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L'Usine Aéro

Espace : Arianespace, quelle flexibilite ?

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Malgré l'échec d'Ariane 5, les dirigeants d'Arianespace se veulent rassurants. Si le nouveau lanceur restait cloué au sol plusieurs mois, Ariane 4 peut prendre le relais. Une période de cohabitation entre les deux fusées est d'ailleurs prévue jusqu'en 1999. Mais cette souplesse théorique se heurte à une réalité : des capacités industrielles limitées.

ESPACE

ARIANESPACE, QUELLE FLEXIBILITE ?

Malgré l'échec d'Ariane 5, les dirigeants d'Arianespace se veulent rassurants. Si le nouveau lanceur restait cloué au sol plusieurs mois, Ariane 4 peut prendre le relais. Une période de cohabitation entre les deux fusées est d'ailleurs prévue jusqu'en 1999. Mais cette souplesse théorique se heurte à une réalité : des capacités industrielles limitées.

Trente-sept petites secondes avant de basculer et de partir en fumée. L'échec du vol inaugural de la fusée Ariane 5, la semaine dernière, a plongé l'Europe spatiale dans la consternation. Après dix ans de recherches et de mises au point, des centaines d'essais et de tests, et un an de retard sur le planning prévu, ce nouveau lanceur affichait l'ambition de pulvériser le record de fiabilité de son prédécesseur, la bonne vieille Ariane 4... Aujourd'hui, ses concepteurs essaient de comprendre pourquoi, après un décollage impeccable, les tuyères des boosters et celle du moteur Vulcain ont brusquement reçu l'ordre de corriger une trajectoire qui semblait pourtant cor- recte. Défaillance du calculateur de bord ou du programme de vol ? Problème de logiciel ou de systèmes électriques ? Responsabilité d'Aérospatiale ou de Matra ? Une commission d'enquête créée à cet effet rendra son verdict le 15 juillet. Cet échec ne semble pas affecter les dirigeants de la société Arianespace, dont le carnet de commandes, avec quarante-cinq satellites à lancer, est pourtant bien garni. Sans doute parce que le vol malheureux du 4 juin, tout comme le prochain lancement d'Ariane 5 - théoriquement programmé pour octobre - sont des vols expérimentaux n'emportant pas de satellites commerciaux. Mais la confiance de Charles Bigot, le P-DG d'Arianespace, vient surtout de la flexibilité dont dispose aujourd'hui son entreprise. " Nous avions tout prévu pour être extrêmement souples, explique-t-il. J'ai vingt-huit Ariane 4 dans ma poche, et j'ai même un vol disponible à la fin de l'année, le vol 93, sans charge utile. Je n'avais pas anticipé qu'Ariane 5 se casse la figure, mais j'avais anticipé qu'il nous fallait une certaine souplesse. " Cette souplesse, Arianespace se l'est donnée en considérant la période 1997-1999 comme une " phase de transition ". Durant ces trois années, il est prévu que le nouveau lanceur Ariane 5 monte progressivement en puissance, tandis qu'Ariane 4 assurera encore une bonne majorité des vols. En 1997, par exemple, seuls trois lancements d'Ariane 5 sont prévus pour huit Ariane 4. " Mais, s'il le fallait, nous pourrions très bien passer à douze Ariane 4, affirme Charles Bigot. Nous avons investi 4 milliards de francs pour disposer de deux sources de lancement pendant trois ans. " Dans ces 4 milliards, le président d'Arianespace inclut quatre éléments de coûts essentiels : le démarrage de production d'Ariane 5 ; le fonctionnement simultané de deux chaînes de production ; le fait que le lanceur Ariane 4 n'est pas vraiment optimal, puisqu'il n'emporte en moyenne que 1,4 satellite par lancement, alors que le grand mérite de la puissante Ariane 5 est de pouvoir assurer des lancements doubles ; enfin, la facture est également alourdie par le manque d'optimisation des coûts de fabrication des deux lanceurs, fabriqués en trop petites séries durant ces trois années de phase transitoire. " Ces causes pèsent toutes à peu près le même poids ", note Charles Bigot. Pour le président d'Arianespace, ces 4 milliards, à comparer aux 40 milliards dépensés pour l'ensemble du programme Ariane 5, représentent " des frais normaux de mise en exploitation. Le prix à payer pour lancer un nouveau service ". Cette souplesse, dont se félicite aujourd'hui Arianespace, n'est pourtant que relative. Car, tôt ou tard, si les ennuis d'Ariane 5 se prolongent et si l'Europe veut continuer de chiper des commandes de satellites aux Américains ou aux Russes, cette flexibilité se heurtera à la fois à un problème d'encombrement des pas de tir à Kourou et aux capacités limitées des industriels. Pour satisfaire les clients, il faudrait prolonger le rythme actuel d'un lancement d'Ariane 4 toutes les trois semaines. Soit dix-sept tirs par an. Infernal. Surtout quand on sait que le record historique s'est établi à onze tirs en 1995 et que l'industrie européenne ne peut fabriquer que dix Ariane 4 par an. Ainsi, chez Matra Marconi Space, à Toulouse, l'atelier de fabrication des cases à équipements a une capacité annuelle de onze unités pour Ariane 4 et de six pour Ariane 5 (sur deux chaînes différentes).

Des gains de productivité importants mais insuffisants

L'espace est certes devenu une industrie, mais les cadences demeurent celles de l'artisanat. Malgré les gains de productivité spectaculaires réalisés ces dernières années par les industriels. Chez Aérospatiale, par exemple, l'intégration de chacun des deux premiers étages d'Ariane 4 ne demande plus que quatre mois, contre six mois pour le premier étage et sept mois et demi pour le second au début du programme. A la SEP, à Vernon, qui a fabriqué soixante et onze moteurs Viking et quatorze moteurs HM7 en 1995 (correspondant à une douzaine d'Ariane 4), " au début des années 90, la production a quasi doublé en deux ans, explique Serge Eury, adjoint du directeur de la division grosse propulsion à liquides. Et nous avons encore une marge pour augmenter la production de 20 % sans investissements significatifs ". Au total, le délai de fabrication d'une Ariane 4 est tombé de quarante- six à trente mois. Mais toutes ces contingences industrielles obligent Arianespace à commander ses fusées plusieurs années à l'avance. Au début de cette année, la société avait ainsi passé commande d'un lot de dix Ariane 4 pour boucler sa fameuse " période de transition ". Si Ariane 5 restait clouée trop longtemps au sol, Arianespace se verrait donc obligée de déclencher un nouvel ordre de fabrication. Rapidement ? " Une commande supplémentaire n'est pas à l'ordre du jour, affirme Charles Bigot. Nous prendrons une décision en 1997. " Une date qui paraît bien tardive à certains industriels, sachant qu'il s'agit là d'assurer les tirs de 1999. " De toute manière, l'outil industriel est complètement chargé pour 1996, note un spécialiste de l'espace. Arianespace prendra sans doute une décision de précaution dès cet été, mais ne l'annoncera que l'an prochain. " Autant dire qu'Arianespace va suivre avec attention les cogitations du Cnes, d'Aérospatiale et de Matra pour expliquer la défaillance du vol 501. " S'il s'agit effectivement d'un problème électrique, les composants modifiés pourraient être rapidement requalifiés, assure l'un des industriels du programme. S'il avait fallu couler à nouveau du propergol pour un problème de propulsion, cela aurait bien pris deux ans. " Il n'empêche. Arianespace ne peut rien laisser au hasard. Une réunion a d'ailleurs été programmée pour le vendredi 14 juin sur les cycles et capacités de production d'Ariane 4...









Assurances : gare au malus !

Au-delà des problèmes techniques et industriels, l'échec d'Ariane 5 risque aussi de porter un sérieux coup aux primes d'assurances sur les futurs lancements. Ces primes, pourtant, avaient eu tendance à baisser à la suite des belles performances d'Ariane 4. En un an, leur taux est ainsi passé de 18-20 % à 14-15 % aujourd'hui. " Les assureurs garantissent le lancement, les deux satellites et la perte d'exploitation, soit un total d'environ 500 millions de dollars par vol, explique Charles Bigot. Une baisse de 3 % représente donc, pour le client, une économie de 15 millions de dollars. " Un bonus qui représente 10 % du prix d'un lancement double à bord d'Ariane 5. Confiant dans son nouveau lanceur, à la fiabilité théorique de 98,5 %, Arianespace s'était engagé à relancer gratuitement en cas d'échec. Les problèmes du vol 501 ne remettent certes pas encore en cause cette fiabilité record. Mais ils vont rendre les assureurs pour le moins prudents. " Nous nous fondons sur une fiabilité pratique qui est beaucoup plus empirique, explique l'un d'entre eux. Dans le cas d'Arianespace, l'expérience des lancements est démontrée. Mais, pour Ariane 5, on ne se fera une opinion qu'à l'horizon 1998. "

USINE NOUVELLE N°2553

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