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Eurofer et 7 autres fédérations d’aciéristes unis contre la Chine

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

Huit fédérations professionnelles nationales et régionales de l’acier - dont l'européenne Eurofer, la latino-américaine Alacero, l'américaine Steel Manufacturers Association… - affichent dans un communiqué commun leur déception face aux mesures annoncées par la Chine dans le cadre de son « ajustement stratégique 2015 ». Dans cet avenant, Pékin affichait le double objectif de faire face à la surcapacité de production d’acier sur son sol et de s’ajuster aux lois du marché. Les aciéristes occidentaux sont sceptiques.

Eurofer et 7 autres fédérations d’aciéristes unis contre la Chine

L’avenant publié en mars par Pékin à sa Stratégie nationale pour l’acier ne convainc ni la fédération européenne Eurofer, ni ses homologues nord (AISI, CPTI, SSINA, SMA ainsi que la mexicaine Canacero et la canadienne CSPA) et sud-américaine (Alacero). Dans un communiqué commun, les huit fédérations régionales et nationales ont analysé point par point ce qu’elles considèrent comme les faiblesses du projet chinois, jugeant que le virage pris par les autorités chinoises, s’il montre quelques signes encourageants,  ne répond  pas au double objectif affiché par Pékin.

Une libéralisation à pas comptés

La Chine avait affirmé qu’elle laisserait désormais le marché jouer « un rôle décisif » dans l’allocation des ressources des entreprises de la filière. Les aciéristes occidentaux jugent au contraire que les autorités conservent le contrôle sur l’industrie chinoise de l’acier, en encourageant les consolidations autour de quelques champions et en soutenant, financièrement si besoin, l’exportation des surplus de production. Ce sont précisément ces surplus vendus à bas prix qui ont mis Eurofer en colère ces derniers mois, au point que la fédération a convaincu l’UE de prendre des mesures pour limiter les importations de certains produits en provenance de Chine et de Taïwan (les tôles d’acier inoxydable laminées à froid) au titre des règles anti-dumping.

Dans son document stratégique, Pékin fixe notamment des objectifs chiffrés sur le mix produits (avec un effort à porter sur les aciers de spécialité, à haute valeur ajoutée) et l’allocation de ressources budgétaires à la R&D : "les recettes issues de la vente de ‘nouveaux produits’ par les grandes entreprises et celles de taille moyenne doit atteindre 20% du chiffre d’affaires, et les dépenses de recherche et de développement devraient représenter au minimum 1,7% des revenus", résume le communiqué. Des règles qui démontrent, selon Eurofer et ses homologues, la mainmise que l’Etat souhaite conserver sur la filière.

Réduire les capacités… ou exporter les surplus ?

L’autre objectif de Pékin était de faire face à la surcapacité de sa filière acier, "qui a non seulement causé de sérieux problèmes aux aciéristes chinois eux-mêmes, mais a aussi déstabilisé l’ensemble de l’industrie de l’acier mondiale et créé des frictions entre la Chine et une grande partie des ses partenaires commerciaux", affirment Eurofer et ses homologues. Selon le représentant américain au commerce, la Chine est responsable de 75% de la croissance de production mondiale entre 2000 et 2013.

"La China Iron and Steel Association estime que la capacité chinoise de production est d’environ 1,25 milliard de tonnes d’acier brut, à comparer avec les 823 millions de tonnes effectivement produits en 2014", rappelle Eurofer. Ce qui équivaut à une surcapacité de plus de 425 millions de tonnes. Pour atteindre un taux d’utilisation de 80% en 2017, un seuil fixé par Pékin dans son document stratégique, il faudrait que le pays réduise la capacité de ses installations "de quelque 225 millions de tonnes, soit 112,5 millions de tonnes par an", calculent les auteurs du communiqué. Or La Chine n’en prend pas le chemin.

L’option choisie par Pékin, plus conforme aux habitudes dans une économie de marché, est de soutenir l’exportation des surplus. Pour cela, elle compte s’appuyer sur une montée en gamme qui découlerait des efforts de spécialisation et de R&D exigés, et sur la consolidation d’ici 2025 de 60% de la production au sein de "trois à cinq méga-entreprises compétitives sur le marché mondial", rapporte Eurofer, alors que le solde serait laissé à "plusieurs entreprises leader sur leur marché régional ou de niche".

Eurofer et ses congénères réclament que "les producteurs chinois soient exposés à une juste concurrence sur le marché mondial, à travers la suppression des barrières tarifaires et non tarifaires et autres mesures discriminatoires sur le marché chinois, y compris la levée de toutes les restrictions d’exportation de matières premières". Les aciéristes concurrents de la Chine aimeraient également des éclaircissements sur la levée des freins à l’investissement étranger sur le territoire national chinois. Ne pouvant s’aligner sur les coûts de production locaux, ils semblent tentés de produire directement sur place.

Myrtille Delamarche

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