Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

PME-ETI

ETI, les champions cachés de l'industrie

, ,

Publié le , mis à jour le 08/02/2013 À 09H36

Enquête Les entreprises de taille intermédiaire sont un des leviers majeurs de la reconquête industrielle. Notamment pour leur capacité à se projeter sur les marchés mondiaux. 

ETI, les champions cachés de l'industrie
Mersen réalise 90%de son activité à l’international (ici en Chine). en déclinant une spécialité : le graphite. nous décrypterons bientôt son modèle dans notre série sur les ETI.
© d. R.

ETI ! ETI ! ETI ! Ce qui n’était, il y a peu encore, qu’un acronyme abscons est en passe de devenir un "must" en matière de stratégie pour l’industrie. Nicole Bricq, la ministre du Commerce extérieur, veut identifier 800 de ces entreprises de taille intermédiaire (ETI) pour relancer la France à l’export et lutter contre la dégradation continue de nos échanges extérieurs. Dans ses propositions, le rapport Gallois leur consacre un chapitre. Le Fonds stratégique d’investissement (FSI) a même décidé, à l’automne 2012, de mettre sur pied une "stratégie ETI". Mais qui sont-elles?

Les ETI sont des entreprises qui comptent entre 250 et 5 000 salariés. Elles sont identifiées depuis la loi de modernisation de l’économie de 2008. Par leur rôle dans le développement des territoires, leur dynamisme ou leur capacité d’adaptation, les pouvoirs publics les considèrent comme des leviers pour engager le redressement productif, cher à Arnaud Montebourg, et la reconquête sur les marchés mondiaux. Bon nombre d’entre elles sont, depuis longtemps, les chevau-légers de notre industrie à l’international. Elles assurent pas moins de 35% de nos exportations.

Une série de champions discrets

L’Usine Nouvelle a décidé de consacrer une série à ces champions discrets de l’industrie, qui marient souvent le made in France et le made in monde. Dans le premier volet, Manitou est à l’honneur. Avec ses quatre usines situées autour d’Ancenis (Loire-Atlantique), le fabricant de chariots tout-terrain exporte les deux tiers de ses monstres rutilants pour l’agriculture ou le BTP. D’autres, nombreux, suivront. Comme Bonduelle, le pape nordiste du haricot vert et des carottes à la vapeur, qui a planté des usines et déployé ses agronomes en Hongrie ou au Brésil. Ou Somfy, le savoyard devenu, jusqu’en Chine, la référence des volets roulants et bientôt de la domotique. Ou Mersen, le spécialiste du graphite, qui réalise 90% de son activité à l’international avec des usines dans 40 pays. La liste est longue, et non exhaustive. "La caractéristique première de ces entreprises, le gage de leur succès c’est d’être focalisé sur leur métier, ce qui leur permet souvent d’acquérir une audience mondiale malgré leur taille", rappelle Stephan Guinchard, le directeur chez le consultant allemand Simon-Kucher & Partners, qui a écrit avec Herman Simon le livre intitulé "Les Champions cachés de la performance". C’est ce que le FSI, dans sa récente étude sur le fameux Mittelstand (soit les quelque 10 000 ETI allemandes), a qualifié de "perfection du banal".

qui sont-elles ?

  • Leurs caractéristiques Les ETI constituent une catégorie à part entière depuis 2008. Leur effectif se situe entre 250 et 5 000 salariés et elles réalisent un chiffre d’affaires compris entre 50 millions d’euros et 1,5 milliard. Leur total de bilan est inférieur à 2 milliards d’euros.
  • Leur nombre Elles sont 4 500 environ, dont la moitié sont indépendantes des grands groupes. En 2011, le cabinet KPMG estimait que 1 781 ETI étaient « récurrentes » et 315 « surperformantes ».
  • Leur poids Elles assurent 28% de l’emploi salarié en France (33% de l’emploi industriel). Elles réalisent 31% du chiffre d’affaires des entreprises et 35% des exportations.

Source : Asmep-ETI, KPMG

Un renouvellement nécessaire

Le succès de quelques-uns ne cache pas les maux persistants d’une bonne part de notre industrie, ETI comprises : compétitivité à la traîne, emploi en berne, part de marché à l’export en recul ou présence insuffisante sur le terrain à l’étranger. Le constat est connu. Le sujet est d’abord quantitatif. "La France compte 3 300 ETI indépendantes, c’est deux à trois fois moins que l’Allemagne ou même le Royaume-Uni", soutient Alexandre Montay, le délégué général d’Asmep-ETI, l’association qui défend les entreprises patrimoniales et les ETI. Difficile d’aller à rebours d’une histoire marquée en France par le colbertisme (et donc les grands groupes) et sur l’autre rive du Rhin par une décentralisation économique héritée de la Confédération germanique qui perdure avec un pacte social fort associant l’entreprise, les collectivités, les banques régionales et les syndicats. Plus grave pour la France, les PME exportatrices, dont les bataillons constituent le vivier des ETI de demain, ont vu leur effectif passé de 120 000 salariés en 2002 à 95 000 en 2012. "Les ETI font souvent aussi bien que leurs consœurs allemandes, regrette Stephan Guinchard. Si la France se projette moins à l’international, c’est que leur nombre tend à décroître naturellement et qu’elles ne sont pas remplacées. Il y a une forme d’attrition."

Chacun y va de son explication : de l’euro trop fort aux 35 heures, en passant par la rigidité du marché de l’emploi ou la frilosité des patrons de PME à changer de dimension. Pour Alexandre Montay, la réponse est simple : "Notre fiscalité reste trop lourde, que ce soit sur la détention et la transmission du capital ou sur l’activité. Cela explique le différentiel de performances, de rentabilité et donc de capacité à investir de nos entreprises comparé à celles des pays concurrents." C’est le constat du rapport Gallois et de son résultat le plus marquant : le crédit d’impôt compétitivité et emploi (Cice). "Cette mesure va dans le bon sens, tout comme la promesse du gouvernement de stabilité fiscale ou de maintien des Pacte Dutreil, note Alexandre Montay. Mais 2013 sera terrible, car la plupart des mesures alourdissant la fiscalité prise par l’ancienne majorité et la nouvelle vont se cumuler." D’autres leviers de relance ont été énumérés au fil d’innombrables rapports ces dernières années : meilleure intégration de l’innovation par les PME et les ETI, notamment au sein des pôles de compétitivité, orientation de l’épargne vers l’industrie et les entreprises de croissance, amélioration des aides à l’export… Une bonne partie de ces mesures est mise en œuvre.

Du soutien et du financement

À cela s’ajoute la nécessité de revoir les comportements au sein du monde de l’entreprise. "En France, il demeure un problème entre les grands donneurs d’ordres et leurs fournisseurs, note Matthieu Pélissié du Rausas, le directeur associé chez McKinsey et auteur du rapport Industrie 2.0. Un tiers des PME sont satisfaites de cette relation. Il faut plus de dialogue. Les ETI pourraient être d’avantage soutenues par leurs grands clients dans leur démarche internationale. Par exemple par la mise à disposition de leurs moyens de prospection contre rémunération. Pourquoi pas avec un crédit d’impôt." Autre sujet clé : celui du financement, dont s’est emparé le FSI. "C’est un levier important pour faire croître les ETI, l’un de nos objectifs, notamment via FSI Régions, qui sera rapproché de la Banque publique d’investissement, assure Jean-Yves Gilet, le directeur général du fonds. Nous avons identifié un millier d’ETI à fort potentiel international, dont 750 dans l’industrie. Nous avons déjà bouclé de beaux dossiers comme De Dietrich ou Daher. Notre approchons systématiquement cette population pour accompagner sa croissance par du financement long."

Pour les patrons de PME rétifs à partager leur capital, le FSI utilise même des obligations convertibles sur des montants modestes. "Nous visons 80 à 100 opérations par an, poursuit Jean-Yves Gilet. C’est une forme d’apprentissage pour les chefs d’entreprise et l’occasion de mener une réflexion stratégique." Dans une économie globalisée, les PME et les ETI doivent aussi faire de l’introspection pour réussir à l’international. "Les entreprises françaises accusent un certain retard en matière de marketing stratégique, de compréhension des besoins de leurs clients, de processus formel d’analyse de marché", précise Matthieu Pélissié du Rausas. Cela peut être corrigé. Pour une ETI, l’embauche de cadres expérimentés en la matière peut être un choc de compétitivité interne. "Nous ne battrons jamais la Chine ou l’Europe de l’Est sur les coûts, conclut Stephan Guinchard. Trop d’entreprises n’ont pas de réflexion assez poussée sur la valeur de leur offre, y compris via les services liés. Le client doit être content du produit, pas forcément du prix !" C’est la stratégie de Manitou…

« Les grands groupes doivent soutenir les ETI » Frédéric Sanchez, président de Fives et de la commission commerce international du Medef

Pourquoi la France a-t-elle décroché à l’exportation ?

Notre compétitivité coût s’est dégradée. La bonne nouvelle, suite au rapport Gallois, c’est qu’il y a consensus sur ce point. Il n’y a pas de réponse miracle. Redresser la situation prendra du temps. J’observe qu’avec la négociation sociale, on a abordé aussi un aspect clé de la compétitivité hors coût, à savoir le marché du travail. Tant mieux.

Le nombre de PME exportatrices ne cesse de reculer…

Je vois deux sujets au moins. Le premier c’est la fiscalité qui entoure la transmission et la détention du capital des PME et des ETI. En Allemagne, tout est plus fluide, le Mittelstand a les moyens de se projeter. En France, il y a eu des progrès avec les Pacte Dutreil, mais la fiscalité s’est complexifiée alors que nos PME changeaient d’univers concurrentiel avec la globalisation.

L’autre sujet ?

C’est le rapport déséquilibré entre grands groupes et fournisseurs. Pour grandir à l’international, il faut avoir des relais. Fives doit à Air liquide son développement dans la cryogénie en Chine. Les grands groupes doivent mieux soutenir les PME et ETI, en apportant une aide « logistique » ou leur connaissance du marché. Peu de groupes le font en dépit du Pacte PME ou des pôles de compétitivité.

Commet jugez-vous le soutien public à l’export (Oséo, Ubirance…) ?

Il s’est amélioré, mais il reste trop de guichets. À quand une porte d’entrée unique ? Fait positif : des aides réservées aux PME, comme l’assurance prospection, ont été étendues aux ETI.

Le financement de l’export est-il en danger ?

Nos banques comptaient parmi les championnes de l’export. Avec la crise, l’assèchement de leurs financements en dollars et les effets des règles Bale II et Solvency 3, c’est fini. L’État a un rôle à jouer, on parle d’une résurgence d’une banque du commerce extérieur. Pourquoi pas ? La BPI peut être aussi une fantastique opportunité, si elle n’ajoute pas de la complexité.

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle