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Et le danger viendra d'un nuage bleu...

Christophe Bys ,

Publié le

Dans "Le nuage radioactif" paru aux éditions Ring, Benjamin Berton réinvente le roman d’aventures à l’heure d’un accident nucléaire… Mais pas seulement, car la catastrophe technologique sert aussi de révélateur. Quand tout est sur le point de finir, les masques tombent… Pour le meilleur ou pour le pire ? 

Et le danger viendra d'un nuage bleu...

Denis, le personnage principal du roman "Le nuage radioactif", est-il un dément qui vit dans son monde parallèle ou le monde qui nous entoure nous est-il devenu tellement étranger qu’on n’en reconnaît plus la réinvention littéraire, telle que nous la propose Benjamin Berton ? Telle est la question qui accompagne la lecture des presque 400 pages de ce roman agrémenté d’une bande dessinée et d’une bande son originale. Comme si l’hybridation qui transfigure la réalité au fil des pages du livre avait fini par contaminer le roman lui-même. "Ce nuage a des pouvoirs magiques comme Merlin ou Houdini. Il altère - ça veut dire qu’il modifie, qu’il change - la réalité qui est en-dessous de lui. Il change la vie des gens. C’est comme ça qu’agit la radioactivité, sans qu’on distingue quoi que ce soit, elle tombe sur la tête des gens et ils deviennent différents."

Car c’est bien d’une contamination dont il est question. Benjamin Berton a une œuvre suffisamment solide et établie pour qu’on ose des références qui en écraseraient d’autres... Le héros Denis ressemble à un cousin ligérien du père du film "Take Shelter", qui persuadé de l’imminence de la catastrophe, veut à tout prix construire un abri pour sa famille. Chez Benjamin Berton, le personnage du père, après avoir piqué la caisse de son patron, enlève son fils pour échapper à un nuage qu’il suppose radioactif venu de la centrale de Chinon. L’ambiance du livre rappelle même l’étrangeté familière de certains films de David Lynch (on pense notamment aux premières bobines de Blue Velvet, où l’étrange est d’autant plus percutant qu’il s’inscrit dans un cadre terriblement familier).

Si Denis est certain qu’un danger est imminent, le dérèglement du monde environnant semble lui donner raison. Au fil de son voyage le long du fleuve, au cœur d’une région que l’auteur connaît visiblement très bien, le père et le fils vont tenter de se connaître, de s’apprivoiser. Benjamin Berton sait bien que tous les grands récits (et aussi bien des jeux d’arcades) sont d’abord des voyages initiatiques où la rencontre de personnages avec des situations extraordinaires permet à chacun de se découvrir et de se réaliser. Contrairement aux dieux, les Hommes ne naissent pas héros, ils le deviennent.

Pour cela, ils doivent réussir des épreuves plus ou moins dangereuses. Et même si le motif nucléaire donne son titre au roman, il n’est pas sûr que le plus effrayant dans ce roman soit la perspective de la catastrophe, mais bien plus sûrement certains personnages rencontrés par le père et le fils durant leur cavale. Par exemple, cet étrange suédois en vadrouille qui semble préparer un attentat évoque irrésistiblement Anders Breivik, le terroriste norvégien qui abattît pas moins 77 personnes. Ou encore ce détective privé, travaillant pour de peu sympathiques mafieux qui poursuit Denis. A moins que ce ne soit Denis lui-même le personnage le plus terrifiant, enfermé dans son obsession folle, adepte de théories du complot et de science parallèle comme cette mystérieuse radioactivité noire "un concept d’avant-garde, mais je n’ai pas trop le temps de vous l’exposer" ?

Un style irradiant 

Mais retrouvant là-aussi le charme des récits de l’enfance (que le père lit d’ailleurs à ce fils dont il ne sait pas bien s’occuper), il arrive aux deux personnages de se retrouver dans le château d’Ussé, celui de la Belle au bois dormant. Le lecteur se trouve alors plongé dans une sorte de voyage dans le temps, avec un vieil aristocrate aux prises avec une meute de chiens revenu à l’état sauvage, une des séquences les plus réussies du roman.

Il ne manque qu’un drone finalement à ce roman qui s’inscrit dans notre réel pour mieux s’en échapper. Difficile de trancher si c’est pour le meilleur ou pour le pire. Aux termes de l’épopée, chacun est surtout transformé. Dans ce roman où le nucléaire est plus un alibi qu’autre chose, c’est le talent de Benjamin Berton qui irradie à chaque page ou presque. "Ils éclatèrent de rire. Ce qui rend les hommes aussi dominateurs du monde, c’est qu’ils peuvent tout endurer, absolument tout. La souffrance, la cruauté et l’horreur n’ont aucune prise sur eux et ne les limiteront jamais dans l’action. Les hommes peuvent rire aussi quand il n’y a plus rien de quoi on peut rire. Il n’y a pas d’autre caractère qui définisse mieux l’humanité." Bonne lecture ! 

Christophe Bys

Le nuage radioactif, Benjamin Berton, Edition Ring, 19,95 euros.

Présentation par l'auteur de son ouvrage en vidéo :

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