailleurs détachés. Députée européenne depuis 1994, cette juriste de formation connait en tout cas bien le milieu économique, elle est passée par l’équivalent du "Medef" flamand.

 

Pierre Moscovici  (France) Affaires économiques et financières, Fiscalité et Union douanière        

Le suspense a été total jusqu’au bout… en dépit des fortes réticences de l’Allemagne, l’ancien ministre de l’Economie voit se réaliser son rêve en accédant à ce poste économique. Chargé de la surveillance budgétaire, il a désormais tout à prouver venant d’un pays, la France, incapable de tenir ses promesses de réduction des déficit. Le dialogue entre Pierre Moscovici et Michel Sapin risque d’être savoureux, ceux avec l’allemand Wolfgang Schauble un peu moins. Les "petits" Etat membres en difficulté mais ayant fait leurs devoirs budgétaires avec application ont, eux, de quoi s’étrangler avec cette nomination.

 

Jonathan Hill (Royaume-Uni) : Stabilité financière, Services financiers et Union du marché des capitaux

Un conservateur britannique pour piloter les services financiers (portefeuille créé pour l’occasion) voilà de quoi rassurer la City. Et donner un peu de baume au cœur au premier ministre David Cameron qui avait tout fait pour que Jean-Claude Juncker n’accède pas à la tête de la Commission... Mais Jonathan Hill n'a pas d'expérience de son sujet. Il va trouver un vaste chantier de régulation ouvert par Michel Barnier, essentiel à un retour définitif de la confiance dans le secteur financier, qu'en fera-t-il?

Pierre-Olivier Rouaud

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