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Etats généraux de l’industrie : « les énergies renouvelables sont l’industrie de demain »

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Interview de Jean-Philippe Roudil, délégué général du syndicat des énergies renouvelables (SER)

Etats généraux de l’industrie : « les énergies renouvelables sont l’industrie de demain »

L'Usine Nouvelle.com : - Qu’attendez-vous des Etats Généraux de l’industrie ?

Jean-Philippe Roudil : - C’est un processus qui débute un peu : nous ne disposons pas encore des détails. Mais cela annonce la mise en place de ce qu’on espère être une véritable politique industrielle de la croissance verte. Nous attendons des actions vers les technologies de demain dans ce domaine.

UN : - Quelles mesures revendiquez-vous pour remettre l’industrie au cœur de la France?


JP.R : - Concrètement, nous avons une carte à jouer pour reconvertir le tissu industriel français en difficultés vers le renouvelable. Les grandes  énergies mécaniques telles que l’éolien, le marin, l’offshore, l’hydraulique, peuvent profiter des savoir-faire présents dans  l’aéronautique, la mécanique,  l’automobile, adaptés à développer ces machines tournantes. Ainsi, EADS s’est investi dans la construction de pales éoliennes : le groupe veut utiliser ses technologies de l’aéronautique pour les appliquer au profilage des éoliennes. Il est capable de construire des pales plus légères et plus longues, de 50, 70 voire 80 mètres. C’est ce qui va nous différencier de l’Espagne, de l’Italie, de la Grande Bretagne. DCNS s’intéresse à l’éolien offshore.  Le site de Ford en Gironde, à Blanquefort, a été racheté par un industriel allemand, et va en partie fabriquer des couronnes d’orientation d’éolienne. C’est un véritable gisement à exploiter. Nous allons lancer une étude là-dessus, dont les résultats seront livrés en février 2010.

Lors d’un premier recensement effectué par notre syndicat (et dont « L’Usine Nouvelle » a livré les principales données, NDLR), nous avons déjà pu constater que la France compte plus de 140 sous-traitants travaillant pour le secteur de l’éolien. L’éolien est protégé de la concurrence asiatique parce qu’il s’agit de grandes machines peu transportables.

UN : - Quid du photovoltaïque ?

JP.R : - Le photovoltaïque est plus proche de la chimie, mais il faudra ouvrir des possibilités pour ces acteurs-là, ou dans la construction de verre, dont Saint-Gobain est chef de file. L’INES est un grand centre solaire : une filière doit véritablement être créée. 

UN : - Et côté biomasse ?

JP.R : - Il va falloir créer des réseaux de chaleur. Areva en est le grand champion, méconnu, puisque c’est un des premiers constructeurs des filières biomasse. Une réflexion industrielle doit être également menée sur l’approvisionnement des centrales biomasse : peut-être a-t-on besoin d’amener des pratiques plus industrielles pour sortir plus de bois de forêts françaises. Nous sommes en retard sur nos voisins.

Dans le chauffage au bois domestique par ailleurs, nous avons en France 25 à 30 PMI bien structurées, qui ont innové et permis une amélioration de la qualité sous la houlette du label flamme verte. Ces PMI représentent 400.000 à 500.000 appareils par an, et 20.000 emplois. Comment les aider à innover et à exporter, car en France ce marché est bien mature, c’est aussi ce à quoi devront répondre les Etats généraux de l’industrie.

Dans le solaire thermique et les pompes à chaleur enfin, il existe des enjeux d’innovation, de croissance, de structuration de la filière. Il faudra augmenter les volumes pour tenir les engagements du Grenelle de l’environnement.

UN : - Quelles sont vos préconisations en termes d’innovation ?

JP.R : - Il faudrait que les crédits-impôts-recherche et Oséo soient plus tournée vers les PME-PMI, qui n’ont pas toujours les ressources humaines à consacrer à ces enjeux.

UN : - Les énergies renouvelables auront-elles l’oreille des Etats généraux de l’industrie ?

JP.R : - Les énergies renouvelables auront une place de choix. C’est l’avenir de l’industrie. Pour ce qui est des machines tournantes, qui mettent en jeu mécaniques des fluides et des solides, ce sont des métiers où la France a une bonne expertise. Nous nous sommes toujours bien défendus sur ces terrains, il faut que nous gardions cette avance.

UN : - L’aménagement du territoire doit-il être pris en compte ?  La localisation de la future usine de First Solar et d’EDF EN dans le photovoltaïque à couches minces a par exemple créé des déçus…

JP.R : - L’objectif à travers ces états généraux est de développer l’industrie, grâce aux outils existants : pôles de compétitivité, etc. Si les conditions sont trop strictes en termes de localisation, on risque de passer à côté de révolutions technologiques cruciales, alors que la vitesse des Chinois et que le discours d’Obama sur la croissance verte sont éloquents. Gare à faire peser des contraintes trop lourdes sur les industriels. Il faut mettre les bouchées doubles pour tenir notre rang, et ne pas tergiverser. La priorité est de développer notre secteur.

Parfois, stratégies industrielle, sociale et territoriale convergent. A Blanquefort, la reconversion fait sens économique et territorialement. Au Portugal, en Allemagne, en Pologne, les chantiers navals sont transformés en grands clusters éoliens.

UN : - Pour l’instant, les Etats généraux de l’industrie ne risquent-ils pas d’être un vaste fourre-tout ?

JP.R : - C’est bien aussi que ce ne soit pas figé : cela permet de porter nos revendications. Le Grenelle de l’environnement a été un exercice très ouvert, également. C’est extrêmement positif, cette volonté de réindustrialiser la France. Cela faisait longtemps que nous attendions ça. Trop longtemps, la France n’a pas cru aux énergies renouvelables.
 

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1 commentaire

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13/06/2016 - 14h30 -

En matière de PV, l'hypocrisie doit s’arrêter en France, Allemagne et le Royaume uni qui sont plus froid que la France ont plus de 5 plus de puissance installé. Il est plus q'urgent que ce secteur soit efficacement aidé et une fiscalité engagée pour la terre.Mettons les moyens pour au moins rattrapé le retard sur l'Allemagne et le Royaume uni.
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