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ECO-INDUSTRIES COMMENT SE FAIRE UNE PLACE A L'INTERNATIONAL



Près de 3 milliards de francs de contrats ! C'est ce que les entreprises françaises de l'environnement ont réalisé à l'étranger en 1995. Dans un marché mondial qui croît de 5 % par an, certaines entreprises françaises, des grandes et des PMI, tirent leur épingle du jeu. Du moins celles qui ont choisi le " grand large ". Car, à 80 %, ces contrats ont été réalisés hors des frontières européennes. Les " éco-industriels " français, qui exposent leur savoir-faire au salon Pollutec, à Lyon, du 22 au 25 octobre, doivent ces succès " exotiques " non seulement à une technologie éprouvée, mais aussi à leur connaissance des marchés étrangers. En achetant la semaine dernière l'allemand Schilling Chemie, le groupe Degrémont, déjà numéro 1 mondial du traitement de l'eau, est devenu le leader européen du conditionnement (traitement de l'eau par voie chimique). Une acquisition qui témoigne de la volonté des entreprises françaises de se développer à l'international sur un marché mondial qui s'élève à 1 300 milliards de francs, soit déjà le tiers de celui de l'électronique. Car, avec 50 milliards, le marché français de l'environnement est comparativement bien étriqué pour les " éco-industriels " français.

La technique fait la différence

Les marchés encore balbutiants de l'Asie du Sud-Est, ainsi que ceux de l'Amérique latine, devraient croître respectivement de 12 % et de 10 % par an sur la période 1992-2000. Le savoir-faire technique des industriels français est apprécié à l'étranger. Cette reconnaissance, ils la doivent à leur notoriété et à d'importants budgets consacrés à la recherche et au développement . Dans le secteur de l'eau, les éco-industriels français sont les champions des technologies clés que leurs clients réclament : membranes d'épuration, biofiltres à bactéries fixées, décanteurs lamellaires et stations compactes, inodores et insonorisées. Ces techniques bénéficient de nombreuses années de recherche. Encore aujourd'hui, la Générale des eaux consacre 250 millions de francs par an à sa recherche-développement dans l'eau, contre 100 millions dans les déchets. En quête des dernières innovations, le centre de recherche de la Lyonnaise des eaux, le Cirsee, garde aussi les yeux tournés vers d'autres contrées. Il collabore avec une cinquantaine de laboratoires de recherche dans le monde. De quoi avoir un large panorama de ce qui se fait sur l'ensemble de la planète, ou susciter des idées de contrats ! Des soutes du Cirsee sortent nombre de solutions susceptibles de trouver des applications à l'étranger. Exemple : " Satellite ". Mis en service depuis un an en France, à Dampierre (Yvelines), c'est un système décentralisé de traitement de l'eau potable qui vient compléter les unités centrales figées existantes. " Un sys- tème "mini" plus économe et plus hygiénique, si on le compare aux systèmes "micro" que sont les adoucisseurs d'eau ", explique Patricia Renaud, la dynamique directrice du Cirsee, et qui pourrait séduire les grandes mégapoles qui poussent comme des champignons et présentent un dédale de canalisations plus ou moins vétustes.

Un traitement des eaux usées par osmose inverse

Autre solution appliquée depuis peu : le recyclage ou la réutilisation des eaux usées, dans des conditions économiquement acceptables, pour les pays où les ressources en eau potable se dégradent ou se raréfient. Un formidable enjeu : 70 % de l'eau potable dans le monde est consacrée à l'irrigation. En Californie, à Carso, près de Los Angeles, un traitement plus poussé des eaux usées par osmose inverse réalisé par la Lyonnaise permet de traiter 20 000 mètres cubes par jour. L'eau traitée, au lieu d'être rejetée dans les cours d'eau, peut être alors réinjectée directement dans les nappes phréatiques pour éviter leur salinisation par l'eau de mer. Certaines PMI dégagent aussi d'importants moyens en recherche-développement pour se faire une place sur l'échiquier mondial. Environnement SA, par exemple, y consacre 16 millions de francs par an, soit 10 % de son chiffre d'affaires. Ce spécialiste de la mesure automatique et continue des polluants de l'eau, de l'air ambiant et des fumées de cheminées va même investir d'ici à trois ans 26 millions supplémentaires pour étendre son nouveau centre de recherche. L'une des applications de ces recherches : les appareils du groupe nécessitent peu de maintenance. " Contrairement à ceux des concurrents, ils ne présentent pas de système de filtration en amont, qui nécessite un entretien difficile et fausse la mesure ", indique Marc Le Pennec, responsable des ventes chez Hydro-Environnement, l'une des trois filiales du groupe. Les appareils de la PMI, créée il y a cinq ans, fonctionnent sur un système hydraulique. Un cyclone élimine les grosses particules de l'eau à analyser. " Les petites particules gardées ne sont pas gênantes, car la mesure se fait par ionométrie plutôt que par colorimétrie et utilise des doseurs volumétriques ", poursuit Olivier Decherf, directeur des ventes du groupe. Pourtant, aussi performantes qu'elles soient, les techniques des éco-industriels français peuvent se heurter à bien des obstacles. Ainsi, la réglementation canadienne pour l'introduction de nouvelles techniques est tellement lourde et contraignante que l'Actiflo, un décanteur lamellaire utilisé notamment pour traiter les eaux pluviales, a été implanté pour la première fois dans une réserve indienne ! Explication : ces règles ne s'y appliquent pas, et la société John Meunier (filiale québécoise d'OTV, le constructeur de stations d'eau potable et d'eaux usées de la Générale des eaux) a pu la mettre en oeuvre. De même, à la Générale des eaux, on sait aussi que la référence à une technologie fonctionnant en Pennsylvanie ne garantit pas une exploitation directe dans l'Etat de Californie. Il est nécessaire de refaire des tests sur des pilotes. Une véritable leçon d'humilité, même pour les plus grands !

L'offre globale séduit

Une autre clé du succès des entreprises françaises à l'étranger est leur capacité à apporter une solution globale à un problème. " Les ingénieristes allemands et américains sont bien cotés. Mais la double compétence française de concepteur-constructeur et d'exploitant est très recherchée sur les marchés étrangers ", explique Marc Londchal, P-DG de Tredi (620 millions de francs de chiffre d'affaires, dont 50 milions à l'international). Ainsi, la filiale du groupe EMC, spécialisée dans le traitement des déchets industriels spéciaux, a été choisie pour deux usines en Hongrie (capacité de 40 000 tonnes par an) et au Portugal (55 000 tonnes par an), qui devraient être mises en service en 1998. Autre exemple de la capacité française à livrer " clés en main ", celui de la Générale des eaux. Via sa filiale américaine Air & Water Technologies (AWT), elle a réussi - notamment parce qu'elle intègre toute la chaîne - un véritable tour de force en divisant par deux les coûts du projet de traitement des eaux usées du port de Boston. AWT a profité de l'ouverture du marché américain à la formule du " clés en main ", même si cette conception est encore peu usitée, et même illégale dans plus du quart des Etats. Car ce système écarte les petites sociétés locales au profit de groupes, qui intègrent aussi bien un consultant qu'un équipementier et qu'un exploitant. Souvent segmentés par lots - conception, ingénierie d'ensemble et ingénierie de détail, construction...-, les appels d'offres américains conduisent à l'émiettement des responsabilités et à la dérive des coûts. Ainsi, le projet de Boston avait été initialement estimé en 1988 à plus de 30 milliards de francs par un concurrent américain. Un chiffre ramené à 17 milliards par AWT. Ayant la maîtrise d'oeuvre, la filiale de la Générale des eaux a pu choisir d'abandonner les travaux annexes au système d'assainissement. " L'usine de mise en palette des boues ne nous paraissait, par exemple, pas nécessaire ", expose Christian Mavet, vice-président de l'organisation et du développement chez AWT. Après une première cure d'amaigrissement du projet, passé alors à 20 milliards de francs, " nous avons ensuite eu trente jours pour remettre à plat la conception. Nous avons modifié l'hydraulique de manière à diminuer la taille et le nombre d'ouvrages ", rappelle Christian Mavet. La division ingénierie (Metcalf & Eddy) a ensuite passé en revue chaque sous-projet et réduit de 80 à 55 le nombre de diffuseurs par lesquels les eaux traitées sont libérées à une dizaine de kilomètres de l'île de Deer. " Il a fallu proposer des solutions techniques, mais aussi convaincre les parties prenantes de la validité du projet d'ensemble, en montrant notamment aux milieux associatifs que nous ne faisions pas des économies de bouts de chandelles néfastes pour l'environnement ", résume Christian Mavet.

L'adaptation au marché prime

Sous d'autres latitudes, ou simplement, chez leurs voisins, les éco-industriels français ont appris à " s'acclimater " à la multitude de situations qu'offrent les marchés internationaux. Par exemple, en termes de coût. Titulaire d'un autre contrat à Boston, celui du traitement des eaux pluviales, la Générale des eaux a ainsi su diviser le coût du projet par trois. " Le plan de nos concurrents était simple et grandiose : construire dans la roche un nouveau réseau de 40 kilomètres de canalisations de 6,6 mètres de diamètre ", indique Dan Donohue, le directeur de ce projet chez Metcalf & Eddy. L'entreprise a utilisé un logiciel de modélisation pour optimiser le système existant et réduire la taille des infrastructures à installer. Bien comprendre les demandes du marché fait aussi partie des atouts clés. " Dans notre domaine, deux eaux à traiter ne se ressemblent pas ", explique René Pich, P-DG de SNF Floerger, le premier producteur mondial de floculants utilisés dans le traitement des eaux (2 milliards de francs de chiffre d'affaires). " Nous créons plus de 50 nouveaux produits par an et nous disposons d'une gamme complète de 1 000 références. " De quoi répondre à tout type de clientèle : des municipalités aussi bien que des industriels. Située au confluent de la chimie et de l'environnement, la société stéphanoise réalise la moitié de son activité aux Etats-Unis grâce à cette faculté d'adaptation. Spécificité locale : les Américains utilisent plutôt des solutions diluées que des produits en poudre. SNF Floerger y a donc installé neuf unités pour le marché local - ce qui li- mite les coûts logistiques - et pour les pays de la zone dollar, comme le Canada, le Mexique, l'Australie et une partie de l'Extrême-Orient.

Une offre très segmentée selon les Etats

AWT adopte pour sa part une véritable démarche de marketing sur son territoire. Le marché américain étant extrêmement varié, celui-ci doit être segmenté : les unités compactes de traitement des eaux n'intéressent pas les villes de l'ouest, qui disposent de beaucoup d'espace, tandis que les grandes villes de l'est, comme New York ou Philadelphie, sont séduites par des installations de taille réduite. La société Procédair, quant à elle, a su, avec profit, changer son fusil d'épaule. En 1989, la totalité du chiffre d'affaires de cette filiale de Fives-Lille, spécialisée dans le traitement des fumées, était consacrée aux usines d'aluminium. Cette année, la proportion est tombée à 50 %. Entre-temps, les exportations russes ont fait chuter les cours et verrouillé les investissements des producteurs d'aluminium. Du coup, le coleader mondial dans le domaine avec ABB-Energie (ils détiennent à eux deux 80 % du marché), s'est reconverti avec succès vers le traitement des fumées d'autres industries (verre, ciment...) et des unités d'incinération d'ordures ménagères, essentiellement à l'étranger. " L'aluminium est un marché très international et facile à identifier. On est vite consulté pour chaque contrat. Ce qui n'est pas le cas pour nos activités de diversification ", indique René Tréhorel, le directeur général de Procédair. La société a, il est vrai, bénéficié de l'appui technique et financier de son groupe d'appartenance, leader européen des équipements lourds de fabrication de l'aluminium, de l'acier, du verre et du ciment.

Le choix d'un bon partenaire

La quête de nouveaux eldorados revêt de multiples formes. Veiller aux moindres frémissements des nouveaux marchés, multiplier les contacts, installer une base commerciale, s'allier avec des partenaires locaux, prendre des participations dans des sociétés existantes ou les acquérir, créer une filiale de toutes pièces, tout est bon pour décrocher de nouveaux contrats. En ce domaine, à chacun ses choix. " Il y a peu de sociétés dans lesquelles nous ne soyons pas majoritaires ", lance Olivier Kreiss, le P-DG de Degrémont. Une démarche qui reste, malgré tout, pragmatique. En Argentine, le constructeur de stations d'eau potable et d'assainissement de la Lyonnaise des eaux ne détient que 50 % des parts d'un joint-venture. Mais il devrait combler cette faiblesse dans deux ans, dès que la législation le permettra. Pour l'eau, cette politique de " conquistador " est plus mesurée dès lors qu'il s'agit de gérer l'ensemble du système, y compris jusqu'à la facturation client. Les participations de la Lyonnaise des eaux ne dépassent jamais 50 % et se situent en moyenne aux alentours de 25-30 %. En Allemagne, la Lyonnaise des eaux n'aurait sans doute pas pu remporter le contrat de Rostock si elle ne s'était alliée à un partenaire local, le grand de la sidérurgie Thyssen, diversifié dans les métiers de l'environnement. L'Angleterre est, en revanche, le seul endroit au monde où la Lyonnaise ne soit pas associée à un partenaire local, comme l'atteste la récente acquisition de Northumbrian. " L'eau est un produit sensible, affirme Thierry Bourbié, le nouveau directeur international "eau" de la Lyonnaise. Dans ce service, plus que dans tout autre, il ne faut pas apparaître comme une société étrangère. " Mais, aussi discrète qu'elle veuille se faire, la Lyonnaise des eaux n'en conserve pas moins l'ambition de garder le contrôle des opérations. Tout comme dans le contrat de Buenos Aires, où, malgré ses 25 % des droits de vote et son association à six autres partenaires - dont la Générale des eaux - , elle se positionne comme l'opérateur principal. La Générale des eaux est plus " retranchée ", préférant des contrats de simple exploitation ou d'exploitation et de maintenance qui ne l'engagent pas dans de lourds investissements.

Profiter de l'organisation du partenaire

" En cinq ou six ans, nous avons appris un nouveau métier ", explique Didier Le Poultel, directeur des opérations internationales des Cnim (Constructions navales industrielles de la Méditerranée), qui propose des unités d'incinération d'ordures ménagères avec valorisation énergétique, ainsi que des chaudières propres. " Avant, nous étions un simple fournisseur. Aujourd'hui, nous sommes obligés de monter des affaires, de participer au capital des sociétés. Et il faut parfois aussi être exploitant pour garantir le capital ", poursuit Didier Le Poultel. Exemple : les trois usines d'incinération d'ordures ménagères, assorties d'un procédé de valorisation énergétique, qui seront mises en service en 1998 dans les Midlands, en Angleterre. Une affaire montée par les Cnim, l'actionnaire principal du projet, le constructeur et le futur exploitant. " Dans les joint-ventures, nous profitons de l'organisation de notre partenaire ", indique René Pich, P-DG de SNF Floerger. Le producteur de floculants a choisi de s'engager, le plus souvent, dans un partenariat à peu près équilibré. Exemple, en Inde, SNF détient 40 % des parts, le reste étant aux mains d'une société locale. Une règle qui connaît ses exceptions. Sur le marché américain, où la croissance (14 % par an) est le double de celle de la France, SNF Floerger a pris seul les risques.



· Pays : Etats-Unis

· Société : AWT (filiale américaine de la Générale des eaux)

· Contrat : dépollution des eaux usées du port de Boston

· Montant : 17 milliards de francs

· Durée du contrat : vingt ans (avec le traitement supplémentaire des eaux pluviales)

· Achèvement : 2008

Une île-usine pour dépolluer le port de Boston

On ne peut pas rater le spectacle lorsqu'on atterrit à Boston : l'île de Deer Island exhibe une douzaine d'oeufs gigantesques ! Il s'agit en fait de digesteurs de 27 mètres de diamètre et d'une hauteur équivalente à quatorze étages. Issues de la non moins gigantesque station de traitement des eaux usées installée à proximité, les boues y sont réduites biologiquement de moitié avant d'être envoyées par barges vers une usine de production d'engrais. Partie émergée du système de dépollution, ces digesteurs donnent la dimension d'un projet dont le coût atteint 17 milliards de francs. Dix ans ont été nécessaires à AWT (Air & Water Technologies Corporation) et à sa filiale Metcalf & Eddy, toutes deux têtes de pont de la Générale des eaux aux Etats-Unis, pour éviter que 2 millions de litres de boues ne soient, comme auparavant, rejetés directement dans la mer, et pour rendre ainsi la baie à ses homards.



· Pays : Hongkong

· Société : Sita (Lyonnaise des eaux), associée à d'autres partenaires locaux

· Contrat : construction, conception et exploitation d'une décharge

· Montant : 1,7 milliard de francs

· Durée du contrat : dix-sept ans

Hongkong : l'une des plus grandes décharges mondiales

La Sita, le pôle propreté de la Lyonnaise des eaux, a remporté, il y a deux ans, un contrat de conception, de construction et d'exploitation de l'une des trois décharges de Hongkong. Ou, du moins, le joint-venture qu'elle a créé avec des partenaires de Hongkong et de Chine et dans laquelle elle détient 40 % des parts. Etablie au nord des nouveaux territoires, la décharge s'étendra sur 67 hectares et recueillera 6 000 tonnes de déchets par jour, soit environ le tiers de ce qui est produit quotidiennement sur le territoire. D'une capacité de 35 millions de mètres cubes, elle ne sera évidemment pas un simple trou béant pour enfouir des déchets. Des géomembranes garantiront son étanchéité, tandis que les lixiviats (les jus de décharge) seront collectés et traités. D'autre part, le biogaz émanant sera capté et brûlé pour produire de l'électricité. Mais, d'ores et déjà, une première tranche correspondant à 10 % de la capacité est en service.



· Pays : Argentine

· Société : consortium mené par la Lyonnaise des eaux (dans lequel on retrouve aussi la Générale des eaux)

· Contrat : distribution de l'eau potable et assainissement

· Montant : 20 milliards de francs

· Durée du contrat : trente ans

Buenos Aires : l'eldorado de l'eau

Le défi était gigantesque ! Sur les 9 millions d'habitants que comptent Buenos Aires et son agglomération, seuls 70 % étaient desservis en eau potable, et à peine 58 % étaient raccordés au réseau d'assainissement. Mais, en trois ans, la Lyonnaise des eaux, à la tête du consortium Aguas Argentinas, a commencé à inverser le sens du courant. Les surfaces des habitations ont été repérées par photographie aérienne, le fichier des abonnés mis à jour, et les effectifs de l'ancienne société publique d'eau ont été réduits de moitié. Un million d'habitants supplémentaires ont été raccordés au réseau de distribution, 400 000 au réseau d'égouts, pour un investissement de 400 millions de dollars. Une goutte d'eau, lorsqu'on songe que, pendant les trente années que durera la concession, plus de 4 milliards de dollars seront investis, dont plus de 60 % pour la rénovation et l'extension des réseaux !



· Pays : Afrique du Sud

· Société : Procedair (groupe Fives-Lille)

· Contrat : traitement des fumées

· Montant : 300 millions de francs

· Mise en exploitation complète : août 1996

Une usine sud-africaine aux panaches plus propres

Le dernier fleuron de Procedair est à coup sûr l'épuration des gaz et des poussières émanant de la toute dernière usine sud-africaine du producteur d'aluminium Alusaf. L'usine, installée à Richardsbay, près de Durban, est aussi, au passage, un pur produit de la technologie Pechiney. Depuis le mois de juin dernier, ses 576 cuves d'électrolyse, alignées sur quatre rangées, produisent 466 000 tonnes d'aluminium par an. La filiale du groupe Fives-Lille s'est chargée de collecter les émissions gazeuses issues de ces cuves vers quatre centres de traitement par voie sèche. L'acide fluorhydrique qui émane des cuves est ainsi absorbé par de l'alumine, qui est elle-même recyclée vers le procédé de fabrication pour redonner de l'aluminium. Le procédé traite, mais aussi recycle. La boucle est bouclée.





EAU L'AVANCE EST MAINTENUE



Dans le secteur de l'eau, l'" école française " maintient son avance. en tête deux groupes plus que centenaires dont l'eau est le métier premier. La Lyonnaise des eaux réalise 37 % de son chiffre d'affaires " eau " à l'international (8,6 milliards de francs, soit quatre fois plus qu'il y a cinq ans) et la Générale des eaux, 17% (7,37 milliards, soit une progression de 26 % par rapport à 1994). Dans la construction de stations d'eau potable ou d'assainissement, sur les 2,8 milliards de francs de facturations d'OTV (Générale des eaux), 47 % sont réalisés à l'international. Ce chiffre atteint même 61 % chez Degrémont (Lyonnaise des eaux), sur un total de 4,9 milliards de francs. Sur le plan mondial, la Générale et la Lyonnaise dominent largement leurs plus proches challengers, les groupes britanniques, issus des compagnies régionales privatisées au début des années 90. " Nos concurrents étrangers actuels sont surtout les grandes sociétés anglaises. A l'avenir, les américains et les allemands devraient être plus présents ", prévient Philippe Brongniart, directeur général du groupe Lyonnaise des eaux. Au total, les deux géants français fournissent plus de 60 millions de consommateurs à l'étranger. Et affichent leur ambitions. " Pour l'instant, nous desservons 36 millions de personnes à l'étranger. Logiquement, ce chiffre va progresser rapidement, d'environ 15 % par an, alors qu'en France nous ne pouvons guère compter sur plus de 1 million supplémentaire par rapport aux 14 millions actuels ", lance Thierry Bourbié, directeur général adjoint, en charge de l'eau à l'international à la Lyonnaise. Jérôme Monod, le P-DG du groupe, se félicite chaudement d'avoir " remporté le tiers des contrats privés mondiaux l'an dernier ". La Générale a, quant à elle, et pour la première fois, alimenté en eau pratiquement autant de personnes à l'étranger qu'en France, soit, au total, 50 millions de consommateurs. Les entreprises françaises profitent de l'ouverture progressive des marchés à la gestion déléguée de services ou à la concession. Un bon moyen, pour les communes endettées, de faire face à des réglementations plus astreignantes ou de trouver rapidement une solution à une situation difficile. Dans le sillage des deux majors, mais à un rang plus modeste, la Saur (Bouygues), qui réalise les deux tiers de son chiffre d'affaires international en Afrique, et la Cise (Saint-Gobain) jouent aussi des coudes sur ce marché.

V. V. D. B.





AIR ELARGIR LES CRENEAUX DE MARCHE



Dans le traitement de l'air, les entreprises françaises exploitent, comme leurs concurrents, des créneaux et font preuve de dynamisme hors de nos frontières. C'est le cas, notamment, des Cnim, de Neu Process International, de Lab et de Procédair (voir tableau ci-dessous). Jean-Pierre Dreuillet, délégué général d'Uniclima (Union syndicale des constructeurs de matériels aérauliques, thermiques, thermodynamiques), estime que 200 des 430 millions de francs de chiffre d'affaires de la profession ont été réalisés à l'étranger en 1995, et à 85 % hors de l'Union européenne. Procédair a ainsi réalisé plus de 95 % de ses 325 millions de francs de chiffre d'affaires à l'international. Une performance qui s'appuie notamment sur le métier de base de l'entreprise : le traitement des fumées issues des cuves d'électrolyse de production d'aluminium. Cette société, qui bénéficie de l'appui technique et financier du groupe Fives-Lille, auquel elle appartient, détient, avec son concurrent ABB Energie, près de 80 % des parts de ce marché très international. En raison de la baisse des cours de l'aluminium survenue il y a trois ans, Procédair s'est également tournée vers l'incinération des ordures ménagères. Et elle a déjà décroché des contrats sur le marché anglais. Lab, seul autre spécialiste français du traitement des fumées et des gaz, est lui aussi très internationalisé. Cette entreprise lyonnaise indépendante a réalisé, en 1995, 70 % de ses 400 millions de francs de chiffre d'affaires à l'étranger (Europe, Amérique du Nord et Asie). Depuis quelques années, ces spécialistes doivent affronter des constructeurs de fours et de chaudières qui se sont lancés sur le marché de la dépollution des fumées afin d'être en mesure d'offrir une solution globale au client. Les constructeurs de fours veulent également bénéficier du " gâteau " du traitement des fumées. Législation aidant, le traitement représente aujourd'hui une part importante du coût des usines d'incinération. C'est le cas des français Cnim et Neu Process International, filiale de GEC-Alsthom Stein Industrie, comme de l'helvético-suédois ABB Energie, de l'autrichien Austrian Energy (qui a acquis récemment le suisse Sulzer Chemtech), de l'allemand Lurgi ou du suisse Von Roll. Dans un autre domaine, la mesure, qui touche à la fois à l'eau et à l'air, une PMI française s'est taillé une belle place à l'exportation. Le groupe Environnement SA y puise ainsi 60 % de ses 160 millions de francs de chiffre d'affaires. D'ailleurs, à son siège de Poissy (Yvelines), l'heure elle-même est - au sens propre - à l'international : au-dessus du standard, quatre horloges semblent avoir été balayées par l'ouragan des décalages horaires pour se fixer sur les fuseaux de Paris, de Los Angeles, de Séoul et de Bombay.

Des entreprises françaises en bonne place à l'étranger

En Inde, l'une des trois filiales d'Environnement SA, spécialisée dans la mesure de l'air ambiant, détient 80 % du marché - le reste étant aux mains de concurrents américains. Cette société réalise 75 % de ses ventes hors de nos frontières et se présente comme le deuxième groupe mondial dans ce domaine, derrière l'américain Thermo Electron. Ce succès, comme les autres, ne doit rien au hasard. Pour y parvenir, les champions français affûtent leurs stratégies grâce à la technologie, aux solutions clés en main, aux joint-ventures et aux partenariats locaux multiples. V. V. D. B.





DECHETS UN RETARD À COMBLER



Dans le domaine des déchets, les industriels français font pâle figure face aux géants américains Browning Ferris Industries et surtout Waste Management. CGEA-Onyx (Générale des eaux) et Sita (Lyonnaise des eaux) sont largement distancées. Sita a vu son chiffre d'affaires à l'international augmenter de près de 41 % entre 1994 et 1995, pour atteindre plus de 20 %. Mais son nouveau P-DG, Jacques Pétry, reste prudent : " Après une implantation réussie en Grande-Bretagne, en Belgique et en Espagne, nous explorons de nouveaux marchés. Nous mesurons nos risques et sommes très sélectifs quant au choix de ces marchés. " A Hongkong, Sita se " frotte " déjà aux leaders du traitement des déchets. Elle a obtenu le contrat de conception, de construction et d'exploitation de l'une des trois décharges locales, aux côtés de Waste Management et de Browning Ferris Industries. Ces sociétés se partageant à parts égales la gestion des 18 000 tonnes de déchets quotidiennement produites sur le territoire. V. V. D. B.



USINE NOUVELLE N°2566

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