Eurofins plombé par un conflit social en France

Alors qu’il connaît une croissance spectaculaire dans le monde, le spécialiste de l’analyse peine à finaliser la restructuration de laboratoires issus de l’Institut Pasteur de Lille, spécialisés dans l’analyse de l’eau.

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Eurofins plombé par un conflit social en France

Derrière la croissance internationale… le couac français. Pourtant, comme chaque année, le fournisseur de services d'analyses Eurofins a publié, le 4 mars, des résultats spectaculaires: un chiffre d'affaires en progression de 26% à 1,044 milliard d'euros et un bénéfice net en hausse de 13% à 63,9 millions d'euros en 2012. Et le spécialiste des analyses dans l’environnement, la pharmacie et l’agroalimentaire ne compte pas s’arrêter là. Il vise désormais les deux milliards d'euros de chiffre d’affaires d'ici 2017. La méthode de Gilles Martin, PDG d’Eurofins : "Acheter des sociétés qui sont en pertes colossales" à travers le monde afin de les restructurer durant quelques années pour les rendre à nouveau rentables. En 2012, il a ainsi croqué pas moins de vingt petites sociétés, pour un coût de 80 millions d’euros, lui rapportant un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros.

Bras de fer avec les syndicats

Mais ce qui marche dans "des pays où on peut choisir les salariés qui ont envie de travailler avec nous", n’est pas si facile en France. Ainsi, le groupe ne parvient pas à voir le bout du rachat en novembre 2011 du groupe IPL, une filiale de la Fondation de l'Institut Pasteur de Lille (Nord), qui était alors "quasi en faillite". Au terme d’une lourde restructuration, cette entité, qui a fait d’Eurofins le numéro un de l’analyse de l’eau en France, devait retrouver l'équilibre dès la fin 2012.

On est loin du compte. Car le bras de fer est tenace entre Eurofins et certains salariés d’IPL, inquiets de voir 33 postes menacés sur un total de 170. "Nous n’étions pas sûr au début de pouvoir sauver les douze laboratoires, reconnaît Gilles Martin. Nous étions prêts à investir dans les équipes qui avaient envie de travailler. La majorité avait envie." Mais le courant n’est manifestement pas passé avec les laboratoires du réseau IPL situés à Bordeaux et Behren-lès-Forbach (Moselle). "Nous avons connu des cas de sabotage. Des délégués du syndicat Sud ont déstabilisé la production et mené des grèves de manière opportune, accuse le dirigeant. Globalement, nous avons pourtant créé 150 à 200 emplois nets en France. Et nous offrons des offres de reclassement à tout le monde à 150 kilomètres de distance maximum. "

Des dysfonctionnements mis en cause par les autorités sanitaires

Le groupe paie-t-il le fait d’avoir voulu mettre en place une restructuration trop violente pour la France ? Toujours est-il qu’à cause de ces difficultés, il a dû transférer une partie de ses tests sur le laboratoire de Nancy, qui n’était pas encore prêt à les traiter. Générant un retard et des dysfonctionnements dans les analyses de l’eau pointés par les autorités sanitaires, rapportait Libération le 25 février.

La Cofrac, l’organisme chargé de l’accréditation en France, a donc ouvert une enquête pour évaluer les capacités de ce laboratoire à poursuivre ses activités. Ses résultats sont attendus pour la mi-mars. "Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre ", veut rassurer Gilles Martin, interrogé par L’Usine Nouvelle, affirmant qu’Eurofins ne serait pas le seul à avoir rencontré des problèmes de délai dans les analyses d’eau. Entre temps, le groupe a investi plus de cinq millions d’euros dans le réseau d’IPL et a transféré des méthodes appliquées en Scandinavie ou au Danemark. Car la France dispose d’une expertise en analyse de l’eau "à des années-lumière de laboratoires d’autres pays qui ont investi ! ", affirme-t-il.

Gaëlle Fleitour

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