Et si le vrai problème entre Renault et Nissan, c’était la gouvernance ?

Carlos Ghosn a réussi la création d’une organisation unique en son genre dans l’industrie automobile, devenue le quatrième groupe mondial : l'Alliance Renault-Nissan. En filigrane des discussions qui occupent depuis plusieurs semaines les deux partenaires apparaît davantage un problème de gouvernance que d’actionnariat. 

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Beaucoup de déclarations, mais aucun mouvement stratégique, voilà où en sont les discussions entre Renault et Nissan sur l’évolution de leur actionnariat [lire l'encadré]. Les communiqués publiés vendredi 6 novembre à la sortie du conseil d’administration extraordinaire de Renault ont souligné la volonté de "renforcer l’Alliance" (selon un communiqué publié par Renault), "rétablir les bases d’une Alliance fructueuse" (selon le directeur de compétitivité de Nissan Hiroto Saikawa) et d’éviter une fusion, d'après Manuel Valls, invité ce dimanche 8 novembre sur Europe 1.

Si aucune décision n’a été prise pour le moment, ces tensions franco-japonaises mettent en avant trois grands problèmes.

1-Un problème d’ego

"Un premier problème est que les discussions sont menées par des personnes aux ego forts, et parfois les bras de fer place l’organisation, l’Alliance, au second plan particulièrement pour les politiques", souligne Bertrand Rakoto, fondateur du cabinet de conseil D3 Intelligence.

L’animosité entre Carlos Ghosn, PDG de Renault, de Nissan et président directeur général de Renault-Nissan BV, et le ministre de l’Economie Emmanuel Macron n’est pas nouvelle. Mais elle semble désormais parasiter toute réflexion sur un autre problème plus profond entre Renault et Nissan, celui de la gouvernance.

2-Un problème de gouvernance

L’Alliance créée il y a seize ans ne peut plus fonctionner en l’état. Depuis deux ans, la convergence opérationnelle s’est accélérée. Elle doit aussi se traduire dans la gouvernance du groupe. "Nissan est plus gros, plus rentable et dispose d’un potentiel plus important que Renault, si on regarde son implantation géographique, souligne Frédéric Fréry, professeur de stratégie à l’Ecole de commerce ESCP Europe. Il est normal que les Japonais demandent un rééquilibrage de leur pouvoir au sein de l’Alliance".

S’ils ont pu admettre une prédominance de Renault, suite à leur sauvetage au début des années 2000 par le groupe français, Nissan n’est plus prêt à accepter une contribution financière aussi importante dans Renault sans contrepartie. Au second semestre, Nissan versera par exemple 524 millions d’euros de dividendes au français. "La structure de gouvernance doit refléter la contribution de chacun, Nissan est légitime à réclamer ses droits de vote. Renault ferait de même si la situation était inversée", poursuit Frédéric Fréry.

3-Un problème de succession

Ce rééquilibrage pourrait alors résoudre un troisième problème : la survie de l’Alliance après Carlos Ghosn. "Une organisation qui dépend d’un seul individu n’est pas pérenne, prévient Frédéric Fréry. Carlos Ghosn a réussit à mettre en place l'Alliance, car son profil était idéal pour Renault et pour Nissan. Mais personne ne sait aujourd’hui comment elle survivra après lui, et c'est un risque majeur".

Paradoxalement, un rééquilibrage entre les deux constructeurs, reflétant le poids de chacun, pourrait permettre de pérenniser l’ensemble. "En améliorant la condition de Nissan, Carlos Ghosn semble préparer sa succession, souligne Bertrand Rakoto. Jusqu’à présent il avait donné l’impression de se placer comme unique responsable possible".

Résumé du conflit 
Renault a sauvé Nissan en 1999, et possède depuis 43,5% du capital du Japonais, qui possède en retour 15% de Renault. Tous les deux possèdent 50% de l’Alliance, créée en 2002 et devenue aujourd’hui le 4ème groupe automobile mondial. En avril, l’Etat est devenu une minorité de blocage au sein de Renault, en montant de 15 à 19,7% du constructeur français. L’équilibre entre Nissan et l’Etat a donc été rompu, Nissan restant à 15%. Gros contributeur en dividendes, et deux fois plus gros que le Français en chiffre d’affaires comme en volume de ventes, le Japonais voudrait débloquer ses droits de vote au sein de Renault et augmenter sa participation face à l’Etat. Ce dernier dispose depuis avril de droits de vote double, dans le cadre de la loi Florange.

Pauline Ducamp

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