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[ENTRETIEN] Pourquoi la loi El Khomri peut aider les jeunes sans expérience à trouver un premier emploi

Cécile Maillard

Publié le , mis à jour le 09/03/2016 À 16H53

Entretien Les jeunes ont battu le pavé le 9 mars pour protester contre la loi El Khomri qui réforme le droit du travail. Un malentendu, selon Etienne Wasmer, professeur d’économie à Science-Po Paris, qui estime que cette loi, en réformant le CDI, va donner leur chance aux jeunes qui n’ont pas d’expérience.  

[ENTRETIEN] Pourquoi la loi El Khomri peut aider les jeunes sans expérience à trouver un premier emploi © Sciences po

Sommaire du dossier

L'Usine Nouvelle - Les jeunes ont-ils raison de combattre la loi El Khomri ? En quoi les concerne-t-elle ? Quel point commun avec la lutte contre le CPE, il y a 10 ans ?

Etienne Wasmer - Le CPE n'est pas un bon parallèle. Il introduisait une période d'essai (dite de consolidation) de deux ans, bien trop longue et la rupture n'avait pas à être motivée. Ici, on simplifie les procédures et on sécurise les indemnisations. C'est un vrai plus.

En quoi les modifications de la loi vont-elles faciliter l’entrée des jeunes sur le marché du travail, comme le défend la tribune que vous avez co-signée dans Le Monde ? Pourquoi faciliter les licenciements créerait-il de l’emploi ? Cela semble contre-intuitif…

Dans un marché du travail où les employeurs anticipent des difficultés si le recrutement se passe mal, ils s'entourent de garanties pour éviter d'être dans une situation où ils auront à licencier. Du coup, ils ralentissent les procédures de recrutement, donnent un poids trop important aux diplômes ou aux filières, ne tentent pas leur chance sur des profils "hors norme". 

Simplifier le règlement des contentieux du travail permet justement de donner leur chance à ceux qui n'ont pas les bons "credentials", aux jeunes qui n'ont pas d'expérience. Pensez au marché du logement locatif. Les propriétaires ont du mal à faire face à un impayé : les procédures de recouvrement sont longues, complexes, rompre le bail de quelqu'un qui ne paie pas est très long. Du coup, le propriétaire-bailleur est exactement la même situation qu'un employeur : il ne prend aucun risque et demande des garanties, des feuilles de paie, des revenus élevés… et ne loue pas facilement à des jeunes en CDD. Plus la procédure de sortie est coûteuse et complexe, plus la décision de passer un contrat (de travail, un bail) est ralentie.

Les jeunes ne sont-ils pas dans la position de ceux qui galèrent et rêvent d’intégrer ce Graal que représente, à leurs yeux, le CDI ? Du coup ils ne veulent pas y toucher…

Il  faut justement sortir de cette logique, en se référant aux expériences étrangères. Mon expérience du marché du travail de pays comme le Canada ou certains pays scandinaves montre qu'un jeune trouve un travail dès qu'il cherche. Il n'y a pas cette espèce de fatalité vis-à-vis du chômage. Au Royaume-Uni, dans les job centers, on présente le chômage de façon positive, comme un nouveau départ, une opportunité de changer de métier.

De toute façon, les progrès technologiques sont tels que le monde du travail va connaître des révolutions tous les cinq ans, comparables à ce qu'Uber et Airbnb font à des secteurs qui ont tardé à relever le niveau de service. On ne pourra pas construire des lignes Maginot à chaque évolution technologique, pour conserver les emplois d'hier. Il faut être offensif, et protéger les individus. On ne peut plus raisonner sur l'emploi à vie, ce qui est implicitement le cadre de pensée de beaucoup de défenseurs du statu quo.

N’y a-t-il pas d’autres mesures à prendre pour rendre plus facile l’accès au marché du travail ? Lutter contre la multiplication des contrats courts ? Instaurer un contrat de travail à droits progressifs, comme en Italie, ou un contrat unique ?

Je n'ai jamais été très grand fan du slogan "contrat unique" car il repose sur un quiproquo : certains entendent un CDI pour tous, d'autres un CDD pour tous et dès qu'on discute des détails, on achoppe sur cette dissonance cognitive. Les CDD existeront toujours. Si on les interdisait, on pourrait prédire plusieurs points d'emploi en moins, même avec un CDI rénové et idéalisé. Par ailleurs, un CDI avec des droits progressifs ne rassurera pas nécessairement un bailleur ou un banquier si durant la première année les salariés sont moins protégés qu'avec un CDD. Je suis donc plus en en faveur d’un assouplissement net des usages des contrats de mission longs, pour qu’ils ne soient plus limités à trois ans, mais puissent durer cinq ou dix ans, avec des droits forts et sécurisés (c'est-à-dire prévisibles) en cas de rupture anticipée, et un contrôle a posteriori de cet usage s'il sort du cadre défini par la loi.

Je pense par ailleurs qu'il faut surtout réformer le CDI, et c'est bien ce que propose la loi El Khomri. C'est une première étape courageuse, qui envoie un bon signal. Au-delà, Mathilde Lemoine  et moi avions proposé au Conseil d'analyse économique, en 2011, un système de bonus-malus pour la formation professionnelle : les entreprises qui forment leurs salariés, y compris ceux en CDD, devraient moins avoir à cotiser.

Propos recueillis par Cécile Maillard

Retrouvez ici l'ensemble de nos articles sur la réforme du code du travail

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