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Quotidien des Usines

EPI et textiles techniques : Le mariage de raison

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Dossier

EPI et textiles techniques : Le mariage de raison

Les confectionneurs français ont compris que la valeur ajoutée de leurs vêtements professionnels et leur survie passaient par d'étroits partenariats avec les fabricants de textiles techniques.

Ils ne peuvent plus se passer les uns des autres. Les fabricants français d'équipement de protection individuelle (EPI) comptent sur les spécialistes des textiles techniques pour mettre au point des vêtements aux fonctionnalités et aux performances accrues. La multiplication des normes de sécurité au travail (plus de 150) ne leur laisse guère le choix. Pas plus qu'une concurrence mondiale sévère sur le secteur du vêtement de protection.

Les fabricants de textiles techniques, eux, ne peuvent ignorer un marché de la confection d'EPI encore limité en volume (environ 5 % de leur activité). Mais qui représente, en valeur, au moins le double et constitue le principal débouché pour les fibres haute performance aux propriétés spécifiques.

C'est même souvent ensemble qu'ils répondent à des appels d'offres pour des marchés de vêtements de protection. « Les EPI peuvent être soumis à des contraintes très particulières. Prenez une veste antifeu. Il faut qu'elle soit solide, mais que le montage de la manche à la veste permette que la manche s'arrache si le pompier se retrouve coincé. Il faut aussi que la chaleur commence à être ressentie à un certain degré sinon, cela peut être trop tard », explique Franck Clemmerseune, ingénieur conseil au sein de Institut français du textile et de l'habillement, l'IFTH, et basé à Lille. Autre exemple avec les combinaisons contre les risques nucléaires, biologiques et chimiques. Les utilisateurs ont toujours tendance à réclamer plus de « respirabilité » des matières utilisées alors que cette propriété est justement incompatible avec la vocation même de la tenue.

La mise au point de ces nouvelles fibres concentrent une partie des efforts des 380 entreprises référencées en France comme fabricants de textiles techniques, 120 d'entre elles y étant même dédiées exclusivement. Focalisés ces quinze dernières années sur la performance de leur offre, filateurs, tisseurs, ennoblisseurs, suivent depuis peu une nouvelle piste d'innovation : le confort. Les fils, les tissus, les produits d'enduction utilisés pour leur traitement, les associations de fibres pour des multicouches font l'objet de projets de recherche souvent menés en codevéloppement par les professionnels du textile et les fabricants d'EPI.

3M donne la priorité à la visibilité

Fabricant de masques respiratoires depuis trente-cinq ans, 3M est aussi un fournisseur de référence pour les confectionneurs de vêtements de sécurité. Les français UTN Balsan, Molinel ou Codupal sont au nombre des clients du Scotchlite (bandes rétroréfléchissantes) et du Thinsulate (non-tissé aux propriétés acoustiques et thermiques). Avec ces marques, le géant américain concentre ses efforts sur deux fonctionnalités clés des textiles techniques : la haute visibilité et l'isolation. Un marché mature, concentré sur des métiers traditionnels (routiers, caristes), mais qui voit s'ouvrir de nouveaux débouchés. « Les industriels comme Danone, Coca-Cola, EdF ne considéraient pas la visibilité comme une priorité. De plus en plus, nous mettons en place des programmes de sensibilisation avec eux », indique William Roussay, le directeur de la division EPI de 3M France.



Un usage exclusif de l'innovation

Avantage : un partage des risques financiers de recherches qui peuvent porter sur plusieurs années, et dont les débouchés commerciaux restent incertains. Les fabricants d'EPI s'assurent ainsi de l'usage exclusif de l'innovation pendant une période déterminée. Les producteurs de textile ne portent pas seuls des coûts de R&D.

Car les textiles techniques restent un secteur fragile. Chargeurs s'est ainsi séparé ces derniers mois de sa filiale Proline, cédée à Alpex. La consolidation pourrait se poursuivre autour des principaux acteurs français, Europrotect (ex groupe DMC), Noiret Bohain ou encore Sofileta, parmi les principaux industriels français.

Leurs ressources se heurtent souvent à la puissance de géants mondiaux comme 3M, Gore-Tex, Invista ou DuPont. Sa fibre Kevlar va bénéficier d'un investissement de 500 millions de dollars pour sa production basée aux Etats-Unis. L'autre vedette maison, le Nomex, un aramide intégré dans les équipements antibrûlures, va aussi faire l'objet de lourds investissements sur son site européen des Asturies (Espagne). C'est ce qu'a annoncé le groupe en fin d'année, en même temps que l'augmentation de 1 % du prix de sa fibre.

Une mauvaise nouvelle pour les confectionneurs français d'EPI, tiraillés entre la recherche de valeur ajoutée et le volume. Certains comme Bragard, repris, comme Adophe Lafont par le scandinave Kwintet, jouent la carte du marché de niche, comme la restauration et les métiers de bouche. D'autres, comme Molinel, se sont adossés à des loueurs de linge qui représentent désormais près de 25 % des achats de vêtements professionnels. Enfin, au prix de lourdes restructurations, quelques indépendants, comme Mulliez, prouvent que le textile français peut se dessiner un avenir dans le vêtement professionnel.

« Sur les appels d'offres relatifs à des effectifs supérieurs à 1 500 personnes, ce qui représente plus de 5 600 pièces, nous sommes compétitifs, assure Jacques Gindre, le PDG de Mulliez. En dessous, nos coûts fixes sont trop importants. » Jacques Gindre a consacré ces dix dernières années à réduire ceux de Mulliez. La course au volume rend difficile la survie en-deçà d'un seuil critique de chiffre d'affaires autour de 10 millions d'euros. La concentration devrait d'ailleurs s'intensifier parmi les confectionneurs français et les groupes européens.

A suivre plus particulièrement, Kwintet (575 millions d'euros de chiffre d'affaires), le numéro 1 européen et numéro 2 mondial du vêtement professionnel. Le géant français Sperian Protection (ex-Bacou-Dalloz) pourrait aussi faire l'actualité pour atteindre son objectif : franchir la barre du milliard d'euros de chiffre d'affaires d'ici à 2009.

Enfin, même chez les distributeurs spécialisés dans les équipements professionnels, un secteur encore très éclaté en Europe, la croissance externe est à l'ordre du jour. Fin 2007, l'ancienne division distribution de Sperian Protection, Abrium, détenue par le fonds d'investissement Butler Capital Partners, était cédée au néerlandais Intersafe. Quelques mois plus tôt, Orefi fusionnait avec la branche « fournitures industrielles » d'autodistribution pour donner naissance à Orexad. Des mouvements à surveiller de près par les fabricants d'EPI.

Sylvie Andreau

Mulliez multiplie les partenariats

Comme chaque année depuis 2006, un groupe d'étudiants de l'institut Colbert de Cholet vient d'arriver sur le site du Longeron (Maine-et-Loire) qui emploie 160 personnes. Thème retenu pour 2008 : la féminisation des vêtements de travail. Mulliez a constaté que de plus en plus de femmes utilisent des blouses ou des pantalons peu adaptés à leur morphologie. Ces six mois de projets tutorés conduiront sans doute les étudiants à l'étranger. Il y a deux ans, des recherches sur des vêtements en PET recyclé avaient mené de jeunes ingénieurs aux Etats-Unis et au Japon. Le groupe agroalimentaire français à qui les vêtements avaient été proposés n'avait pas donné suite... « Ce qui me plaît, c'est d'avancer. De pousser la démarche jusqu'au bout. Il faut accepter que les recherches n'aboutissent pas à un contrat. Mais elles constituent toujours une ouverture exceptionnelle », tranche Jacques Gindre, le PDG de Mulliez. Ce partenariat avec l'institut Colbert offre à son groupe un accès à de la recherche fondamentale. L'an dernier, il s'était traduit par une collection en fibres alternatives naturelles : chanvre, coton bio, pulpe de pin blanc, bambou, fibres à base de carapaces de crabes. Le choletais participe aussi au pôle de compétitivité lyonnais dédié aux textiles techniques, Techtera. Il apporte son expérience de confectionneur à un projet de recherche de fibres pour lutter contre les maladies nosocomiales en milieu hospitalier.

 

Lafont prend le marché à contre-pied

Adolphe Lafont va prendre un coup de jeune. « Adolphe », jugé trop connoté, est sacrifié au regard des ambitions européennes du groupe. Lafont a aussi un nouvel actionnaire, le scandinave Kwintet, le leader européen du vêtement d'image. Et une nouvelle stratégie. Lafont décide de prendre le contre-pied de la course à la technicité. Sa croissance passera par l'innovation marketing. L'entreprise a identifié « un vrai marché d'impulsion », selon son nouveau directeur général, Denis Ranfin : celui des petites entreprises où la pression sur les prix est moins forte que sur les grands appels d'offres, « économiquement et stratégiquement difficiles à vivre ». Il vient de lancer une gamme « prêt-à-porter » pour artisans et bricoleurs, vendue dans les magasins spécialisés. « En visant un marché généraliste, nous diversifions ainsi le risque », explique Denis Ranfin, dont le groupe vend 3 millions de vêtements par an, fabriqués par des partenaires historiques au Maroc, et depuis deux ans, en Chine. Il n'emploie plus que 119 salariés en France.


Publié la semaine du 17 au 23 janvier 2008

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