Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Entretien : "La plus grande mine, ce sont les déchets"

,

Publié le

Antoine Frérot, le PDG de Veolia, juge que l’économie circulaire est l’un des relais de croissance de son entreprise. Intégrée en amont aux process industriels, elle devient stratégique.

Entretien : La plus grande mine, ce sont les déchets

Quel est l’enjeu de l’économie circulaire ?

Entre 1900 et 2000, le prix des matières premières a été divisé par deux. Entre 2000 et 2013, il a été multiplié par trois. C’est spectaculaire et le sens de l’histoire voudrait que cela continue car la pression des pays émergents va s’accroître. Face à cette demande de matières premières, la plus grande mine du XXIe siècle, ce sont les déchets des pays industrialisés. Et cela d’autant plus qu’au cours des prochaines décennies, le monde devra faire face au tarissement de plusieurs ressources vitales pour les économies modernes. Il y a une opportunité importante de faire des déchets une ressource, qu’ils soient domestiques ou industriels.

Concrètement, où en est Veolia aujourd’hui ?

Les matières recyclées de manière significative sont peu nombreuses. Il y a le papier et les métaux ferreux. Le reste est nouveau et balbutiant. Veolia cherche à produire ou à coproduire des matières premières secondaires. Nous l’avons fait, par exemple, avec des huiles usagées issues de garages, en partenariat avec Total. Nous avons mis en place des unités de traitement de déchets de matières organiques. On le fait avec certains plastiques. En France, seuls 20% du plastique sont recyclés. Nous devrions faire beaucoup plus. Mais les plastiques colorés posent problème. Nous recyclons également des eaux usées. Dans des pays en stress hydrique, c’est une alternative économique au dessalement. Nous avons même développé une unité pilote de régénération de lithium grâce à des techniques de chimie fine. Veolia a déposé trois brevets sur ce principe. Le marché du lithium régénéré est maigre, mais quand le véhicule électrique va se développer, l’accès à cette matière sera une problématique importante. Il n’y en a pas beaucoup dans le monde, essentiellement en Chine et au Chili.

Quels sont les besoins de l’entreprise pour répondre à ces nouveaux marchés ?

Il y a d’abord un besoin d’organisation. Veolia est encore majoritairement orienté vers les collectivités publiques. Le groupe était organisé pour répondre à cette clientèle avec un fonctionnement très décentralisé. Afin de mieux servir l’industrie, j’ai modifié l’organisation du groupe, désormais plus centralisée, plus dirigée. Un patron d’usine ne peut pas décider de modifier ses process et sa matière première. Pour cela, il faut une organisation centrale pour se faire connaître et passer des accords avec les directions générales des grands groupes. L’économie circulaire demande également de mettre au point des technologies de tri poussées. Le tri est un facteur limitant, car il est encore très manuel et coûte cher dans les pays industrialisés, notamment en France. Chaque année, nous ouvrons des centres de tri plus industrialisés que les précédents. Nous sommes, je crois, l’entreprise la plus avancée en matière d’automatisation des techniques mécaniques et optiques. Enfin, une fois le tri réalisé, il faut être en mesure de transformer la matière en développant des technologies nouvelles : chimie fine, biologie, mécanique… Pour cela, l’une des voies privilégiées par Veolia est de nous associer avec des producteurs traditionnels, comme nous l’avons fait pour les huiles avec Total. Pour le client final, c’est une garantie de savoir que de grandes marques produisent des produits secondaires. Lorsque l’on démarre un système d’économie circulaire, la réticence à utiliser des produits régénérés est assez grande. L’utilisateur final craint que le produit n’ait pas les mêmes caractéristiques, les mêmes propriétés, la même résistance…

Quelles sont vos ambitions en matière d’économie circulaire ?

Sur les 24 milliards d’euros de chiffre d’affaires de Veolia, 2 milliards sont liés à l’économie circulaire, essentiellement dans les secteurs du papier et des eaux usées. Veolia réalise 70% de son activité avec les collectivités publiques et 30% avec l’industrie. Notre objectif est de parvenir, d’ici à quatre ans, à une répartition à 50/50, sans abaisser la part des collectivités publiques. La croissance de nos activités industrielles proviendra essentiellement de l’économie circulaire. Nous devenons un partenaire privilégié pour les industriels en contribuant en partie à leur création de richesse. Nos métiers étaient auparavant à l’aval des process industriels et nous étions un centre de coûts obligés, liés à la réglementation. En entrant au cœur de l’outil de production, nous devenons stratégiques.

Dans quels secteurs pensez-vous déployer les principes de l’économie circulaire ?

En premier lieu, le secteur minier. Pour ouvrir une mine, partout dans le monde, vous devez apporter la preuve que vous n’allez pas polluer ou prélever trop d’eau. Or 70% des projets miniers se situent dans des zones à stress hydrique. Viennent ensuite les secteurs du pétrole et du gaz, que ce soit les activités traditionnelles, comme la stimulation de vieux champs, ou les activités plus nouvelles, comme le gaz de schiste et le pétrole bitumineux. Ce sont des secteurs qui nécessitent de plus en plus d’eau, d’où la nécessité de collecter l’eau utilisée et de la recycler. Le troisième secteur est l’agroalimentaire. Il y a enfin la chimie et la pharmacie, pour la gestion de pollution difficile.

L’économie circulaire concerne-t-elle principalement l’Europe ?

Non, pas seulement. Les principes sont balbutiants partout dans le monde, avec une légère prédominance en Occident. Très vite, les pays émergents vont déployer les principes de l’économie circulaire dans leur propre process manufacturier, en particulier en Chine. L’évolution du coût des matières premières traduira leur rareté croissante et poussera ces pays à se procurer des ressources alternatives issues des déchets. Ils trouveront alors leurs mines de matières premières secondaires dans les anciens pays industrialisés.

Vos marges diminuent auprès des collectivités publiques. Seront-elles meilleures avec l’économie circulaire ?

Si nous apportons à un client de la richesse, nous pouvons la partager avec lui. Quand on traite des déchets ou des eaux usées à l’aval d’une usine, le client n’a qu’une idée en tête, s’en débarrasser pour le moins cher possible. Quand on l’aide à gagner deux ans pour ouvrir une mine ou prolonger la vie d’un puits pétrolier en développant des outils de recyclage de l’eau, cela représente beaucoup d’argent. Voilà notre pari : partager la valeur que nous apportons. Nous attendons des marges de 10% sur ces métiers-là.

A u cours des prochaines décennies, le monde devra faire face au tarissement de plusieurs ressources vitales pour les économies modernes.

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle