Eric Moleux (GIMEF) : «Les sous-traitants doivent faire partie du comité de sélection du fonds de modernisation de l'automobile»

Alors que le Comité stratégique pour l'avenir de l'automobile apporte la dernière touche à ses recommandations dans le cadre des Etats généraux, le président du GIMEF dresse l'état des lieux du secteur de l'emboutissage, une des grandes familles de la sou
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Eric Moleux (GIMEF) : «Les sous-traitants doivent faire partie du comité de sélection du fonds de modernisation de l'automobile»
Le GIMEF (Groupement français des industries transformatrices des métaux en feuilles) représente le secteur du découpage-emboutissage, soit 400 entreprises et 6 milliards de chiffre d'affaires en 2007. Eric Moleux, président du GIMEF et vice président de la FIM (Fédération des industries mécaniques) en charge des entreprises de sous-traitance, fait le point sur les difficultés du secteur, sa nécessaire restructuration, et ses priorités pour redresser la sous-traitance automobile dans le cadre du fonds de modernisation des équipementiers.

Comment se porte le secteur de l'emboutissage à l'heure actuelle ?

Dans notre activité, l'automobile représente plus de 50% des donneurs d'ordre. La santé de notre secteur dépend de celle de l'automobile. Sur le mois de janvier et le dernier trimestre 2008, la baisse de notre chiffre d'affaires est de l'ordre de 50% sur un an. Cela fait bientôt cinq mois que nous tournons à -50%. La plupart de nos entreprises va afficher des résultats assez moyens, certes, mais positifs sur l'année 2008. Mais comme la dégradation s'est produite au second semestre, elles entament 2009 avec un trésorerie en situation critique. Il est clair que celles qui allaient déjà mal sont toujours en mauvais état ou sont en train de disparaître. Nous n'avons pas encore le chiffre des défaillances, mais nous les constaterons probablement dès mars prochain.

Qu'attendez-vous des Etats généraux de l'automobile et du plan de relance que doit annoncer Nicolas Sarkozy ?

Nous avons déjà obtenu au coup par coup les moyens de repousser les difficultés, avec la réforme de la taxe professionnelle, la baisses des charges sociale, etc. Mais ce ne sont que des expédients. Il faut permettre d'aider les entreprises compétitives à long terme, en leur apportant de l'oxygène : cela peut passer par un changement de l'assiette de la taxe professionnelle, une suspension du paiement des charges, une prise en charge du chômage technique des cadres. Aujourd'hui, le chômage technique est pris en charge pour les ouvriers. Mais dans les prochains plans, ce sont des cadres que l'on va devoir mettre au chômage, pour lesquels une infime partie des coûts va être prise en charge. Le plus astucieux serait de trouver des moyens de les placer en formation. Je pense qu'il existe des entités capables de financer ce genre de choses, même si je ne suis pas pour une prise en charge à 100%. Aujourd'hui, la part laissée à la charge de l'entreprise est trop importante. C'est important aussi pour faire rester les seniors dans le secteur.

Chez les donneurs d'ordre, on dit que la filière de l'emboutissage a besoin de se concentrer. Quelle est votre point de vue sur une restructuration du secteur ?

C'est vrai qu'en France il y a trop de petites entreprises par rapport aux Etats-Unis ou en Allemagne, où il y a davantage de grosses PME. En France une centaine d'entreprises fait 80% du chiffre d'affaires du secteur. En revanche notre savoir-faire est identique. Le problème ne se situe pas là. On doit susciter les rapprochements d'entreprises, qui doivent accepter de perdre une partie de leur indépendance. Mais, d'une part il faut éviter les mariages contre-nature, comme on en a vus il y a une vingtaine d'années et qui ont donné lieu parfois à de véritables spoliations, parfois à l'alliance de la carpe et du lapin. D'autre part, cela nécessite des outils de financement. Lesquels aurons-nous ? Les 300 millions d'euros du fonds de modernisation de la filière doivent être intelligemment utilisés, et pour cela le comité d'investissement doit être représentatif de l'ensemble de la filière.

Les nominations d'Hervé Guyot, ex directeur général de Banque PSA Finance, à la direction du fonds de modernisation, et celle de Gilles Michel, ex directeur général de Citroën à la tête du Fonds Stratégique d'Investissement auquel sera rattaché le fonds de modernisation, sont-elles pour vous un signal négatif ?

Que les constructeurs aient leur mot à dire est tout à fait normal mais ils se sont objectivement désintéressés des fournisseurs de rang deux ces dernières années. C'est pourquoi je souhaite que nos entreprises soient présentes au sein du comité de sélection.

Les Etats généraux de l'automobile ont mis en lumière les dissensions et le manque de dialogue entre les constructeurs et les sous-traitants. Quel est votre vision des relations au sein de la filière ?

Nous regrettons ce manque de dialogue avec les constructeurs, qui ont voulu restreindre leur nombre d'interlocuteurs au sein de la filière. Cette volonté est compréhensible, mais nous pensons que cela ne les dispense pas d'aller voir par derrière comment se comportent les rangs n. Il faut maintenant laisser le passé de côté et retrouver un dialogue constructif rapidement. Parce que si l'on n'aide pas la filière, les savoir-faire français vont disparaître, et d'autres secteurs comme le ferroviaire, l'énergie ou encore les produits mécaniques pour l'agriculture ne trouveront plus la technologie pour les alimenter. En effet, en mécanique, la filière automobile est certainement le plus grand vecteur de diffusion des bonnes pratiques industrielles. L'ensemble du tissu industriel subirait donc les conséquences de cette perte.

Quelles seraient vos priorités pour la gestion des investissements du fonds de modernisation ?

Il faut aider les entreprises compétitives, celles qui ont toujours été dans le vert ces cinq dernières années, car si elles sont en difficulté c'est vraiment à cause de la crise. Laissons les experts qui connaissent bien le rang n décider des critères de sélection. Aujourd'hui de très bonnes entreprises se retrouvent à cours de trésorerie. Si on les aide à passer ce trou d'air, nous sortirons de la crise.

Raphaële Karayan

En savoir plus :

Le site du GIMEF
Crise automobile : les fournisseurs lancent un signal d'alarme (20/01/2009)

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