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L'Usine Aéro

Et la lumière d'Ariane 5 illumina le ciel guyanais

Cécile Maillard

Publié le

Reportage Dans la nuit du 1er au 2 juin, Arianespace a procédé à son sixième lancement de l’année, une fusée Ariane 5 qui a placé deux satellites de télécommunications en orbite. Nous y étions…

Et la lumière d'Ariane 5 illumina le ciel guyanais
Le décollage d'Ariane 5 dans la nuit guyanaise
© Arianespace

H – 10 secondes. Au Toucan, la centaine d’invités se tait soudainement. Les pluies équatoriales de la journée se sont arrêtées depuis une heure, les moustiques et les chauves-souris volètent sous le toit de bois du carbet, abri classique de ces latitudes, ouvert à tous vents. Le Toucan, site de plein air à l’ambiance équatoriale, est situé à environ 5 kilomètres du pas de tir d’Ariane 5. Le plus près de ce qui est autorisé aux spectateurs. La fusée est là, dans la savane guyanaise, éclairée dans la nuit de Kourou. Pas d’orage annoncé, pas de vents trop forts ou dirigés vers les communes voisines, les contions météo sont bonnes.

Il est 20h45. Deux écrans retransmettent en direct la soirée. La voix de la directrice des opérations (DDO), dont c’est le premier lancement, démarre le compte à rebours. Cette responsable du CNES travaille depuis le centre Jupiter, une grande salle où ingénieurs et techniciens surveillent les données, une sorte de « tour de contrôle » du vol, située à une vingtaine de kilomètres du pas de tir.

« 10, 9, 8… » Le moteur principal, Vulcain, s’allume, invisible depuis le site du Toucan. Ce n’est que sept secondes plus tard que les deux étages d’accélération à poudre (EAP) sont mis à feu, emplissant le ciel guyanais d’une lueur orange, immédiatement suivie d’une colonne de fumée. La fusée s’élance verticalement, puis s’incline vers l’Est 13 secondes plus tard. L’air frissonne, la température monte, une légère odeur de poudre chatouille les narines, un profond grondement retentit.

Les conditions de sécurité sont draconiennes pour les visiteurs. Des Américains invités par ViaSat Inc., l’opérateur qui a placé un gros satellite de communications, ViaSat2, sous la coiffe d’Ariane, des représentants d’Eutelsat, l’opérateur européen qui envoie dans l’espace Eutelsat 172B, le deuxième satellite, plus petit, placé sous le précédent, à l’étage du bas.  Les fabricants des satellites sont aussi là, Boeing pour le premier, Airbus Defence and Space pour le second. Quelques clients, aussi, comme des sociétés de télécommunications qui utiliseront Eutelsat 172B pour proposer internet dans les avions dans la zone Asie-Pacifique (Panasonic) ou en mer et dans les îles isolées. Et bien sûr, des représentants d’Arianespace et du CNES.

Dans les bus qui ont emporté les visiteurs sur la route de l’Espace, il leur a été expliqué qu’en cas de « problème » - une explosion de la fusée, par exemple – ils seront confinés dans les véhicules, où des masques leur seront distribués. Les poudres chargées à bord des EAP sont toxiques, si elles sont dispersées dans l’atmosphère. Pour être sûr de pouvoir évacuer tout le monde, le bar ne sert pas d’alcool… Les techniciens et ingénieurs les plus proches du pas de tir, ceux du centre de lancement (CDL), sont confinés dans un vrai bunker, une demi-heure avant le lancement. Une salle aux murs de 80 centimètres, accessible par des sas, et fermée par une épaisse porte blindée. Dans le partage des tâches, le CDL est le cockpit de la fusée.

Au bout d’une minute environ, Ariane et son halo de lumière disparaissent. Retour vers les deux grands écrans qui retransmettent les images de la fusée et de la salle Jupiter. Les opérations les plus périlleuses restent à venir : la séparation du premier satellite, dans une demi-heure environ, puis du second, 12 minutes plus tard. Tout se passe parfaitement, le lanceur largue ses étages à poudre, filmé par des caméras embarquées, puis la coiffe, que l’on voit tomber. Il suit exactement la trajectoire prévue. A H0 + 29 minutes et 26 secondes, ViaSat 2 se détache. Le patron de la compagnie sourit ! Au Toucan, le public applaudit. Pas à la salle Jupiter… La tradition consiste à attendre que le deuxième satellite soit détaché pour applaudir.  A l’écran, les images de synthèse simulent le largage d’Eutelsat 172B, on a l’impression de vivre l’événement en direct. Mais le temps reste suspendu jusqu’à la confirmation finale, par la directrice des opérations, du bon déroulé de cette étape. Applaudissements partout, sourires, embrassades, soulagement.

Les satisfactions chiffrées pleuvent dans les discours des responsables des différentes compagnies. Au Toucan, les équipes écoutent religieusement leurs chefs. Le vol 237 est le 79e vol d’affilée réussi pour Ariane 5, son 92e lancement. Nouveau record pour la charge totale du lanceur : 10863 kg, soit 128 kg de plus que lors du précédent record. A eux deux, les satellites proposeront une puissance de transmissions télécoms inégalée en un seul lancement. Le spatial aime les chiffres… C’est le 23e satellite Airbus pour Eutelsat, le 107e satellite géostationnaire d’Airbus, le 46e Eurostar 3000 (gamme actuelle des satellites Airbus).

Les pompiers de Paris, en charge de la sécurité incendie du Centre spatial guyanais (CSG), donnent leur feu vert au retour dans les bus. Ils ont vérifié qu’aucun incendie n’avait démarré sur le site, et fait des prélèvements d’air pour s’assurer qu’aucune substance toxique ne s’y trouve. Direction l’hôtel où se déroule la « launch party », un incontournable des lancements… Champagne, cadeaux, repas. Avant les portables, tout le monde finissait habillé dans la piscine. La tradition sera respectée au milieu de la nuit…

Le site du CSG, vaste espace de 700 km2, retrouve provisoirement son calme. Livré aux oiseaux et petits mammifères qui ne se sont cachés que quelques minutes. Là-haut, les deux satellites ont attaqué leur voyage jusqu’à leur orbite définitive. Dans le bâtiment d’intégration du lanceur (BIL), sur le site du CSG, une nouvelle Ariane 5 est en cours d’assemblage. Elle rejoindra rapidement le bâtiment d’assemblage final (BAF) qui vient à peine d’être libéré. Prochain vol prévu le 28 juin, ça ne traine pas.

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