Environnement : Les champions de l'eau percent en Europe centrale

Après quatre ans de présence, les industriels français de l'eau décrochent leurs premiers contrats en Pologne et en Hongrie. Deux pays aux besoins énormes, mais tiraillés entre les réflexes d'hier et les aspirations d'aujourd'hui.

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Les marchés de l'eau d'Europe centrale s'ouvrent enfin. Accompagnés par Michel Barnier, ministre de l'Environnement, une quinzaine d'industriels français viennent de se rendre en Pologne et en Hongrie. En obtenant de premiers contrats, les français devancent ainsi leurs principaux concurrents, les allemands Mannesmann, Thyssen, ou l'électricien RWE. "Nous coordonnons l'attaque à partir de notre réseau de filiales européennes", note Dominique Bouvier, directeur Europe de Degrémont (Lyonnaise des eaux). A l'inverse, les filiales de la Générale des eaux avancent sous la bannière du navire amiral. Depuis trois ans, Servitec, un holding de droit hongrois, fédère l'action du groupe dans l'eau, l'assainissement et la propreté. Une structure identique voit actuellement le jour en Pologne.Les PMI ne sont pas en reste. EnvironnementSA, spécialisée dans les équipements de mesure, a pu pénétrer en Hongrie grâce au programme communautaire Phare pour la protection de l'environnement. Cette entreprise suit de près les appels d'offres internationaux, noue des contacts avec les sociétés d'ingénierie et prête ses capteurs pour entrer dans les spécifications du cahier des charges dès qu'elle a vent d'un projet. "C'est un long travail, insiste François Gourdon, le président. Il faut accepter de ne pas réaliser de chiffre d'affaires dans un pays pendant trois ans."Mais ces marchés ne sont pas mûrs pour autant. "Ces pays se cherchent, résume Dominique Bouvier. Nous en souffrons." Premier écueil: les mentalités. La notion de service public a survécu au communisme. "Ils ont peur d'être dépossédés de leur patrimoine national", relève Jules Chautemps, directeur général adjoint de Saur International.Ce qui explique la prudence des collectivités locales, pourtant émancipées de la tutelle étatique depuis 1990. Même si, pour gérer l'eau, elles peuvent même créer des entreprises privées, les communes optent de préférence pour le statut d'actionnaire afin de conserver un droit de regard. Une solution proche du système allemand de la régie, qui ne fait pas les affaires des français, partisans de la concession. "Avec une participation de la mairie dans le capital, la concurrence est bloquée", objecte Roger Jourdan, directeur international de la CEE. Les réticences de la population s'expliquent facilement. "Les particuliers et les industriels sont habitués à avoir l'eau gratuitement, précise Karoly Lotz, ministre hongrois des Transports, des Télécommunications et de la Gestion des eaux. Etant donné la situation économique, il n'est pas possible d'établir un prix réel de l'eau aujourd'hui."Or seule une hausse du prix de l'eau dégagera les moyens nécessaires au financement des investissements. Du coup, les investisseurs étrangers recherchent des garanties gouvernementales. Même avec la meilleure volonté politique, les Etats ne disposent que d'une faible marge de manoeuvre. En Pologne, les besoins d'investissement sont estimés à 260milliards de dollars sur trente ans, soit environ 50milliards de francs par an. Plus de 10% du PIB! Pas moins de 150milliards de francs seraient nécessaires à la Hongrie. Surendettés, les Etats et les collectivités locales refusent, surtout en Pologne, d'accorder leur caution. Résultat? 96% des investissements dans l'environnement réalisés dans ce pays sont autofinancés. Quelque 1200 stations d'épuration sont en construction en Pologne. Certaines depuis dix-huit ans!



LES contrats français

En Pologne

Fin septembre, la Saur a inauguré l'unité de traitement d'eau potable de la ville de Gdansk. Un investissement de 12millions de francs.

Degrémont construit la station d'épuration de Varsovie.Elle empoche 120millions de francs d'un contrat total de 550millions de francs.

OTV va bâtir la station d'épuration de Lodz.

En Hongrie

Degrémont construit la station de traitement d'eau potable de Budapest. Un contrat de 250millions de francs.

OTV a obtenu la gestion déléguée de l'eau des villes de Pecs et de Szeged pour 15millions de francs dans chaque cas. Un troisième contrat est en cours de négociation.

TES (groupe Soaf) achève de construire la station d'épuration de la ville de Kecskémet.

USINE NOUVELLE - N°2474 -

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