Envolée du pétrole : une chance pour les bioproduits ?

En 2006, DuPont lancera une fibre textile à base de maïs concurrente du nylon. D'ici à 2010, les produits issus de ressources renouvelables représenteront 25 % des ventes du chimiste américain.

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OUI " Un baril à 50 dollars est un net coup d'accélérateur"
MAURICE DOHY, Chef du département bioressources à l'Ademe.
Evidemment, le prix du pétrole est un facteur déterminant pour les bioproduits conçus à partir de la seule matière première renouvelable : le végétal. Si le baril reste au niveau de prix actuel ou s'élève encore, le contexte leur est très favorable. On remarque déjà une nette accélération dans le domaine le plus connu : les biocarburants. Le plan lancé dans ce domaine par le Gouvernement permettra le triplement des quantités produites d'ici à 2007, soit 800.000 tonnes/an. Autre grand domaine qui bénéficiera d'un coup d'accélérateur : la chimie végétale. Si le pétrole devient très cher, la chimie organique dispose ainsi d'une solution de substitution, avec un potentiel nouveau de matières premières. Déjà, avec un baril au-dessus des 50 dollars, des applications deviennent rentables : les biopolymères, les lubrifiants, les biosolvants, etc. Ces produits s'ouvrent de vraies perspectives de marchés alors qu'avec un baril à 25 dollars ils n'ont accès qu'à des niches. L'utilisation de matières premières végétales est un immense champ d'innovation que la chimie traditionnelle à tout intérêt à exploiter. Le prix élevé du pétrole est un formidable appel pour qu'elle s'y emploie. Avec son bioprocédé qui utilise des matières premières végétales et consomme moins d'énergie, DuPont apparaît gagnant sur tous les fronts. En effet, le chimiste américain semble avoir réglé le problème du coût, mal résolu jusque-là par la chimie classique. Mais tout n'est pas réglé. Les coûts des bioproduits varient selon les ressources agricoles et les procédés. De plus, la pétrochimie, qui a 50 ans, s'appuie sur un outil industriel amorti et profite d'économies d'échelles. A l'inverse, le marché émergent du végétal se trouve dans la phase la plus difficile : compte tenu de sa nouveauté il n'est guère rentable, il ne profite pas encore d'économies d'échelles et la recherche coûte cher. Mais les verrous se débloquent, même si la France, avec 3 millions d'euros par an de budget public, consacre à ce secteur 10 fois moins de moyens que l'Allemagne.
NON " Attention aux limites intrinsèques du végétal ! "
STÉPHANE HIS, Economiste à la direction des études de l'IFP.
On entend souvent dire que les biocarburants atteignent plus facilement la rentabilité lorsque le prix du brut grimpe. C'est certainement vrai, mais il ne faut pas négliger plusieurs facteurs. Quand le brut augmente et renchérit les produits pétrochimiques, le prix des biocarburants n'est pas immuable. Et le cours des matières premières agricoles n'est pas toujours inférieur à celui des matières premières fossiles. Un baril à 50 dollars correspond à 350 dollars la tonne. Or, la tonne d'huile de colza ou de tournesol varie de 650 à 700 dollars. Ce n'est pas parce que le cours du brut est élevé que la rentabilité de la filière biocarburant est forcément assurée. De plus, la production d'éthanol consomme de l'énergie, et fait appel à une agriculture intensive, impliquant l'usage d'engrais et une forte mécanisation. Elle dépend ainsi du brut. Autre inconvénient : la parité euro/dollar. Libellé en dollars, le prix de l'énergie est plus faible alors que les biocarburants, eux, sont facturés en euros. En outre, leur production génère des co-produits (tourteaux, etc.) qui pèsent sur la rentabilité. Par exemple, le cours de la glycérine, co-produit du diester, a été divisé par deux en un an.
De leur côté, les bioproduits : crèmes bronzantes au tournesol, biolubrifiants ou bioplastiques, génèrent de très faibles volumes et auront du mal à s'imposer. Enfin, très concentrée, la pétrochimie s'est structurée autour du pétrole et des raffineries. A l'inverse, il faut chercher la matière végétale de plus en plus loin pour faire tourner une unité. Ce qui coûte de plus en plus cher. A cela s'ajoute la compétition entre produits agricoles alimentaires et non alimentaires. La surproduction agricole a permis de développer les bioproduits en Europe et aux Etats-Unis. Mais lorsqu'il faudra nourrir 10 milliards d'humains, les efforts de productivité ne suffiront pas, il faudra gagner sur les terres non alimentaires. La biochimie a un potentiel, mais attention aux limites intrinsèques du végétal !
Propos recueillis par Jean-Michel Meyer

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