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Entretien : « La voiture électrique va s’imposer naturellement »

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Vincent Bolloré, le PDG du groupe qui gère le système Autolib’, dresse un très bon premier bilan de son offre de voitures en libre-service. Un succès qui l’incite à développer, autour de sa batterie, une gamme de solutions, toutes Blue.

Entretien : « La voiture électrique va s’imposer naturellement »
Vincent Bolloré, le PDG du groupe qui gère le système Autolib’

Vous venez de lancer une offre à destination des particuliers. Vous pensez que les automobilistes sont mûrs pour troquer leur voiture thermique contre une électrique ?

Je crois qu’il n’y a pas beaucoup d’automobilistes prêts à ce troc, car il est évidemment moins intéressant d’avoir une voiture électrique qu’une voiture thermique. Mais je pense que les citadins, eux, ont très envie que l’on remplace les véhicules thermiques par des électriques car ils ne font aucun bruit et n’émettent aucun gaz. Et vous voyez qu’à Paris, Airparif commence à expliquer que l’on n’est pas du tout dans les normes européennes en matière de qualité de l’air. Donc la pression de la santé et de la qualité de vie va faire que la technologie électrique va s’imposer. Bien sûr il y a l’hydrogène, bien sûr il y a l’air comprimé, mais ces technologies n’émergeront pas avant quelques dizaines d’années. Alors qu’aujourd’hui la voiture électrique existe. La Bluecar a montré, avec Autolib’, qu’elle répondait parfaitement aux besoins de l’autopartage dans les villes avec une batterie robuste et un modèle de voiture résistant.

 

Comment s’exerce la pression des riverains dont vous parlez ?

À Milan, si vous voulez rouler en voiture thermique, il vous en coûte 5 euros par jour, ce qui revient à 150 euros par mois. Si un jour cette taxe passe à 10 euros, la pression va faire que les voitures électriques vont se développer. Qu’est-ce qui fait qu’il n’y a pas plus de voitures en circulation ? C’est parce qu’il n’y a pas beaucoup d’offres et qu’en plus elles sont très chères. Mais, avec la nôtre, avec la Zoé de Renault et d’autres, on voit arriver des modèles à un prix raisonnable. Vous pouvez vous acheter une Bluecar pour 12 000 euros ou une autre voiture électrique à moins de 15 000 euros.

 

N’est-ce pas aux collectivités de rendre plus compétitive la voiture électrique par rapport à la technologie thermique ?

Non. Je crois vraiment que cela va se faire tout seul. Il va y avoir un équilibre. Regardez l’offre Autolib’ : plus de 60 000 abonnées, c’est-à-dire plus de 60 000 personnes, dont 25 000 clients premium, qui nous ont confié leur permis de conduire depuis la mise en service il y a un an. Nous en aurons 120 000 en 2014 si nous continuons à croître sur le même rythme. Nous avons assuré plus d’un million de parcours la première année. Là, dans notre deuxième année de fonctionnement, avec déjà 50 000 utilisations par semaine, nous finirons à 2 millions de parcours. Cela montre bien que la voiture électrique est en train de rentrer dans les mœurs.

 

Son usage s’imposera-t-il au-delà des villes ?

La voiture électrique n’ira jamais au-delà d’une utilisation urbaine et périurbaine. Je fais partie de ceux qui ont toujours pensé que l’histoire du changement de batterie, cela ne pouvait pas marcher. Et que les bornes à recharge rapide, c’était aussi compliqué sur un plan technique. Demain, la voiture électrique ne représentera que 5% à 10% des véhicules en circulation, mais c’est beaucoup pour le bien-être en ville.

 

Vous êtes présent à Paris avec Autolib’. D’autres villes sont-elles intéressées par ce système ?

Oui. Avant la fin de l’année, nous allons essayer d’aller à Lyon, et peut-être à Bordeaux, pour implanter le même genre de service. Après, nous irons dans une grande ville étrangère.

 

Que vendez-vous à ces métropoles ? Une batterie, une voiture électrique, un système d’autopartage ?

Notre ambition, c’est d’être des vendeurs et des organisateurs de système. Nos batteries sont la base de tout, la condition incontournable, mais nous ne faisons pas que cela. Nous avons conçu une chaîne de traction, nous avons développé une voiture que nous produisons à nos frais dans une usine que nous avons louée sur le long terme à Pininfarina. Nous avons aussi réalisé des bornes d’abonnement en visioconférence, des bornes de recharge électriques et tout le système de communication qui fait que ces véhicules sont « intelligents ». Tout le monde parle de ces choses mais, nous, nous les avons faites. Chez Bolloré, nous pensons que ce type de système permet de faciliter la circulation dans les villes et de gérer « l’effacement », les prix de la consommation électrique, la demande énergétique d’une population.

 

Vous allez donc essayer de décliner votre batterie pour d’autres types d’utilisations ?

Nous ne gagnerons jamais assez d’argent pour rembourser nos investissements en ne vendant que nos batteries. Notre ambition, c’est de vendre ce système aux villes, d’être un producteur, un stockeur, un distributeur d’électricité, un gestionnaire de systèmes. Qu’il s’agisse de batteries stationnaires, c’est-à-dire fixes ou mobiles. C’est pour cela que nous allons décliner une offre complète de solutions sous le nom de « Blue ».

 

Quelles innovations va-t-on voir apparaître sous ce nom ?

Tout le monde connaît la Bluecar mais nous avons aussi le Bluebus, l’ancien Microbus de Gruau. Nous avons repris à 100% la coentreprise que nous avions créée. Nous en avons 50 en circulation. Nous espérons en vendre 100 en 2014, et aussi développer un bus de 33 places. Vous allez aussi voir apparaître les Blueboat, qui permettront, sur un lac par exemple, des nettoyages de berges entièrement électriques. Et puis, vous avez la Bluebox qui va permettre de recharger sa voiture électrique mais aussi, associée à une batterie domestique, de stocker de l’électricité chez les particuliers pour éviter les consommations de pointe lorsque l’électricité est trop chère. Nous installons les 20 premiers prototypes en Île-de-France et en Bretagne. Nous espérons en implanter 100 au deuxième semestre et 1 000 l’année prochaine. Nous envisageons aussi de vendre aux gestionnaires de fermes solaires ou d’éoliennes des super Bluebox embarquant 33 de nos batteries lithium-métal-polymère. Avec ce système d’une capacité de 1 mégawatt, nous leur apportons une solution de stockage permettant de gérer l’intermittence des énergies renouvelables.

Nous ne gagnerons jamais assez d’argent pour rembourser nos investissements en ne vendant que nos batteries. ce qui nous intéresse, c’est la gestion du système.

Vincent Bolloré, le PDG du groupe qui gère le système Autolib’

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